À l’exception du Modef, l’ensemble des syndicats agricoles a salué l’arrivée du sénateur drômois Didier Guillaume à la tête du ministère de l’Agriculture. Ancien conseiller de Jean Glavany rue de Varenne, puis rapporteur du projet de loi d’Avenir de Stéphane Le Foll, Didier Guillaume a le profil d’un « spécialiste » de l’agriculture. Il a l’originalité d’être issu d’un département leader de l’agriculture biologique dont il est un promoteur de longue date. Au gouvernement, il pourrait faire bouger certains dossiers qui lui tiennent à cœur, comme les prédateurs et les salariés occasionnels.
Didier Guillaume avait déjà failli être ministre de l’Agriculture. C’était en 2014. Son nom était alors le plus fréquemment cité pour siéger rue de Varenne, lorsque le torchon brûlait entre le ministre de l’Agriculture de l’époque Stéphane Le Foll et le syndicalisme majoritaire, et que Matignon tomba dans les mains de Manuel Valls dont il était un proche – il fut plus tard son directeur de campagne lors des primaires de la gauche aux dernières élections présidentielles. Alors rapporteur au Sénat du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, le Drômois s’était alors montré attentif aux suggestions du syndicalisme majoritaire qui, à cette époque, n’aurait pas vu sans satisfaction la nomination de ce membre du groupe d’études de l’économie agricole et alimentaire et ancien membre du Haut conseil des biotechnologies. Finalement, Stéphane Le Foll resta en poste, jusqu’à la fin du quinquennat de François Hollande, et Didier Guillaume dut patienter… quatre ans. On comprend peut-être mieux l’enthousiasme exprimé par celui-ci le 16 octobre lors de la passation de pouvoirs avec Stéphane Travert, allant jusqu’à qualifier la rue de Varenne de « ministère fabuleux et formidable ».
« Attaché à ce qu’il n’y ait pas de rupture sociétale »
Après Stéphane Travert, souvent critiqué pour son manque de connaissance des dossiers – en particulier à son arrivée –, Didier Guillaume avait le profil idéal : celui d’un politique réputé « spécialiste » de l’agriculture. Un profil qui rassure en tous les cas presque l’ensemble des syndicats agricoles (voir encadré). Ancien conseiller au cabinet de Jean Glavany lorsqu’il était ministre de l’Agriculture, il est réputé « expert » des questions agricoles jusque sur les bancs de la Chambre haute, où il siège depuis 2008. « Dans le cadre de son mandat, il s’était forgé une spécialité dans le domaine de l’agriculture », témoigne son ancien homologue socialiste au Sénat Yannick Botrel, pour qui Didier Guillaume se situe dans la ligne de Stéphane Le Foll : « Lorsqu’ils examinaient le projet de loi d’avenir, il n’y a jamais eu de rupture entre eux. Il est très attaché à ce qu’il n’y ait pas d’opposition entre la compétitivité et les sujets environnementaux, et il était très attaché à ce qu’il n’y ait pas de rupture sociétale. »
Pour le sénateur Jean Bizet (LR), Didier Guillaume a démontré qu’il était « un pragmatique », mais cela pourrait changer : « Lorsqu’il était rapporteur du projet de loi d’avenir de Stéphane Le Foll, nous avons vu que c’était un pragmatique, et qu’il avait conscience des impératifs de compétitivité, commmente le sénateur de la Manche. En tant que ministre de l’Agriculture, je crains qu’il abandonne un peu ce pragmatisme. Il est très politique, il voudra sûrement donner des gages au gouvernement, et donc en direction de la société, c’est-à-dire essentiellement en faveur de la bio. Car il semble que ce soit la ligne directrice du président de la République en matière agricole, de soutenir la bio afin de répondre aux demandes d’une société pourtant de plus en plus déconnectée des réalités de l’agriculture. »
Dans son département, la Drôme, il discute avec l’ensemble des syndicats. Il est « très apprécié du monde agricole » et il est connu pour être un « gros bosseur », explique Régis Aubenas, responsable de la section fruit de la FDSEA de la Drôme. « Il bosse avec tout le monde, mais reconnaît le fait majoritaire. » Un constat que partagent les représentants départementaux de la Confédération paysanne (Conf') et de la Coordination rurale (CR). « C’est un élu abordable, ouvert, dans l’écoute, mais qui sait ce qu’il veut », témoigne Bruno Graillait, président de la CR dans la Drôme. « Il est ouvert et franc, confirme Vincent Delmas, co-porte parole de la Conf' dans le département. Et il connaît mieux ses dossiers que Stéphane Travert. » La Conf' était par exemple en désaccord avec Didier Guillaume sur l’obligation de munir les ovins de boucles électroniques. Pour Vincent Delmas le nouveau ministre « sera moins sensible au lobbying car il a plus de connaissances et d’idées sur l’agriculture ».
