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Entre contraintes économiques et attentes sociétales, l’Allemagne cherche son équilibre

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Après des années fastes, l’agriculture allemande fait face à une crise des revenus agricoles. Dans le même temps, les exigences sociétales en faveur de l’environnement et du bien-être animal se font plus fortes. Dans ce contexte, le gouvernement allemand peine à prendre position, au risque de mener une politique sans réelle direction. C’est ce qu’indique une analyse du Comité d’études des relations franco-allemandes diffusée le 14 septembre

L’agriculture allemande subit aujourd’hui les effets pervers de son intensification et de l’ouverture des marchés, après avoir connu une période faste, indique Theodor Fock, professeur de politique agricole, dans un rapport du Comité d’études des relations franco-allemandes diffusé le 14 septembre. Les agriculteurs allemands voient leurs revenus chuter, tandis que le gouvernement, précise-t-il, fait désormais « le grand écart entre les représentations sociétales d’un côté, enclines à une protection de l’environnement et des animaux plus active […], de l’autre, un secteur agricole soumis à la pression de la concurrence européenne et mondiale ».

Un développement rapide

« Les secteurs agricoles et agroalimentaires allemands ont connu un fort développement au cours des dernières années », indique Theodor Fock. Les productions animales, notamment le porc et la volaille, ont été particulièrement dynamiques, conduisant l’Allemagne à devenir exportatrice alors qu'elle avait été pendant longtemps « un débouché important pour les Pays-Bas, le Danemark et la France ». En 2004, l’Allemagne était encore déficitaire en viande de porc (niveau d’autosuffisance : 90 %), elle affichait en 2014 un niveau d’autosuffisance de 117 %. Même constat en volailles : l’Allemagne a vu son niveau d’autosuffisance passer de 96 % en 2009 à 113 % en 2014.

Critiques d’une politique libérale

Le dynamisme de l’agriculture allemande repose entre autres sur l’abandon du protectionnisme « au profit d’une position libérale », le « déficit de transposition du droit européen » et l’agrandissement et la spécialisation des exploitations. L’Allemagne, qui s’est ainsi plus préoccupée de sa compétitivité que de son environnement ou du bien-être animal, voit aujourd’hui une part de sa population et les institutions européennes émettre de fortes critiques sur son modèle agricole. La Commission européenne la pousse d’ailleurs, depuis avril 2016, « à une transposition plus efficace du droit de l’UE sur l’épandage et les fertilisants ». En interne, le gouvernement fédéral incite les agriculteurs à mettre fin à certaines pratiques contraires au bien-être animal, telles que la castration des porcelets sans anesthésie ou l’élimination des poussins mâles d’un jour. Mais plutôt que d’imposer, « le ministère de l’Agriculture mise avant tout sur des accords volontaires qui encouragent les pratiques d’élevage décentes ».

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L’Allemagne indécise face à la crise

Le gouvernement allemand doit mener une politique d’équilibriste, entre la demande sociétale et une crise des prix et des revenus qui touche les agriculteurs. Selon le rapport, « les exploitations agricoles ont déjà subi au cours de l’année 2014-2015 une baisse brutale des revenus, qui s’élevait à 35 % par rapport à l’année précédente […]. Pour l’année en cours, il faudra à nouveau compter sur une baisse sensible des revenus ». Dans ce contexte, difficile pour l’Allemagne de mettre en œuvre une réglementation plus contraignante qui coûterait cher aux exploitations, notamment celles « en élevage intensif ». Le Conseil scientifique du ministère de l’Agriculture allemand, qui recensait des propositions en faveur du bien-être animal, estimait par exemple que 3 à 5 milliards d’euros seraient nécessaires à la « transformation complète » de l’élevage.

Entre compétitivité et exigences sociétales, le gouvernement allemand est bien hésitant, estime l’analyse de Théodor Fock. À tel point que « les actions en matière agricole manquent le plus souvent de cohérence sur le long terme ».

Plutôt que d’imposer, « le ministère de l’Agriculture mise sur des accords volontaires qui encouragent les pratiques d’élevage décentes »