Abonné

Fnil et FNPL croisent le fer sur la loi d’urgence agricole

- - 3 min

Éleveurs et industriels privés avancent leurs arguments avant le débat sur la loi d’urgence agricole. Premier point d’achoppement : les marges des transformateurs et les revenus des agriculteurs.

La Fnil, qui représente les intérêts des industriels laitiers privés, est vent debout contre les articles 19, 20 et 21 du projet de loi d’urgence agricole qui sera examiné à partir de fin avril par les députés. Sur les tunnels de prix, son p.-d.g. François-Xavier Huard s’alarme de la prise en compte des coûts de production des éleveurs via un indicateur mis au point par l’Idele (Institut de l’élevage), qui augmenterait mécaniquement le prix du lait. Ce serait un surcoût de 500 millions d’euros pour les industriels, selon ses calculs. « D’une marge nette de 1,1 % aujourd’hui, on passerait à -0,5 %, donc dans le rouge ! », s’alarme-t-il.

La FNPL (éleveurs, FNSEA) n’a pas tardé à réagir. « Les discussions sur les tunnels de prix et la prise en compte des coûts de production dans les contrats doivent rappeler une évidence économique : les coûts de production des éleveurs augmentent fortement, tandis que leur revenu reste insuffisamment sécurisé », a-t-elle rétorqué dans un communiqué. La FNPL ne s’est pourtant pas montrée intéressée sur le sujet des tunnels de prix, qui semble plutôt séduire les viticulteurs.

60 heures de travail par semaine

La FNPL demande de longue date que le travail des éleveurs soit pris en compte « sur la base d’un indicateur de prix de revient qui intègre l’ensemble des charges, y compris une rémunération de référence de deux SMIC pour plus de 60 heures de travail par semaine – un niveau pourtant plus que modeste au regard de l’engagement demandé ». Elle déplore que les industriels mettent en avant leurs faibles marges, alors que pour les éleveurs, « la question n’est même pas celle de la marge », mais celle de la rémunération.

Même si le recours à un indicateur mis au point par l’Idele nécessiterait un accord interprofessionnel, selon le projet de loi, la Fnil craint que la possibilité soit tout de même utilisée par une organisation de producteurs (OP). Les relations avec les OP vont être inutilement complexifiées, selon elle, dénonçant l’ajout de « huit cas nouveaux de pénalisation administrative », la limitation à quatre mois de la durée de négociation entre l’agriculteur et son premier acheteur, ou encore des formulations trop floues, laissant la porte ouverte à des interprétations variées et donc des conflits. La Fnil s’oppose aussi au rétablissement de l’engagement entre un producteur et une OP pour cinq ans, une disposition qui provoque son étonnement alors que cette une obligation a été invalidée par la jurisprudence du Conseil d’État qui avait donné raison récemment à Savencia dans son conflit avec Sunlait.

CB

Pour les éleveurs, la question n’est pas celle de la marge, mais de la rémunération