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Entre alimentation et santé, 1,58 milliard de personnes doivent encore choisir

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Un nouveau rapport de la Commission EAT-Lancet s’est penché sur l’accessibilité du régime alimentaire de référence préconisé par une de ses études antérieures. Résultat, plus de 20 % de la population mondiale n’a toujours pas accès à une alimentation saine.

Une étude publiée le 7 novembre par une équipe de chercheurs de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et de l’École Friedman des sciences et des politiques de nutrition de Boston s’est penchée sur l’accessibilité d’une alimentation saine dans le monde. Intitulée Affordability of the EAT – Lancet reference diet : a global analysis, cette étude fait suite à une première méta-analyse sur le régime alimentaire idéal, publiée par la même équipe plus tôt dans l’année. Ce régime « idéal » devait non seulement remplir des critères de qualité nutritionnelle sur la base des dernières études scientifiques, mais aussi préserver l’environnement. Cette fois, l’étude publiée sur le site de la revue scientifique médicale The Lancet se penchait sur le coût d’un tel régime alimentaire.

Les chercheurs se sont appuyés sur les données collectées par le Programme de Comparaison International (ICP) dans plus de 159 pays représentant 95 % de la population mondiale. Ils ont comparé le coût de 744 aliments aux prix de 2011, date des plus récents relevés de l’ICP, à parité de pouvoir d’achat. En choisissant systématiquement les options les moins chères, les chercheurs ont voulu connaître le coût minimum du régime alimentaire qu’ils avaient préconisé quelques mois plus tôt. Une fois ce coût obtenu pour chaque pays, ils l’ont rapporté au salaire moyen du pays.

Un fossé entre pays riches et pays pauvres

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Après analyse, les chercheurs estiment le coût quotidien médian d’une alimentation saine à 2,84 $ (2,56 €) par personne, aux prix de 2011. Les fruits et les légumes représentaient à eux seuls 31,2 % de ce coût, suivis par les légumineuses et les noix (18,7 %), la viande, les œufs et le poisson (15,2 %) et les laitages (13,2 %).

Alors qu’un tel prix est abordable pour la plupart des habitants des pays développés, il est supérieur au revenu quotidien moyen de plus 1,58 milliard de personnes dans le monde. Sans dégager de tendance, l’étude précise cependant que ce chiffre est sans doute encore sous-évalué, car davantage de personnes seraient incapables de s’offrir le régime préconisé par les chercheurs après déduction des autres nécessités (loyer, transport, éducation, santé…). « Même si de nombreux consommateurs pauvres souhaitaient consommer une nourriture saine pour leur santé et pour l’environnement, le revenu et les contraintes de prix rendent un tel régime alimentaire hors de portée », précise l’étude. En effet, alors que cette alimentation représente seulement 6,1 % du revenu quotidien moyen des habitants des pays à revenus élevés, il représente jusqu’à 89,1 % pour les habitants de pays à bas revenus, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du sud.

Pour y remédier, l’étude préconise de « permettre aux consommateurs de passer des aliments de base riches en amidon à des produits animaux ou végétaux ». Cela nécessiterait « des salaires plus élevés, une éducation à la nutrition et des prix plus bas. Des données et des analyses sur le prix des aliments plus sains sont nécessaires pour façonner des actions localisées et des changements systémiques. »