« Il a compris avant les autres que le bio était l’avenir »
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Avant de devenir sénateur puis président du groupe socialiste, Didier Guillaume a été pendant plus de dix ans président du conseil général de la Drôme, département leader dans l’agriculture biologique, dont il est un promoteur de longue date. Pour Vincent Delmas (Conf'), Didier Guillaume « a compris avant les autres que le bio était l’avenir ». Symbole de ce soutien, le développement du salon Tech & Bio à Bourg-lès-Valence, devenu une référence nationale pour la bio. Au Conseil général de la Drôme, il a également porté l’initiative Agrilocal, pour l’approvisionnement de la restauration collective, qui rassemble aujourd’hui plusieurs dizaines de collectivités territoriales. Localement, il est reconnu par les différents syndicats pour avoir fortement soutenu au travers du conseil général l’arboriculture locale lorsqu’elle fut touchée par la sharka (maladie des arbres fruitiers).
Pour la FDSEA de la Drôme, il a également fortement œuvré au maintien du TODE au début du mandat de François Hollande. Le sénateur Yannick Botrel confirme que c’est un sujet auquel il est particulièrement sensible ; ce fut d’ailleurs l’une de ses premières annonces en tant que ministre le 16 octobre. Localement, il est également apprécié pour ses prises de positions sur les prédateurs. Dans son rapport pour le projet de loi d’avenir en 2014, il plaidait pour la révision de la directive européenne « Habitats » et de la Convention de Berne. « Le loup n’est plus une espèce en voie de disparition, déclarait-il à l’époque à Agra Presse. La population du loup augmente et il faut protéger les éleveurs. Entre le loup et l’éleveur, je choisis l’éleveur. » Sur ce sujet, la bataille pourrait retrouver de l’intensité au sein du gouvernement entre l’Ecologie et l’Agriculture. Notamment après les deux lachers d’ours autorisés par François de Rugy.
Les syndicats agricoles saluent l’arrivée de Didier Guillaume, à l’exception du Modef
La FNSEA, les Jeunes agriculteurs, la Coordination rurale et la Confédération paysanne ont accueilli favorablement l’arrivée de Didier Guillaume, au travers de communiqués de presse ou de déclarations. Le Modef fait exception ; dans un communiqué, il dit ne s’attendre à « aucun changement ». De son côté, la FNSEA accueille un « élu rural et familier du monde agricole », dont elle souhaite qu’il inscrive son mandat « sous le signe de l’action et du pragmatisme ». Pour les Jeunes agriculteurs, Didier Guillaume est « quelqu’un qui connaît bien le dossier agricole et un pragmatique sur les questions sociétales ». Les syndicats le rappellent aux dossiers d’actualité : les ordonnances de réforme des relations commerciales, la négociation de la Pac, la prédation et le TODE. La CR s’inquiète de son côté de ses premières déclarations en faveur de l’exportation. La Fop (oléo-protéagineux) et la CGB (betterave) ont toutes les deux émis le souhait de rencontrer le ministre au plus vite – les betteraviers rappellent qu’ils n’avaient pas obtenu de rendez-vous avec son prédécesseur de tout son mandat.
« L’agriculture française, c’est la compétitivité […] et l’agroécologie »
Lors de la passation de pouvoir avec Stéphane Travert, Didier Guillaume qui prônait il y a quatre ans la « triple performance » avec Stéphane Le Foll en a profité pour faire une première déclaration d’orientation générale : « L’agriculture française, c’est deux choses, a déclaré Didier Guillaume. C’est la compétitivité, le développement économique, l’export. Et en même temps c’est le lien local, l’agroécologie, qui est tellement importante dans notre pays ». Et de conclure : « Si nous (réussissons), à la fin, à la fois cette agriculture compétitive, à la faire rayonner, exporter, et à la fois la transition écologique, travailler sur les territoires, je pense que nous serons plus en phase avec la population. » Il a prévenu enfin : « Il ne faut céder à aucun lobby. »