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Politiques agricoles En Afrique, des politiques agricoles nécessaires mais encore à définir

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Si le continent africain dispose de ressources en grandes quantités pour développer son agriculture, les États restent dans une position de faiblesse pour mener à bien des politiques agricoles. Ces programmes d’État restent souvent incontournables pour qu’un pays ou une zone géographique puisse se doter d’une agriculture performante. A l’image de la Politique agricole commune (Pac) européenne ou du Farm Bill américain, les États africains doivent avant tout dégager des moyens.

«Aujourd’hui, les pays africains n’ont pas les ressources que l’Union européenne avait pour faire fonctionner la Politique agricole commune (Pac), et n’ont donc pas les outils, stockage ou encadrement des prix, pour réaliser cette Pac africaine », explique Christian Berger, spécialiste en agriculture et développement rural de la Banque mondiale (BM). De plus, il indique que l’instabilité de nombreux pays africains, le manque de performance des administrations, et des politiques agricoles écrasées dans l’œuf par des plans d’ajustement structurels imposés aux pays pour qu’ils remboursent leurs dettes, ont aussi joué en défaveur des politiques agricoles sur le continent.

Commencer par élaborer un plan d’action
« Il faut construire une stratégie de développement agricole par pays et par intégration régionale, en donnant la priorité à la transformation et à l’installation des jeunes », déclare Christian Berger. Cependant, il souligne qu’un des freins à ces programmes est que « les pays ont du mal à s’intégrer et échangent très peu ». Au début des années 2000, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) a lancé un grand programme nommé PDDAA, Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine. Selon Christian Berger, « l’idée était de développer des programmes régionaux en visant les quatre grandes intégrations régionales du continent (CEDEAO, Cemac, Comesa et SADC) ». Chacune de ces organisations a dû développer son propre programme d’investissement agricole accompagné de politiques agricoles impliquant des dimensions foncières, d’accès aux intrants, de régulation des prix ou de barrières tarifaires protégeant les agricultures de ces pays. « L’opération lancée en 2003 a vu les avancées les plus importantes au niveau de l’Afrique de l’Ouest via la CEDEAO », souligne Christian Berger. Il déplore cependant que les pays de la zone aient présenté des projets de politiques d’investissement principalement pour avoir accès à de nouveaux financements. « Les projets n’étaient pas toujours réalistes », explique-t-il, et la BM a dû les redimensionner en dégageant des priorités.
Des États qui ne jouent pas toujours le jeu « Le programme PDDAA prévoit aussi que les pays investissent à hauteur de 10% de leur budget dans l’agricole au sens large », explique Christian Berger. « Aujourd’hui, si le Burkina Faso joue le jeu en atteignant ce chiffre de 10%, les autres pays les approchent sans les atteindre », précise-t-il. Autre déception pour le spécialiste et certains pays, « la promesse faite par le G8 à l’Aquila en juillet 2009 d’un financement de 20 milliards de dollars pour améliorer la sécurité alimentaire qui n’a été réalisée que très partiellement ». La CEDEAO est actuellement la seule intégration régionale à disposer d’un véritable projet d’investissement et d’accompagnement régional sous le nom d’Ecowap. Cette politique agricole ouest-africaine est un plan d’action visant une intensification durable de l’agriculture dans la zone, doté de 900 millions de dollars, financé à 15% par les États concernés. L’autre partie étant supportée par différents bailleurs internationaux, dont la BM. « Si les potentiels agricoles de l’Afrique sont importants, le secteur a besoin d’importants efforts pour générer croissance et emplois », insiste Christian Berger. « On en est à développer l’usage d’intrants et de semences améliorées, alors que l’on observe un paysage agricole africain encore atomisé. Trop de gens dépendent par défaut de l’agriculture en Afrique », déplore-t-il. Il salue quand même quelques succès, avec dès les années soixante le développement de la fleur coupée au Kenya, puis du haricot vert pour les marchés d’exportation, « mais l’Europe ne doit pas être le seul débouché », insiste-t-il.

L’agriculture africaine doit viser le marché africain
« On n’intègre pas des pays suspicieux entre eux, un frein considérable aux politiques agricoles régionales qui ont besoin d’une vision commune et solidaire », explique Christian Berger. Selon lui, avant toute chose, les pays doivent se doter « d’un cadre commun et de normes partagées pour améliorer les échanges ». « Il faut aussi que les politiques aient la volonté d’approvisionner les marchés locaux en priorité », insiste le spécialiste qui place en second les marchés des pays voisins et enfin l’export vers les pays tiers. Christian Berger préconise aussi « une restructuration de l’agriculture africaine pour créer de plus grandes exploitations, des emplois salariés dans l’industrie de transformation, notamment dans les zones rurales, en perdant des agriculteurs ». Pour cela, il faut selon lui sécuriser le foncier en attribuant des titres de propriété. « Au lieu de développer les assurances récoltes, comme le propose la BM, car en Afrique il est difficile d’assurer contre la sécheresse, il faut prioriser l’emploi avec des normes de production adaptées aux marchés locaux et créer ou réhabiliter les infrastructures (routes, eau, électricité) », insiste le spécialiste. Enfin, Christian Berger prône la mise en place de barrières tarifaires en indiquant que « l’Afrique de l’Ouest importe massivement du poulet du Brésil alors qu’elle pourrait valoriser son maïs en protéines animales. Ceci souligne le besoin de protéger les productions agricoles locales et de subventionner les investissements, sinon c’est la loi du moins cher et, à ce jeu, le Brésil gagne ».

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