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Etude Des experts prévoient des « bouleversements » dans la filière vin d’ici 2050

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Les conseillers du commerce extérieur de la France (CCEF) estiment utile d’engager dès à présent une réflexion à long terme afin de dégager et d’anticiper les tendances profondes qui vont régir l’évolution de la filière vin à l’échelle mondiale d’ici à 2050 car, selon eux, il y a lieu de s’attendre à de « véritables bouleversements ». Trois grands changements risquent de modifier le paysage actuel, indiquent-ils dans un rapport : le réchauffement climatique va conduire à une modification de l’encépagement, voire à un déplacement des zones de production ; les avancées technologiques, notamment l’apparition d’OGM, qui devraient permettre de cultiver la vigne dans de nombreux pays ; la révolution du système économique international de la filière en lui-même, sur le modèle du développement du secteur de la bière.

Intitulé Le vin dans le monde à l’horizon 2050, les enjeux du marché du XXIe siècle, le rapport du CCEF souligne que, afin de s’adapter au réchauffement climatique, certains pays ne manqueront pas d’utiliser de nouvelles techniques de culture et de nouvelles technologies permettant une meilleure maîtrise de la qualité face aux aléas climatiques et aux enjeux environnementaux. Ces experts citent notamment l’irrigation (là où l’eau sera encore disponible), un éventuel recours aux OGM et la mise en œuvre à plus grande échelle de la viticulture de précision. Selon eux, on peut déjà distinguer les pays traditionnellement producteurs (France, Italie, Espagne, Portugal), les pays du Nouveau Monde (Argentine, Australie, Afrique du Sud, Chili), et l’émergence d’un « Nouveau Nouveau Monde » avec des acteurs de premier et de second rang (Brésil, Chine, Inde, Géorgie, Bulgarie, Hongrie, Ukraine…).
Quant aux grandes zones de consommation à l’horizon 2050, les conseillers du CCEF les situent en Chine et en Inde et éventuellement dans d’autres pays de l’Asie du Sud-Est ; aux Etats-Unis et au Canada ; au Brésil en Argentine et au Mexique ; dans les pays d’Europe du sud, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Europe du nord et en Russie.

Processus de concentration
A l’instar d’autres secteurs d’activité économique comme celui de la bière, la filière vin va entrer dans un processus de concentration, est-il indiqué dans ce rapport. De grandes marques internationales seront capables de fabriquer des vins à proximité du consommateur final correspondant à ses goûts, avec le packaging adapté à partir de raisins, de moûts ou de vin en vrac achetés à d’autres producteurs dans d’autres pays. La future concurrence pourrait d’ici 2050 exister non plus uniquement entre producteurs-exportateurs de vin qui, pour beaucoup, vendent à l’étranger des productions à vocation domestique (stratégie d’écoulement liée à une situation de surproduction), mais entre ces derniers d’une part et des opérateurs de dimension internationale, d’autre part, capables de confectionner des vins « en adéquation parfaite et instantanée avec les attentes du consommateur », constatent ces conseillers. Il existe, précisent-ils, « des similitudes frappantes entre l’évolution qu’a connu le système économique du marché de la bière à l’échelle mondiale, dans lequel l’Allemagne a perdu sa première place, et les transformations qui sont en train d’affecter le monde du vin, au sein duquel la France est en passe de perdre son leadership, et qui vont sans nul doute constituer une révolution à l’horizon 2050 ».

Exporter sans négliger le marché intérieur
Pour les conseillers du commerce extérieur, sauf accident économique conjoncturel, la consommation mondiale de vin, qui est remontée de 224,8 millions d’hl en 2000 à 242,9 Mhl en 2008, devrait durablement continuer de s’accroitre. A court, moyen, et long terme, estiment-ils, c’est toujours à l’exportation que les opérateurs italiens et français devront aller chercher leurs relais de croissance, sans pour autant négliger leurs marchés domestiques. Ils ne pourront pas « se développer durablement à l’international sans pouvoir s’appuyer sur un marché domestique redynamisé », avertissent-ils.
Les auteurs de l’étude soulignent que « à long terme, c’est très probablement un autre scénario en rupture avec les tendances observées jusqu’à aujourd’hui qui pourrait se produire dans les pays d’Europe latine à forte tradition vinique, à savoir : une remontée progressive de la consommation basée à la fois sur une augmentation de la consommation individuelle chez les consommateurs occasionnels et la conquête de nouveaux consommateurs occasionnels parmi les non-consommateurs.

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