En Estonie, Väätsa Farm, l’une des trois exploitations laitières de l’entreprise Trigon Dairy Faming Estonia (TDFE), a ouvert ses portes aux journalistes membres du Réseau européen des journalistes agricoles (ENAJ). Le groupe possède plus de 6 000 vaches au total (3 600 vaches laitières) et 8 300 ha. Il vise l’export et l’économie d’échelle. Une politique validée par le gouvernement.
En quelques années, l’Estonie dont l’indépendance a été acquise en 1991, a vu se développer de grandes fermes laitières de plus de 1 000 vaches. Entre 2010 et 2016, les exploitations de 100 à 299 vaches ont diminué de 21 % à 17 % au profit des exploitations de plus de 300 vaches (+10 %) qui représentent, en 2016, 64 % des exploitations laitières. Le nombre d’exploitation de 50 à 99 vaches, comparable à une exploitation moyenne française, est resté stable durant cette période (8 %). À l’inverse, le nombre de très petites fermes (1 à 50 vaches) a réduit de 7 %. En parallèle, entre 2004 et 2015, la production moyenne laitière par vache et par an est passée de 5,6 tonnes à 8,6 tonnes. En France, en 2015, la moyenne était de 7 tonnes environ.
L’Estonie a donc brillamment remonté la pente dans sa production laitière, avec un système à l’opposé de celui de la France. Le ministre de l’Agriculture estonien, Tarmo Tamm, ne s’en cache pas, revendiquant le développement des grandes exploitations et regrettant une Pac qui donne des aides à « des petites structures ». Lors d’une rencontre informelle entre journalistes et ministres de l’Agriculture européens, le 4 septembre, il a précisé que le pays avait perdu 10 % de son marché laitier à la suite de l’embargo russe. « Il a fallu réorienter ce marché pour compenser », a-t-il expliqué, évoquant le développement de l’export vers les pays voisins. En 2015, l’Estonie a produit 714 000 tonnes de lait pour une consommation intérieure de 390 000 tonnes. Seulement 13 % de la production est assurée par des exploitations de moins de 100 vaches. 39 % des exploitations du pays ont plus de 600 vaches.
87 % des exploitations ont plus de 100 vaches
Ainsi Väätsa Farm, l’une des trois exploitations de l’entreprise Trigon Dairy Faming Estonia (TDFE), visitée par le Réseau européen des journalistes agricoles (ENAJ), le 3 septembre, possède près de 1 600 vaches et souhaite monter à 2 200 vaches sur le site. TDFE exploite plus de 8 300 ha en Estonie dont 4 300 ha sont en propriété. Elle exporte directement plusieurs camions de lait cru vers la Lituanie. Joakim Helenius, un ancien de la banque Goldman Sachs qui travaille aujourd’hui pour TDFE, évoque une diminution des coûts de 28 % entre une exploitation de 100-500 vaches à une exploitation de plus de 1 000 vaches. « La taille moyenne des exploitations européennes est nettement inférieure à 100 vaches, ce qui diminue fortement la rentabilité et l’efficacité de l’exploitation », explique-t-il.
L’entreprise s’est dite en difficulté lorsque les cours sont passés au-dessous de la barre de 210 €/tonnes (290-300 €/tonnes en France). Selon Joakim Helenius, même les transformateurs préfèrent s’approvisionner chez eux car les coûts de collecte sont réduits. Tous les jours, trois camions de lait cru partent ainsi vers la Lituanie. TDFE vise l’export et ne s’en cache pas. Joakim Helenius parle de marchés en Asie et bien sûr en Europe. « Le lait estonien est tellement peu cher », souligne-t-il. L’agrandissement de Väätsa Farm est prévu sans subvention de l’Union européenne.
