Alors que le Parlement européen s’apprête à adopter sa position, ambitieuse, sur la stratégie De la ferme à la table, les organisations professionnelles battent la campagne pour alerter sur les conséquences négatives qu’auront les objectifs environnementaux fixés dans ce cadre. Les défenseurs des propositions de Bruxelles dénoncent une campagne de désinformation.
À l’approche du vote du Parlement sur sa position sur la stratégie De la ferme à la table, défenseurs et opposants aux propositions de la Commission européenne multiplient les actions. Les eurodéputés doivent examiner en plénière le rapport préparé par Herbert Dorfmann et Anja Hazekamp à partir du 18 octobre. Au cœur du débat, la seule étude « officielle » en la matière : l’évaluation d’impact sur les secteurs agricoles publiée au mois de juillet par le centre commun de recherche de la Commission européenne, qui identifie des risques de baisse de la production européenne. Mais Bruxelles n’a de cesse de répéter que ces conclusions sont partielles et ne prennent pas en compte de nombreux éléments tels que l’agriculture biologique appelée à se développer, les nouveaux dispositifs d’étiquetage ou les normes qui pourraient être imposées aux frontières.
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Présenté le 11 octobre devant la commission parlementaire de l’Agriculture par le centre commun de recherche, ce travail a déjà donné lieu à un débat animé. Pour le social-démocrate Éric Andrieu, « non, le Green Deal ne provoquera pas la famine ». Mais sa collègue du groupe démocrate-chrétien, Anne Sander, craint au contraire « un impact minime dans la lutte contre le changement climatique au prix de l’affaiblissement de notre souveraineté alimentaire européenne et d’une déstabilisation potentielle des marchés mondiaux ». Anne Sander dénonce également que la demande de son groupe politique « d’avoir un débat d’explication en plénière sur cette étude cachée pendant des mois ait été bloquée » par les groupes politiques Renew (centriste), Social-démocrate et Vert.
Les organisations professionnelles vent debout
Les professionnels multiplient eux aussi les actions pour discréditer les propositions de Bruxelles à coups de webinaires organisés en partenariat avec certains médias – CropLife (phytosanitaires) le 12 octobre, Livestock Voice (viande) le 13 et Corteva le 14. Quelque 28 acteurs de la chaîne alimentaire (Copa-Cogeca, ePure, Croplife, Coceral…) ont réclamé dans une position commune le 12 octobre, que la Commission européenne publie enfin une « analyse d’impact globale » sur les effets de la stratégie De la ferme à la table. « Plusieurs études récemment publiées indiquent que les objectifs actuels, s’ils sont mis en œuvre tels quels, auront un coût considérable pour les agriculteurs de l’UE et pour la viabilité de l’ensemble du secteur agroalimentaire européen », selon ces organisations agricoles. « La production agricole de l’UE diminuera, et ce de façon très marquée dans certains secteurs et pour certains produits. Pour ce qui est de l’impact cumulatif des objectifs, une baisse moyenne de la production est attendue entre 10 et 20 %, pouvant atteindre 30 % pour certaines cultures », soulignent-elles.
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Une opération d’attaque coordonnée
Une opération d’« attaque minutieuse et coordonnée visant à saper la stratégie » de la Commission que dénoncent les ONG. Le Bureau européen de l’environnement et Corporate Europe Observatory estiment, dans un communiqué, que « le lobby agroalimentaire industriel orchestre une campagne de désinformation massive » en choisissant les études afin de convaincre les députés européens de rejeter les objectifs de la stratégie. La Coordination européenne Via Campesina rejoint cette position dans une lettre ouverte adressée à la Commission européenne et aux eurodéputés en apportant son « soutien aux objectifs de la stratégie De la ferme à la table ». Mais l’organisation paysanne fixe quelques conditions : des soutiens pour accompagner les transitions, freiner la course aux nouvelles technologies et préserver le principe de précaution, ou encore stopper les accords de libre-échange et la dérégulation des marchés agricoles.
La Commission européenne organisait les 14 et 15 octobre, pour la deuxième fois, sa conférence annuelle sur la stratégie autour du thème, moins controversé, de « la construction, ensemble, de systèmes alimentaires durables » afin de mettre en avant les solutions pratiques pour faire aboutir les ambitions affichées. Il y a du travail.