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France 2030 et Varenne agricole, une seule vision de la R & D

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Lors d’un point de mi-parcours sur le Varenne le 21 octobre, le ministre de l’Agriculture a souligné les convergences entre le volet agricole France 2030 et le Varenne agricole. Une direction partagée par les filières qui identifient la sélection, l’agroéquipement, et la data comme leurs principaux besoins en matière d’adaptation au changement climatique.

« Ce que j’ai qualifié de troisième révolution agricole dans le cadre de France 2030, et les outils dans lesquels nous devons investir [pour répondre au changement climatique] sont très proches », a souligné Julien Denormandie à l’occasion d’un point d’étape sur le Varenne agricole de l’eau et du changement climatique, le 20 octobre.

Le ministre de l’Agriculture avait déjà détaillé sa vision de ce tournant agricole à l’occasion de la présentation du plan d’investissement présidentiel début octobre. « Il s’agit à la fois de financer les innovations dans les pratiques agronomiques comme dans les équipements pour doter les agriculteurs de solutions innovantes sur le numérique, l’agro-robotique et la génétique », avait alors expliqué Julien Denormandie.

Force est de constater, d’après plusieurs documents qu’Agra Presse a pu consulter, que les filières semblent alignées avec cette feuille de route, comme le montrent les notes rédigées dans le cadre de la thématique 2 du Varenne de l’eau sur « la résilience de l’agriculture ». Des éléments remis fin septembre, et que le ministère est encore en train de traiter, en vue d’encourager toutes les filières à présenter des éléments de stratégie et des jalons d’ici la fin décembre.

Les listes de course des filières

La génétique figure tout en haut des listes de course dans le domaine végétal pour anticiper les futures conditions. Les producteurs d’oléoprotéagineux ont ainsi demandé au ministre « un soutien clair » aux NBT, tout en soulignant les besoins de recherche sur des variétés qui remontent peu à peu vers le nord, comme le tournesol ou le soja. De même, le CTIFL recommande de mieux étudier l’adaptation des porte-greffes, voire d’envisager de nouvelles espèces. Côté filières animales, Interbev rappelle aussi ses besoins en termes de « variétés prairiales tolérantes au stress hydrique ». La sélection pourrait même s’appliquer au cheptel lui-même, comme pour les apiculteurs qui réclament des souches plus résistantes au varroa.

Les filières espèrent toutes également accélérer sur la valorisation des données pour prédire et anticiper leurs besoins. « Les démarches dites de " tableau de bord ", qui identifient, à l’échelle de la parcelle et du système de culture des états observables du milieu, sont un outil puissant », souligne Terre Innovia dans sa note. En élevage, ce type de démarche passera sans doute par le développement des capteurs, sur les ruches ou dans les bâtiments, voire sur les animaux eux-mêmes. Des outils qui permettraient aussi, dans le secteur bovin, « de réduire les émissions d’ammoniac et de protoxyde d’azote » ou de méthane.

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Déjà soutenu par France Relance, le matériel agricole dans toutes ses dimensions demeure une autre préoccupation majeure en matière de recherche et développement. Le CTIFL envisage ainsi « de relancer des travaux afin d’améliorer les moyens et équipements de protection vis-à-vis des aléas climatiques (grêle, gel) en vergers et légumes de plein champ ». Terre Innovia souhaite de même poursuivre les travaux sur son « semoir adapté aux semis de colza en semis direct », quand le Cniel demande aussi de travailler sur « l’adaptation des bâtiments d’élevage laitier ».

Trois ateliers en novembre

Pour préciser l’ensemble des besoins, trois ateliers seront organisés courant novembre. Au programme : « sélection génétique » toutes filières confondues, « irrigation efficiente », et « agriculture de résilience ». Trois axes qui avaient déjà été arrêtés avant que les filières n’envoient leurs notes, et qui reflétent eux aussi les directions indiquées par la ministre.

L’autre axe de la thématique 2 est également d’identifier les effets détaillés du réchauffement filière par filière, afin de bâtir des feuilles de routes dédiées. Mais à la fin du Varenne, « l’ensemble des territoires et filières n’auront pas tous finalisé leurs stratégies », a prévenu le cabinet de Julien Denormandie lors d’un échange avec la presse 20 octobre.

Si toutes les filières n’atteindront donc pas d’ici janvier le stade de la filière viticole, qui a déjà publié sa feuille de route, le ministère espère néanmoins que le Varenne aura « un effet structurant ». Objectif : « identifier les filières les plus avancées, et celles qui le sont moins », tout en permettant à tous « de jalonner leurs efforts dans le temps ».

« L’ensemble des territoires et filières n’auront pas tous finalisé leurs stratégies »

Une vision « intensive » de l’agriculture

Cinq organisations, dont la Confédération paysanne, la Fnab (producteurs bio), UFC-Que Choisir, France Nature Environnement et le Réseau Action Climat dénoncent dans un communiqué du 19 octobre un débat « totalement déséquilibré au bénéfice des irrigants et de la vision la plus intensive de l’agriculture » dans le cadre du Varenne de l’eau. « Vouloir traiter de son “volet agricole" de façon déconnectée des autres usages et des milieux, constitue un vrai recul par rapport aux conclusions des Assises de l’Eau de 2019 », insiste FNE, qui a refusé d’assister aux travaux du Varenne. Les organisations estiment toutefois que « de nombreuses parties prenantes ont été délibérément écartées des groupes de travail », dont des syndicats agricoles ou des organisations environnementales. Alors que certaines filières ont rappelé leur attachement aux NBT ou à l’importance d’éviter les impasses techniques en cas d’interdiction de certains pesticides, Réseau Action Climat estime de son côté que « les solutions existent déjà sur le terrain : l’agroécologie, dont l’agriculture biologique, les haies, les prairies permanentes, la diversification des cultures,… ».