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Forêt : le nouveau cadre de surveillance critiqué

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Le Parlement européen qui s’attaque à la proposition sur l’harmonisation de la surveillance des forêts européennes critique un texte trop lourd pour les administrations nationales.

La proposition de la Commission européenne visant à établir un cadre harmonisé de surveillance des forêts à l’échelle de l’UE – comme prévu par la stratégie forestière de l’UE à l’horizon 2030 –, a essuyé de nombreuses critiques, que ce soit d’eurodéputés ou de parties prenantes, le 14 janvier lors d’une audition organisée au Parlement européen. Pour Emma Wiesner (Renew, Suède), corapporteur du texte pour la commission de l’Environnement, « c’est un bon exemple de mauvais règlement. Pourquoi imposer une telle charge supplémentaire ? ». Plus mesuré, Éric Sargiacomo (S & D, France) corapporteur pour la commission de l’Agriculture, prévient toutefois qu’il faut « des fondations solides avant de vouloir construire le toit », estimant que Bruxelles veut aller trop vite en besogne. Et les deux rapporteurs ont insisté sur la difficulté à faire converger les données d’un pays à l’autre. Des craintes qu’ont également exprimées les parties prenantes invitées à l’événement.

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Pour Fanny-Pomme Lange, secrétaire générale de la fédération européenne des propriétaires forestiers (CEPF), l’objectif du règlement soumis fin 2023 par Bruxelles « n’est pas très clair ». « La collecte des données ne va pas rendre la forêt plus résiliente », s’étonne-t-elle. Elle regrette également le manque de cohérence de la proposition avec d’autres textes européens, par exemple la loi restauration de la nature, qui exige un rapport sur l’état des forêts tous les 6 ans alors que la proposition sur la surveillance des forêts en demande un tous les 5 ans.

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Pas de résilience sans données

L’expert néerlandais Gert Jan Nabuurs, de l’université de Wageningen, suggère un processus d’application progressif sur 5 à 10 ans en commençant par un petit ensemble de variables pour ensuite étendre le nombre d’indicateurs. Car d’un État membre à l’autre, les dispositions nationales varient énormément. Les pays comme la France ou la Suède, qui ont mis en place depuis des décennies un inventaire forestier, craignent que leurs pratiques soient remises en cause. Ceux qui n’ont encore rien mis en place ont peur de la surcharge administrative. Pour Peter Pröbstle, président de l’institut de sylviculture de Bavière (Allemagne), il y a aussi la crainte que tout passe désormais par les observations satellitaires et que les États membres ne veuillent plus financer les inventaires au niveau local pourtant indispensables.

Mais la Commission européenne assure que sa proposition ne change rien à la manière dont les États membres collectent déjà leurs données. Il s’agit seulement, promet-elle, d’harmoniser les rapports pour mieux être préparé aux défis qui s’annoncent (changement climatique, incendie, nouveaux ravageurs, certification carbone…). « La résilience ne vient pas des données en tant que telles évidemment mais la résilience ne se fait pas sans données », a fait valoir le représentant de Bruxelles. Les discussions vont se poursuivre au sein des institutions européennes sachant que les États membres ont, eux aussi, émis des réticences envers les propositions de la Commission.