Abonné

Inondations Encore 10 000 ha de pommes de terre à récolter, 10 % du lin compromis

- - 5 min

Encore 10 000 hectares de pommes de terre restent à récolter, sur 150 000 emblavés en France en 2012, a-t-on indiqué à l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) le 6 novembre. Une chose est sûre, « tous les hectares à arracher ne pourront pas l’être ». Quant au lin textile, près de 10 % des surfaces sont compromises, selon l’Association générale des producteurs (AGPL).

Sur les 10 000 hectares de pommes de terre qui restent à arracher, tous ne seront pas récoltables. « Il est tombé 100 mm de pluie pendant le week-end des 3 et 4 novembre dans le Nord et le Pas-de-Calais », a rappelé l’UNPT. Une partie de ces hectares se trouve actuellement sous l’eau. Les sols devront mettre plusieurs jours à ressuyer, si toutefois il ne pleut pas d’ici là. L’UNPT vient de lancer une enquête avec les FDSEA des deux départements inondés pour quantifier les hectares non récoltables.
Le ministre de l’Agriculture a annoncé le 6 novembre à l’Assemblée nationale qu’il se rendra sur place « prochainement » sur le terrain dans le Nord de la France. Il est probable que ce sera à l’occasion du congrès des producteurs de légumes de France, qui se tiendra le 15 novembre à Dunkerque.

500 mm d’eau en six semaines sur le littoral

Les zones les plus frappées sont celles du littoral. Il y est « tombé 500 mm d’eau en six semaines, l’équivalent d’une demi-année de pluviométrie », a commenté Luc Chatelain, président de la section « pommes de terre » de la FDSEA du Pas-de-Calais. Certains agriculteurs ont ramassé moins de 50 % de leur récolte. La récolte s’étale normalement entre la mi-septembre et la mi-octobre. Mais cette année, devant le temps sec en août-septembre, les producteurs ont voulu attendre. En effet, la sécheresse rend les tubercules difformes et irréguliers, or pas question de vendre des pommes de terre biscornues à une usine de frites ou à des enseignes de grande distribution. Ayant attendu, des producteurs se sont trouvés piégés par les pluies : impossibilité d’entrer dans les champs avec le tracteur.
Le pire à craindre, après la pluie, serait un épisode de gel. Les producteurs se souviennent de l’automne 1974 très pluvieux, mais les pommes de terre ont pu être récoltées en janvier et février, l’hiver n’ayant pas connu le gel.

Producteurs sous contrat : éviter la double peine

En attendant, les producteurs sous contrat sont en difficulté. Certains ne pourront pas honorer leurs engagements. Comment pourront-ils se défendre juridiquement face à leurs acheteurs ? Le système des calamités n’est plus aussi protecteur qu’avant. L’UNPT invite les producteurs sinistrés à relire leur contrat et à informer sans tarder les acheteurs de leur situation avec accusé de réception.
Cela pour éviter qu’ils aient « la double peine » : celle d’avoir une perte, et celle d’avoir à honorer le contrat en rachetant les quantités sur le marché libre au prix fort. Le prix de marché a décuplé entre juin et octobre, passant de 25 euros à 250 euros la tonne payés au producteur, pour de la bintje destinée à l’industrie de la frite. Et la hausse pourrait bien se poursuivre, comme l’anticipent déjà certains opérateurs : le marché à terme de Rotterdam cote la tonne à 315 euros sur l’échéance avril 2013.
Face à cette situation, Patrick Trillon, président de l’UNPT, veut sensibiliser les pouvoirs publics, a-t-il indiqué le 8 novembre, en effectuant une visite sur le terrain, à l’invitation des deux FDSEA. « Les producteurs du Nord Pas-de-Calais, après avoir eu des cours plombés l’an dernier, auront une récolte désastreuse cette année, et des sols dans un état catastrophique pour l’an prochain », a-t-il résumé. « Nous allons voir comment faire jouer la solidarité agricole (MSA, banques) et nationale pour assurer la transition entre la fin du système des calamités et la mise en route de la machine assurance-récolte ».
Dans cette zone littorale, « il se pose un vrai problème d’évacuation des eaux, aggravé par l’urbanisation », a ajouté Patrick Trillon.

Lin textile : la fibre trop dégradée

Quant au lin textile, près de 10 % des surfaces « ne pourront être ramassées ». La surface linière française est de 66 000 hectares.
La récolte se fait en deux temps : l’arrachage, puis après rouissage (on laisse la paille de lin exposée à la pluie pour séparer l’écorce de la tige) on ramasse. La pluie est nécessaire au rouissage, mais cette année la fibre a été dégradée par l’excès d’eau, selon Xavier Talp, président de l’AGPL. Les producteurs ont joué de malchance : au moment de l’arrachage, pendant l’été, le temps a été trop sec pour le rouissage. Nombre de producteurs ont attendu avant de ramasser la paille de lin.
Paradoxalement, les départements où le lin est le plus touché par l’excès d’eau sont le Calvados et l’Eure, parce que début octobre les producteurs avaient laissé le lin à rouir aux champs. Mais comme le lin roui doit être rentré sec, et qu’il a plu tout le mois d’octobre, une partie du lin est fortement dégradée, a expliqué selon le président des producteurs de lin.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.