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En Ile-de-France, le regain du maraîchage suspendu à l’eau

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Depuis dix ans, le maraîchage connaît une croissance inédite en Ile-de-France. Dans un contexte de changement climatique, la sécurisation de la ressource en eau s’impose comme un levier majeur pour assurer la pérennité d’une filière gourmande en eau.

Très tournée vers les grandes cultures, l’Ile-de-France connaît depuis une décennie une dynamique de diversification maraîchère et légumière. Entre 2010 et 2020, le nombre de ces exploitations y a presque doublé, un regain des effectifs plus important que dans l’ensemble de la France (+ 9 % d’exploitations horticoles et maraîchères). Une évolution qui s’explique autant par l’installation de nouvelles exploitations maraîchères en périphérie des villes qu’à des démarches de diversification vers la production de légumes au sein des exploitations céréalières franciliennes déjà en place. Cette progression reste modeste : la production régionale ne couvre que 12 % de la consommation francilienne.

Mais elle se heurte à un obstacle majeur : l’accès à l’eau. Un levier essentiel pour accompagner la diversification maraîchère et légumière dans la région au sein des projets alimentaires territoriaux (PAT), souligne une étude dirigée par Nabil Touili (Inrae – Campus Agro Paris) publiée le 5 août dans la revue Cahiers Agricultures. Les besoins en eau y sont en effet considérables : entre 2010 et 2020, la surface agricole utile (SAU) irriguée a bondi de 18 % dans le maraîchage, contre 4 % dans les grandes cultures. Aujourd’hui, 83 % des exploitations maraîchères font appel à l’irrigation, contre 15 % pour les grandes cultures.

Forte croissance des besoins d’ici 2060

Dans un contexte climatique marqué par une hausse des températures et des pluies irrégulières, la tension autour de la ressource en eau va s’accentuer. D’ici 2060, les besoins en eau pourraient croître de 40 % par rapport aux besoins en 2000, quand les projections annoncent une baisse de la disponibilité des nappes souterraines pour l’irrigation.

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Pour l’heure, les forages individuels restent le mode d’accès privilégié à l’eau. Les agriculteurs identifient toutefois comme solution prioritaire le stockage à petite échelle, via la récupération de l’eau de pluie. D’ores et déjà, de nombreux maraîchers disposent de réserves (bassins, mares) avec des capacités variables selon la taille des exploitations. L’étude recommande d’en évaluer les incidences, au sein des PTGE, sur les débits d’eau de surface, les niveaux d’étiages et la recharge de la nappe d’eau souterraine.

Elle évoque aussi une autre piste, encore peu explorée : la réutilisation des eaux usées traitées (Reut). Bien que prometteuse, l’option reste complexe à mettre en œuvre, en raison de normes sanitaires et environnementales strictes, de coûts élevés, et nécessite une évaluation préalable dans le cadre des PTGE, afin d’anticiper des risques de diminution des débits des cours d’eau.

En Ile-de-France, 83 % des exploitations maraîchères irriguent