La finance internationale, réunie à Paris fin novembre lors du Climate Finance Day, a repris à son compte les arguments de la Cop25 : les enjeux du climat et de la biodiversité doivent converger, et la protection de la nature doit, elle aussi, devenir un critère de financement des projets. Un espoir qui, en l’absence d’un indicateur mondial sur la biodiversité, demeure incertain.
« Si l’on veut financer la biodiversité, il faut d’abord résoudre plusieurs failles du système économique. La première, c’est que nous ne comprenons pas encore précisément les services écosystémiques, qu’ils n’ont pas de valeur, et que nous n’avons pas d’éléments sur les risques associés », résumait Gautier Queru, directeur des investissements chez Mirova Natural Capital, à l'occasion du Climate Finance Day fin novembre.
Comme les chercheurs et les institutions, une partie du secteur de la finance, souhaitant enrayer la perte de biodiversité, est à la recherche d'indicateurs clairs, dont l’absence freine actuellement toute action internationale d’ampleur. « La question de la biodiversité est très proche de celle de l’atténuation du changement climatique. Elle est très dépendante du contexte, et elle est dure à évaluer », rappelle Simon Buckle, directeur de la division Climat, Biodiversité et Eau de l’OCDE.
Bientôt un outil français
La France, en apportant des réponses concrètes, pourrait débloquer le secteur financier, et lui permettre de s’intéresser à la biodiversité. La CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des dépôts, est engagée dans plusieurs groupes de travail sur les indicateurs, et travaille notamment sur le Global Biodiversity Score. Cet outil permettra de calculer l’impact des grandes entreprises sur la biodiversité, « en réunissant des indicateurs de pression et des indicateurs d’état de la biodiversité », comme l’explique Joshua Berger, chef de projet Global Biodiversity Score chez CDC Biodiversité.
L’outil servira donc non seulement à établir les bilans RSE des entreprises, mais également à flécher des financements. « Des résultats devraient être disponibles en 2020 », indique Joshua Berger. Les méthodes de la CDC Biodiversité feraient cependant déjà l’objet de critiques de la part de certains acteurs, qui redoutent un cadre trop contraignant.
Agir vite
Après les hésitations de la science, faudra-t-il donc encore attendre celles des entreprises, et celles de la diplomatie internationale ? « En attendant l’indicateur parfait, nous pouvons au moins nous concentrer sur les moyens de ne pas détruire la biodiversité », nuance Jeanne Stampe, fondatrice de l’Initiative pour une Finance Asiatique Durable, et membre de l’équipe finance internationale du WWF.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pour elle, des filets de sécurité doivent être mis en place de manière urgente afin d'éviter les dégâts en cours. Une stratégie qui pourrait même consister, dans un premier temps, à simplement développer les indicateurs existants – du type RSPO, Roundtable on Sustainable Palm Oil ou FSC, Forest Stewardship Council – pour en faire des critères bancaires.
Car malgré ces labels, seules trois banques sur les 35 banques que compte l’Asean, la zone de libre-échange asiatique, appliquent aujourd’hui des clauses de non-déforestation à leur client dans le secteur des agro-commodités. « Les financiers qui le peuvent, en Europe et en France, doivent montrer l’exemple », exhorte Jeanne Stampe.
Lors du Climate Finance day, les banques françaises ont rappelé à plusieurs reprises qu’elles n’ont financé aucune création de centrale à charbon en 2018. Les ONG semblent désormais attendre un geste identique sur la destruction des milieux naturels.
« Nous ne comprenons pas encore précisément les services écosystémiques »
Encourager l’économie de la restauration écologique
Le secteur bancaire, avant même l’apparition des indicateurs tant attendus, pourrait se lancer dans des investissements en faveur de la biodiversité… à condition que la restauration écologique devienne un business à part entière. « Nous avons besoin de véritables entrepreneurs portant des projets de restauration des écosystèmes. Aujourd’hui, des projets d’agriculture responsable, avec des labellisations, et des produits de qualité, peuvent générer non seulement des services pour la nature, mais également des taux de retour sur investissement (IR) intéressants, qui pourront entrer en compétition avec les énergies renouvelables. Et la finance pourra alors jouer un rôle clé, en leur permettant d’accélérer leur croissance », estime Gautier Queru.