Le ressort semble cassé. Il fut un temps où les marchés agricoles offraient une certaine lisibilité : chaque matière première agricole présentait un cycle au cours duquel les prix montaient progressivement, incitant les producteurs de par le monde à produire davantage, ce qui conduisait à une inversion de la tendance, tout cela ponctué par le « weather market » qui venait aiguillonner le marché, et la demande chinoise. Ces fondamentaux du marché restaient compréhensibles. Ces cycles donnaient aux agriculteurs la possibilité de se refaire régulièrement une santé financière. Mais aujourd’hui, tout a changé. Les prix agricoles restent désespérément bas. Les facteurs géostratégiques ont pris le pas sur les fondamentaux : embargo russe, conflits au Moyen-Orient, retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, impacts des accords bilatéraux sur le commerce… C’est à n’y rien comprendre. Les agriculteurs sont soumis à tous les vents, voire tous les cyclones alors qu’on leur a supprimé les filets de sécurité. Et les économistes qui expliquent ce phénomène sont ceux qui prônaient il y a vingt ans la fin des prix d’intervention car il fallait « laisser faire le marché » qui aurait une forme de sagesse. Que nenni ! Quant à la soi-disant « hausse durable » des prix grâce à l’augmentation croissante de la population mondiale, elle n’a engagé que ceux qui y ont cru. Le monde croule sous les excédents. C’est dans ce contexte que Bruxelles va présenter sa proposition pour la Pac de l’après-2020, mais il n’y aura pas de surprise. L’heure est malheureusement davantage à sauver les meubles qu’à renverser la table.
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