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Européennes : le Grand oral des candidats agricoles français

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À l’occasion d’un Grand oral organisé le 28 mai à Paris, les représentants des sept principales listes françaises aux élections européennes du 9 juin, ont détaillé leurs propositions agricoles. Un clivage gauche-droite assez marqué apparaît quand il s’agit de se positionner sur la future Pac. Toutefois, sur des dossiers comme le libre-échange ou le lancement d’un Egalim européen, les positions des candidats français sont moins contrastées.

D’un côté, des candidats de gauche (Socialistes, LFI, Verts) qui défendent une PAAC (Politique agricole et alimentaire commune) avec des aides à l’actif et à l’environnement et, de l’autre, des partis à droite (LR mais aussi RN et Reconquête) qui, avec leurs nuances, veulent surtout faire la chasse aux normes environnementales. Telles sont les orientations pour la future Pac défendues par les candidats aux élections européennes du 9 juin qui participaient au Grand oral sur l’agriculture organisé, le 28 mai à Paris, par Réussir/Agra, le Caf et Sciences po. Pour le socialiste Christophe Clergeau (5e de la liste Réveiller l’Europe), « c’est l’incapacité de la Pac à répondre aux problèmes de revenus, pas le Green deal, qui a mis les agriculteurs dans la rue ». Il propose de redéfinir les objectifs de la Pac en matière d’emploi, d’environnement et de production, précisant qu'« il faut plus de planification agricole avec, pourquoi pas, des aides temporaires pour aider des transitions ou des réorientations ». Mais la céréalière Céline Imart (en deuxième position de la liste LR) se dit, elle, contre « les aides à l’actif » et contre « une planification à la soviétique ! ». Selon elle, « les aides à l’hectare sont indispensables pour soutenir l’économie ». Elle propose de « redonner du poids au budget de la Pac », « d’enlever deux normes dès qu’on en crée une nouvelle » et de créer un « choc de compétitivité » en agissant « sur les impôts, les taxes, la fiscalité » et surtout la technologie (notamment les NBT).

Des nuances sur le libre-échange

Sujet moins clivant – les différents candidats se montrant tous assez prudents sur le libre-échange –, la question des accords révèle quand même certaines nuances. Tous promettent aux agriculteurs plus de « souveraineté » et de réciprocité dans les échanges. Le centriste Jérémy Decerle (14e de la liste Renaissance) a évoqué la mise en place d’un mécanisme visant à répartir une partie des bénéfices du commerce international des « filières gagnantes » vers les « perdantes ». L’objectif serait ainsi de poursuivre le libre-échange tout en limitant les conséquences négatives pour les secteurs les plus touchés. « Certaines filières auront toujours besoin d’exporter », indique l’eurodéputé Renaissance. Interrogé par Agra en marge de son intervention, il estime que sa proposition pourrait se matérialiser par de nouveaux dispositifs assurantiels, ou contracycliques, sur le modèle le Farm bill américain. Les autres candidats ont aussi évoqué leurs idées concernant le libre-échange, qu’ils remettent plus ou moins en question.

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Céline Imart n’est pas contre le libre-échange mais souhaite davantage de contrôle dans les pays tiers (en se basant sur les pratiques de la Chine). Gilles Pennelle (en 15e place sur la liste RN et qui postule pour un siège en commission de l’Agriculture) se dit « contre le libre-échange mais pour le commerce » et propose un « juste échange » avec les pays respectant les mêmes normes que celles de l’UE. De leur côté, Olivier Cleland (56e de la liste Reconquête et administrateur de la FNSEA76), Claude Gruffat (eurodéputé Vert sortant, 12e de la liste) et Marina Mesure (3e de la liste LFI) restent opposés à la logique du libre-échange tel qu’il est pratiqué actuellement.

Dernier sujet, encore plus consensuel, le lancement d’un Egalim européen. La Commission européenne, sous pression française en particulier, s’est déjà engagée à présenter des propositions dès cet automne. « Il y a une fenêtre de tir pour rediscuter des relations commerciales et des droits de la concurrence », convient Jérémy Decerle. Mais la question des prix planchers est plus discutée : une idée inapplicable dans une économie ouverte, prévient le RN Gilles Pennelle. Quoi qu’il en soit, ce sera à ceux qui seront élus à Strasbourg après le 9 juin de convaincre les délégations des autres États membres sur ces dossiers.