Abonné

Phyt’attitude Des progrès à faire sur la prévention des risques liés aux produits phytos

- - 5 min

La dangerosité des produits phytos n’est pas encore suffisamment prise en compte par les agriculteurs, comme l’a montré le colloque organisé par la MSA dans le cadre de Phyt’attitude, le 23 mars à Paris. Et les moyens de prévention ne sont pas toujours au point, qu’il s’agisse des combinaisons de protection ou du matériel de pulvérisation.

«Une problématique parmi toutes les autres », voilà comment l’agriculteur considère sa protection par rapport à l’utilisation de produits phytos. Conseillère en prévention à la MSA Marne-Ardennes-Meuse, Christelle Halipré constate néanmoins des évolutions sur dix ans. « Les gens se posent beaucoup de questions sur la façon de se protéger », a-t-elle expliqué à l’occasion du colloque Phyt’Attitude organisé le 23 mars à Paris par la MSA (Mutualité sociale agricole). Mais ils attendent des réponses rapides et très pratiques, pas toujours disponibles. « Nous n’avons jamais trouvé de matériel parfaitement adapté à nos tâches et nous travaillons beaucoup avec des équipements de sport de bon niveau », a expliqué Barbara Dekeyser, gérante de la société Aralia, spécialisée dans l’application de produits phytos. Parce que supporter huit heures une combinaison de protection pour traiter une vigne se révèle impossible et parce que les salariés de la société veulent également pouvoir se déplacer en public. « Nous nous retrouvons avec des vêtements sans norme alors que l’on nous parle constamment d’EPI (Equipement de protection individuelle) ! », a-t-elle regretté. De fait, des progrès importants restent à faire sur ce chapitre. Sur les dix modèles de combinaisons de protection contre les produits chimiques liquides testés en 2009 par l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail), seuls deux atteignent le niveau de performance annoncé, comme l’a indiqué l’agence dans un communiqué diffusé le 15 janvier. « Les normes de conception et d’essai de ces vêtements ne permettent pas de se protéger », a confirmé Vincent Tirilly, du bureau de la santé et de la sécurité au travail du ministère de l’Agriculture. Des travaux sont en cours sur le sujet. Ils prendront probablement du temps car « les normes sont le fruit d’un compromis avec les fabricants », a précisé le spécialiste.

Des risques plus importants en cultures spécialisées, viticulture et polyculture
Ce sont les exploitations en cultures spécialisées, en viticulture et en polyculture qui se révèlent les plus exposées aux intoxications. Sur 1 909 signalements enregistrés de 1997 à 2007, le réseau Phyt’attitude, qui repose sur des données déclaratives non exhaustives, a identifié 1 554 cas d’intoxications liés à l’utilisation de produits phytosanitaires dont 71,5 % pour ces secteurs. « Un arboriculteur est exposé à un nuage de produits parce qu’il doit traiter des arbres, ce qui n’est pas le cas en grandes cultures », a notamment signalé Jean-Paul Larrat, de la CCMSA. Et l’appréhension du risque n’est pas proportionnelle à sa réalité. En Champagne-Ardennes, les céréaliers « mettent souvent le paquet sur l’engin de traitement parce qu’ils s’en servent beaucoup, sur de grandes surfaces, a expliqué Christelle Halipré. En viticulture, il y a peu de surfaces à traiter, et sauf dans les grandes exploitations, l’agriculteur garde généralement le parc de son père ou de son grand-père ». Des adaptations existent mais elles sont parfois très difficiles à mettre en œuvre. Comme l’a expliqué Bernadette Ruelle, du Cemagref, qui a travaillé durant trois ans à l’optimisation de la pulvérisation dans l’Herault, « nous sommes face à une grosse crise viticole. Or, les pulvérisateurs haut de gamme valent autour de 20 000 euros contre 10 000 euros pour les bas de gamme ».

Des solutions techniques parfois inexistantes
Et les solutions techniques peuvent aussi tout simplement faire défaut. « Sur un enjambeur, c’est impossible d’installer une cuve de rinçage », a souligné Patrice Baizet, distributeur de matériel dans le Beaujolais. La taille de l’appareil ne le permet pas. Dans tous les cas, les innovations sont longues à venir. « Il aura fallu 20 ans pour adapter les poignées de bidons… ! a plaisanté Jacky Bernon, de l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail). La condition de l’homme au travail n’est pas prise en compte au premier abord ». Et cela d’autant plus facilement que « quelqu’un qui prend soin de lui n’est pas toujours considéré par ses collègues comme un agriculteur ! », a commenté Patrice Baizet. Conscient de ces problèmes, le ministère de l’Agriculture a plusieurs chantiers en cours. Ils portent sur les normes de fabrication des pulvérisateurs, la conformité des équipements de protection individuelle ou l’amélioration des contenants des produits phytos.
Le travail de prévention a en tout cas de beaux jours devant lui. Si « tous les symptômes liés aux intoxications par les produits phytos disparaissent assez rapidement », comme l’a mentionné Jean-Luc Dupupet, médecin pour la CCMSA, « des effets qui se cumulent au cours du temps peuvent conduire à d’autres pathologies », selon Isabelle Baldi, médecin épidémiologiste. Même s’ils sont mieux formulés ou moins dosés, les produits phytosanitaires restent dangereux.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.