Des élus, parmi lesquels l’écologiste Sandrine Rousseau et l’ex-insoumis François Ruffin, demandent l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire et un moratoire sur les fonds destinés à l’élevage d’insectes.
Après la liquidation d’Ynsect et les difficultés rencontrées par les grands acteurs de l’élevage d’insectes français en 2025, la question du soutien public à cette industrie naissante reste plus que jamais d’actualité. Dernier épisode : la tribune signée de six parlementaires écologistes et de gauche qui ont demandé que soit tiré « le bilan des errements de ce secteur de l’élevage français », en l’occurrence l’élevage d’insectes. « Nous appelons à un moratoire sur les nouveaux financements publics à l’élevage d’insectes, ainsi qu’à l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire, ou a minima d’une mission d’information, sur l’usage des fonds engagés », peut-on lire dans une tribune publiée dans le quotidien l’Humanité le 26 mai, signée par Rémi Cardon, sénateur socialiste (Somme), Samantha Cazebonne, sénatrice LREM (Français établis hors de France), Daniel Salmon, sénateur écologiste (Ille-et-Vilaine), Sandrine Rousseau, députée écologiste (Paris), François Ruffin, député Debout ! (Somme) et Anne Stambach-Terrenoir, députée LFI (Haute-Garonne).
280 millions d’euros de financements publics
La question du niveau du financement public, et de son mode d’attribution, interroge particulièrement les élus, d’autant que les montants sont désormais connus. Fin avril, un rapport de l’Observatoire des subventions et aides agricoles en France (Obsaf) et de l’Observatoire national de l’élevage d’insectes (Onei) a indiqué qu’au moins 280 millions d’euros de financements publics (État, Bpifrance, collectivités, Union européenne…) ont été accordés aux principales entreprises du secteur. Les signataires de la tribune soulignent que « le directeur général de Bpifrance (Nicolas Dufourcq, NDLR) a reconnu que la construction de la « gigafactory » d’Ynsect avait été une « erreur ». Tout en se défendant : sur les trois plus grandes entreprises d’insectes financées en France, « il y en a deux en train de réussir ». Lesquelles ? », s’interrogent-ils. « Agronutris, en sauvegarde puis reprise avec fermeture de son siège ? Innovafeed dont les résultats financiers révèlent pour 2024 des pertes nettes de 35,6 millions d’euros pour 5 millions de chiffre d’affaires ? Cette dernière, plus grand espoir français du secteur, a même dû suspendre ses activités aux États-Unis. »
L’initiative des parlementaires s’inscrit dans le droit fil des travaux d’analyse réalisés ces dernières années par l’Onei, dont le président Corentin Biteau est signataire de la tribune, aux côtés de Clémence Peyrot, présidente de l’Obsaf et d’Hadrien Godard, représentant des salariés licenciés d’Ynsect.
CB