Constatant que peu de grands groupes industriels ont revu leurs tarifs à la baisse, le gouvernement veut légiférer pour avancer les négociations commerciales annuelles des 75 plus importants fournisseurs de la grande distribution.
Bercy sort les grands moyens pour contraindre les gros industriels à renégocier leurs tarifs. Après avoir réuni tour à tour les distributeurs et les industriels, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé, le 31 août, vouloir passer par la voie législative pour avancer de près de deux mois la date des négociations commerciales annuelles pour les « 75 plus grands industriels ». Le début des négociations serait avancé au 15 octobre au lieu du 1er décembre. Le locataire de Bercy espère ainsi voir « des baisses de tarif dès le mois de janvier », a-t-il déclaré au moment de l’annonce sur le plateau de France 2. Le gouvernement n’a pas donné de détails sur le véhicule législatif qui sera utilisé pour porter cette mesure. Cependant les parties concernées sont invitées à s’engager dès maintenant dans des démarches de négociations, afin d’avoir le temps de conclure au plus tard fin janvier.
En contrepartie des négociations anticipées, les distributeurs devront répercuter de manière « obligatoire et immédiate » les baisses de prix des industriels dans les rayons, a précisé Bruno Le Maire. Les industriels et les distributeurs se sont également engagés à ne plus augmenter les prix de 5 000 produits. L’inflation ralentit en août pour le cinquième mois consécutif, mais reste en hausse sur un an. Selon les estimations provisoires de l’Insee, les prix ont augmenté de 11,1 % sur un an contre 12,7 % en juillet.
Tensions toujours entre distributeurs et industriels
L’annonce de négociations commerciales anticipées « est un petit premier pas […] mais ça ne suffit pas », a réagi le délégué général de la FCD (distribution), Jacques Creyssel, sur France Info. Les distributeurs sont dubitatifs sur le succès de la nouvelle initiative du gouvernement, alors que celui-ci tente de pousser depuis six mois les industriels à renégocier pour faire baisser les prix dans les rayons. En vain, ou presque. Mi-mai, les 75 plus grands industriels s’étaient déjà engagés, par la voix des organisations qui les représentent, l’Ania et l’Ilec, à rouvrir leurs contrats, sous certaines conditions. D’après les distributeurs, ils sont peu nombreux à l’avoir fait. « On peut supposer qu’il y a une concertation pour qu’ils soient tous aussi alignés. Nous sommes très dubitatifs face à des positions si unies qui frôleraient presque l’entente », affirme même le président du groupement Les Mousquetaires (Intermarché/Netto), Thierry Cotillard, dans une interview accordée à Libération.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Côté industrie, l’Ania considère que l’avancée des négociations commerciales annuelles « permet de faire cesser cette suspicion selon laquelle nous ne voudrions pas négocier », a assuré son président Jean-Philippe André à l’AFP. Le président de la Coopération agricole Dominique Chargé plaide, lui, pour que les mesures gouvernementales ne soient pas prises « aux dépens des producteurs agricoles et de nos coopératives ». « On reste dans une situation où nos coûts de production ont beaucoup augmenté », explique-t-il.
Inquiétude de l’amont agricole
Les déclarations du ministre de l’Économie interpellent l’amont. « Bruno Le Maire dit que les produits agricoles ne seront pas concernés, j’attends qu’il m’explique comment », a déclaré le président de la FNSEA Arnaud Rousseau en conférence de presse, le 31 août. Il souhaite que le maillon agricole soit reçu à Bercy. Dans deux communiqués distincts, le 1er septembre, la Coopération laitière et la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) demandent que la filière laitière soit exclue des négociations commerciales anticipées. En effet, les grands acteurs de la filière – Agrial, Bel, Danone, Lactalis, Savencia, Laïta et Sodiaal – figurent parmi la liste des industriels concernés, d’après les données de NielsenIQ.
« L’ouverture des négociations commerciales anticipée est une source d’inquiétude très forte pour les éleveurs laitiers. À aucun moment dans la communication de Bruno Le Maire, l’exemption qui prévalait jusque-là pour la filière laitière n’a été confirmée », relève la FNPL. « La coopération laitière s’étonne, tout comme la FNPL, de la non-reprise de la spécificité laitière qui était exemptée des renégociations avec la grande distribution », abondent les coopératives. Le gouvernement avait jusque-là fait la distinction entre le lait et les autres matières premières agricoles.