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Philippe Caufour, spécialiste des poxviroses des ruminants DNC : rapport final « en juin » sur l’abattage partiel en zone vaccinée

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Chercheur au Cirad et virologiste expert national de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), Philippe Caufour fait le point sur les travaux menés au Cirad. Deux chantiers sont en cours : une analyse de risque complémentaire sur l’abattage partiel en zone vaccinée et le développement de nouveaux vaccins Diva.

Fin 2025, le ministère de l’Agriculture a demandé au Cirad une analyse de risques complémentaire sur la DNC (dermatose nodulaire contagieuse). Qu’est-ce qui est attendu de la part de votre institut ?

Le Cirad a été chargé par le ministère de constituer un groupe d’experts et de piloter ce groupe qui devra fournir son analyse fondée sur les connaissances et outils diagnostiques et vaccinaux actuellement disponibles. Il s’agit d’évaluer en zone vaccinée (75 % des bovins, 95 % des élevages vaccinés) le risque associé à un abattage ciblé comparativement au risque associé à un abattage de tous les bovins d’un foyer détecté. Avec une épidémiologiste du Cirad, je pilote et j’anime cette mission, en tant que virologiste expert national de la DNC et responsable du LNR (laboratoire national de référence) des poxviroses des ruminants. Le groupe comprend vingt experts, dont des experts de terrain, représentant les éleveurs et vétérinaires ; des experts en gestion de risques ; des experts scientifiques, nationaux et internationaux (Espagne, Italie, Pays des Balkans UE et non UE).

Quand doit aboutir ce chantier ?

Le travail de ce groupe est actuellement en cours. Un rapport intermédiaire sera produit à la fin mars, puis un rapport final en juin 2026. Le groupe d’experts sera en charge d’étudier en particulier le risque de diffusion virale et de non-contrôle de la situation sanitaire dans un tel contexte. Pour parvenir à ce résultat attendu pour fin juin, le groupe de travail s’attèlera à synthétiser et analyser les données scientifiques existantes sur la DNC : virus, épidémiologie, expérience en France, gestion des foyers hors France (dont dans les Balkans)… Ce travail bibliographique abordera aussi les outils diagnostiques et vaccinaux actuellement disponibles, les modèles de transmission existants, etc. Les experts devront aussi conduire une analyse de risque qualitative permettant de comparer des scénarios en termes d’efficacité, de faisabilité, de coût et d’acceptabilité. Ils auront enfin à dégager des recommandations pour asseoir les conclusions de l’analyse de risque.

Quelles sont les autres recherches menées par le Cirad sur la DNC ?

Le Cirad va concentrer ses recherches sur le volet vaccinal, pour lequel des améliorations sont souhaitables. Nos recherches visent à développer une nouvelle génération de vaccins, avec une pathogénicité résiduelle réduite et permettant de distinguer les animaux infectés des animaux vaccinés (vaccin dit Diva).

Quels sont les moyens actuellement utilisés pour confirmer une infection par le virus de la DNC (tests de laboratoire) ?

Les moyens actuels pour détecter et confirmer une infection par le virus de la DNC intègrent plusieurs étapes, depuis l’observation de symptômes évocateurs de la maladie sur le terrain jusqu’à sa confirmation par un test PCR positif au laboratoire. La sensibilisation des éleveurs et des vétérinaires à détecter les signes évocateurs sur les animaux (fièvre, jetages, nodules cutanés…) est le premier maillon essentiel. Des fiches techniques sont mises à disposition par le ministère. Quand la suspicion clinique est confirmée par le vétérinaire, celui-ci effectue les prélèvements nécessaires, en accord avec la DGAL, qui sont ensuite envoyés et analysés par le laboratoire départemental d’analyses à proximité de la zone affectée. À ce jour, cinq laboratoires ont obtenu l’agrément pour réaliser ce diagnostic (1). Le test utilisé est un test PCR qui détecte la présence du virus dans les échantillons.

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Quels sont les problèmes posés par les outils actuels ?

Aujourd’hui, on sait que les animaux infectés avec signes cliniques sont transmetteurs. Chez ces animaux, les tests PCR disponibles actuellement ont une très bonne performance. Cependant, on ne dispose pas aujourd’hui d’outils pour identifier les animaux infectés, sans symptômes (asymptomatiques ou en phase d’incubation) et transmetteurs. Une première étape serait d’être en capacité de distinguer les animaux infectés transmetteurs des animaux non-transmetteurs. Une seconde étape consisterait, chez les animaux transmetteurs sans symptômes, à identifier le ou les compartiments où le virus est présent de façon continue et abondante.

Ces recherches pourraient-elles aboutir rapidement ?

Le développement de ces outils nécessite des travaux de recherche conséquents. Il ne s’agit donc pas d’améliorer des outils actuels qui seraient défaillants mais bien d’acquérir de nouvelles connaissances et développer des outils et stratégies ciblant les animaux infectés transmetteurs sans symptôme. Je précise que le Cirad n’a pas prévu à ce jour de recherches sur des alternatives aux diagnostics actuels dans la mesure où ils sont performants pour le diagnostic des animaux présentant des signes cliniques.

Sur le plan sanitaire, faut-il craindre un retour de la maladie au printemps ? Quels sont les facteurs qui pourraient la favoriser ?

La France vient de décider le 9 février au Cnopsav (2) le renouvellement de la vaccination dans les zones concernées par la maladie en 2025, dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. Grâce à cette deuxième campagne de vaccination, le risque d’apparition de nouveaux foyers dans les régions vaccinées semble limité. La situation étant évolutive, il conviendra de suivre l’évolution sanitaire dans les pays voisins ayant été infecté.

Propos recueillis par Yannick Groult

Développer de nouveaux tests « nécessite des travaux de recherche conséquents »

« Le risque d’apparition de nouveaux foyers dans les régions vaccinées semble limité »