Des bâtiments optimisés et peu de salariés
La salle de traite rotative permet de traire 400 à 450 vaches par heure avec trois salariés. 75 salariés travaillent dans cette ferme et 55 seulement dans la partie production laitière. TDFE emploie au total 166 salariés. Les vaches ne sortent pas. L’énergie utilisée pour la ferme provient du refroidissement du lait. Une partie du lisier est séché pour être reconverti en litière pour le couchage des vaches et l’autre partie est épandue sur les cultures. « Vous pourriez avoir une longue discussion pour savoir comment évaluer le bien-être des vaches. Tout nous indique que nos vaches sont heureuses », relève Joakim Helenius. Les rendements laitiers sont effectivement bons (+25 % par rapport à la moyenne estonienne). Mais en visitant l’élevage, la taille des logettes est trop petite, une vache couchée présente une délivrance tardive qui traîne au sol, les barres d’alimentation et des logettes marquent les dos, l’aspect physique des vaches parle de lui-même (1). Elles seront gardées deux ou trois lactations. Les veaux partiront en camion vers les Pays-Bas pour être engraissés. Autour des bâtiments d’élevage, plusieurs hectares de surface en herbe sont impeccablement tondus.
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Quelle est la place de la production française face à tel gigantisme ? « Les Français ne seront jamais compétitifs face à un tel modèle. Ils doivent être conscients de cela. Mais il est possible de faire encore plus d’argent avec des marques, comme les marques françaises. La France a une grande réputation. Et nous sommes loin d’avoir une marque estonienne de renom ! », fait observer Joakim Helenius.
(1) « Nos vaches ont des choses à vous dire », Réussir Lait élevage, mai 2017, n° 313
« Les Français ne seront jamais compétitifs face à un tel modèle »
Estonie : un nombre d’exploitation bio multiplié par 2,5 en dix ans
Le nombre d’exploitations agricoles bio en Estonie a été multiplié par 2,5 en dix ans en 2016. Elles représentent 184 000 hectares (18 % des terres agricoles), selon les chiffres du ministère de l’Agriculture estonien. 51 % des surfaces en agriculture bio concernent des prairies permanentes, 19 % des prairies temporaires, 19 % des céréales et 4 % des légumes. Le pays est particulièrement plat, mais les terres restent acides, aussi les rendements en céréales ne sont-ils pas toujours exceptionnels. 50 % du territoire estonien sont couverts par la forêt. Une partie des terres est encore disponible pour l’agriculture, mais pas encore utilisée (100 000 ha environ), en lien avec la fin de l’occupation russe. Le prix du foncier a fortement progressé depuis l’entrée de l’Estonie dans l’Europe en 2004. Joakim Heleniu, manager chez Trigon Dairy Faming Estonia, évoque un prix de l’ordre de 3 500 à 4 000 €/ha. « Il vaut mieux acheter car dans les cinq ans à venir, j’imagine une hausse de 20 à 25 % des loyers », soulignait-il lors d’une visite de l’entreprise organisée par le Réseau des journalistes européens (ENAJ), le 3 septembre.
Trigon Dairy Faming Estonia veut continuer à gagner en rentabilité
« Nous voulons continuer à rendre notre production laitière encore plus efficiente », a souligné Joakim Heleniu, manager chez Trigon Dairy Faming Estonia. Il a présenté les orientations de développement du groupe à l’avenir. Il évoque l’augmentation du cheptel sur le site de Väätsa et Kaiu (+1 600 vaches) et l’augmentation de la rentabilité de la partie céréalière de l’entreprise. Il vise également le lancement et le développement de la production de céréales bio. « En mai 2017, le prix de l’avoine bio était de 300 €/t contre 120 €/t pour le conventionnel », relevait Joakim Heleniu. Il a aussi évoqué la volonté du groupe d’être leader en termes de protection de l’environnement, tout en conservant sa rentabilité. « Nous observons également les nouvelles tendances du côté de l’agriculture high-tech », concluait Joakim Heleniu, à l’affût de la moindre opportunité pour améliorer la rentabilité du groupe.