Le 1 avril, une bonne centaine de céréaliers sont montés de Paris pour rejoindre le Congrès de la FNSEA à Poitiers. Ils souhaitaient siffler le ministre de l’Agriculture durant son discours, une façon de lui montrer leur colère face aux décisions prises dans le cadre de la réforme de la Pac. Mais ils n’ont pas pu pénétrer dans l’enceinte du congrès.
Mercredi 1 er avril, site du Futuroscope, Poitiers. Le ciel est bleu, l’air frais. Une bonne centaine d’agriculteurs, plutôt jeunes, vêtus pour beaucoup de costumes cravates, s’agitent devant le palais des Congrès où se déroule depuis la veille le 63è congrès de la FNSEA. Venus de l’Essonne, du Val d’Oise, de Seine-et-Marne ou des Yvelines, armés d’affichettes exhibant le portrait du ministre de l’Agriculture barré de la mention « céréales killer », ces exploitants sont venus pour une unique raison : en découdre avec Michel Barnier. « On ne peut pas accepter la redistribution des aides », s’emporte Olivier George, secrétaire général des JA de Seine-et-Marne. Les 170 millions d’euros de mesures d’accompagnement annoncées le 30 mars par Nicolas Sarkozy n’y changeront rien. « Ça va nous faire au plus 10 euros de l’hectare, donc sur le fond, ça ne change pas grand chose », estime l’exploitant.
Ne pas laisser le congrès « être pris en otage »
Scénario initialement prévu par la FSEA et les JA d’Ile-de-France Ouest : se fondre dans la masse des congressistes pour siffler Michel Barnier durant son discours. Sauf que « sous la pression », Marc Barrier, président de la FSEA Ile-de-France Ouest, a dû vendre la mèche. Prévenu une heure avant l’arrivée des céréaliers, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, a décidé de leur interdire l’entrée du palais des congrès. Pas de manifestation intra-syndicale. En tribune, le responsable a été clair : « Je ne laisserai pas le congrès être pris en otage », « la moindre des choses, c’est que ces producteurs entendent les autres », « je respecte aussi le ministre même si chacun peut en penser ce qu’il veut ». C’est Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, qui a pris le micro pour s’adresser aux manifestants. « Notre souci, c’est de pouvoir sauver le budget de la Pac après 2013 », leur a-t-il expliqué, rappelant les enjeux de la réforme et les motivations des décisions. « Qu’est-ce qu’on deviendra quand on aura perdu 50 % de notre revenu en 2012 ? » l’a interpellé Damien Greffin, président des JA de la région Île-de-France.
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La FNSEA, défenseur de toutes les productions
Mettre en avant le plan d’accompagnement des zones intermédiaires ou le retour de 300 millions d’euros dans le budget de la Pac, imputables au lobbying du syndicat majoritaire, n’a pas suffi à Dominique Barrau pour convaincre son auditoire. « Vous avez déjà vu ça, la CGT qui prend de l’argent à la sidérurgie pour le redonner à l’automobile ? », a lancé un agriculteur hors de lui. « La FNSEA continuera à défendre tous les secteurs de production », a martelé Dominique Barrau. Pas d’issue, donc. Pour Marc Barrier, l’un des leaders du mouvement, « on nous propose des mesures d’adaptation conjoncturelles dès la première année, ce qui est bien le signe que quelque chose ne va pas… Qu’on donne cet argent à ceux qui en ont besoin ! ». Le responsable juge que la réforme va trop vite. « Il faut que l’on mette en place une politique agricole à 20 ans, pas un budget agricole », estime-t-il. S’ils n’ont pas pu s’adresser au ministre, les céréaliers auront indubitablement réussi à se faire entendre de la « grande maison ». Le départ s’est organisé plutôt tranquillement. La manifestation aura au moins fait le bonheur des automobilistes de la Vienne : selon la rumeur, tous les gendarmes se trouvaient l’après-midi du 1 er avril sur le site du Futuroscope.