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Engrais : les Vingt-sept demandent plus de moyens à court terme

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Le commissaire européen à l'Agriculture, Christophe Hansen, lors du Conseil Agriculture à Bruxelles Crédits : © European union

Les ministres de l’Agriculture attendent de pied ferme la proposition que la Commission européenne doit présenter le 10 juin, visant à doubler l’enveloppe de la réserve agricole pour venir en aide aux agriculteurs affectés par l’envolée des prix des engrais. Mais certains estiment que ces fonds, promis dans le cadre du récent plan d’action sur les engrais, ne suffiront pas à faire face à la situation à court terme.

Les ministres de l’Agriculture de l’UE, réunis le 26 mai à Bruxelles, ont globalement salué les mesures prévues dans le plan d’action sur les engrais présenté la semaine précédente par la Commission européenne. Mais beaucoup ont toutefois souligné son manque d’ambition à court terme. Pour rappel, Bruxelles propose, pour apporter une aide immédiate aux agriculteurs les plus touchés, d’autoriser les États membres à réviser leurs plans stratégiques afin de mieux cibler leurs aides, et de doubler les fonds disponibles de la réserve agricole ce qui pourrait permettre de débloquer plus de 400 millions d’euros en allant gratter dans les marges sous plafond. La proposition formelle concernant ce second point sera présentée le 10 juin, a indiqué le commissaire européen Christophe Hansen. Mais beaucoup de ministres ont plaidé pour que cette enveloppe soit encore augmentée et ont demandé à la Commission de préciser la manière dont ses fonds seront répartis entre les Vingt-sept. « Le recours à la réserve de crise ne va pas assez loin », a par exemple souligné l’Espagne. Celle-ci se dit aussi préoccupée par la proposition de réviser la Pac pour réorienter des fonds nationaux « qui risque de nuire aux engagements qui nous avons déjà pris ». Une critique également exprimée par la République tchèque et la Grèce : « La résolution d’une crise d’une telle ampleur ne peut pas reposer uniquement sur des dispositions nationales », souligne cette dernière. La Slovénie craint, pour sa part, que cette réorientation des fonds soit trop longue à entrer en vigueur. Dans un souci d’agir rapidement, l’Autriche suggère aussi de profiter des discussions en cours sur le paquet Omnibus VI qui concerne entre autres les engrais pour introduire des mesures concernant l’harmonisation du marché.

Toujours des débats sur le MACF

Plusieurs ministres (Italie, Pologne, Lettonie, Autriche) ont également réitéré leur demande de suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Le ministre italien, Francesco Lollobrigida, a demandé d’ajuster le système d’échange de quotas carbone (SEQE) afin d’éviter une augmentation supplémentaire des coûts de production pour les agriculteurs européens par rapport à leurs concurrents internationaux et son confrère autrichien, Norbert Totschnig, a insisté sur la nécessité d’une compensation directe du désavantage subi par les agriculteurs du fait du MACF. La délégation française s’est contentée de demander une meilleure évaluation de l’impact du MACF sur le prix des engrais pour les agriculteurs. À l’inverse, le Danemark, la Suède ou la Finlande ont exprimé un soutien clair à la fiscalité du carbone, considérée comme essentielle pour encourager la décarbonation et réduire les dépendances stratégiques, notamment vis-à-vis des engrais russes et biélorusses.

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Pour là encore faire baisser la pression à court terme, les États membres de l’UE ont d’ailleurs définitivement donné leur feu vert, quelques jours auparavant (le 22 mai), à la proposition faite par la Commission européenne en février de suspendre, pour un an, les droits de la nation la plus favorisée (NPF) sur les importations des engrais azotés essentiels et des intrants nécessaires à leur production (ammoniac et urée). Cette suspension sera donc mise en œuvre pour tous les pays, à l’exception de la Russie et de la Biélorussie. Elle ne s’appliquera qu’aux produits qui ne sont pas déjà importés en franchise de droits dans l’UE en provenance de pays bénéficiant d’un accès préférentiel au titre du traitement NPF. Et, afin de préserver les intérêts des producteurs européens, la mesure est limitée à un quota de marchandises égal au volume des importations NPF en 2024, majoré de 20 % des volumes importés de Russie et de Biélorussie la même année. L’exécutif évalue les économies qui en découleront à environ 60 millions d’euros. Selon les chiffres de Bruxelles, en 2024, l’UE a importé 2 millions de tonnes d’ammoniac et 5,9 millions de tonnes d’urée, principalement pour la production d’engrais azotés. Elle a également importé 6,7 millions de tonnes d’engrais azotés et de mélanges azotés.

Et, promet Christophe Hansen, « la Commission pourrait envisager d’autres mesures de court terme si la situation se dégradait encore ».