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Présidentielle - Grands entretiens Guillaume Garot (PS): «Il faudra inventer de nouveaux outils de régulation»

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Le député socialiste de la Mayenne Guillaume Garot a détaillé auprès d’Agra Presse le programme agricole de la candidate à l’élection présidentielle Anne Hidalgo. Pour améliorer le revenu des agriculteurs, il propose d'abord d'«évaluer» Egalim 2, mais aussi de «généraliser» les contrats tripartites, de soutenir d'avantage les organisations de producteurs, et d'«inventer de nouveaux outils de régulation» à l'échelle européenne. Le député précise également les intentions de la candidate sur le soutien au bio, les interdictions de pesticides, le foncier et le bien-être animal.

Quelles sont vos priorités ? Vous dites que votre « priorité absolue » porte sur l'installation et le foncier.

Notre politique agricole se décline en trois priorités. Le foncier en fait partie, c’est la mère des batailles. Mais le premier enjeu est de produire une alimentation saine, sûre, accessible à tous. La deuxième priorité est de soutenir une agriculture qui rémunère les producteurs et qui garantisse notre souveraineté alimentaire. Troisièmement : engager résolument la transition agro-écologique. Commençons dans l’ordre. Près de 10 M de Français vivent sous le seuil de pauvreté. La lutte contre la précarité alimentaire est donc une priorité. Nous souhaitons généraliser la tarification sociale dans la restauration collective. Ensuite, un chèque alimentation durable.

Le budget est-il chiffré ?

Non, reste à préciser : à qui s’adresse le chèque alimentation durable, quels sont les partenaires de sa mise en œuvre. Une réflexion est en cours. Cela peut aboutir à un chèque universel, comme le chèque restaurant. Ou alors un dispositif d’accompagnement confié aux organisations de solidarité.

Sur le partage de la valeur, deux lois ont été adoptées en ce sens sur le quinquennat. Prévoyez-vous une loi Egalim 3 ?

Egalim 1 n’a pas fonctionné. Elle a été vendu comme une loi qui allait régler tous les problèmes de revenu agricole. D’où beaucoup de désillusion dans le monde agricole. Egalim 2 commence à se mettre en place. Ses résultats devront être évalués. Encore une fois, je le répète : nous, Français, ne sommes pas seuls au monde. Renforcer les organisations de producteurs est, à mes yeux, ce qui va permettre le meilleur équilibre possible dans la discussion avec la transformation, la distribution. Mais c’est à l’échelle européenne que le sujet doit être porté. Quels leviers pour mieux réguler demain nos productions, nos volumes ? Le débat doit être constamment entretenu. Car sans régulation, pas de solution.

Vous évoquez des contrats tripartites. Visez-vous les filières bovines uniquement, ou plus large ?

Les contrats tripartites doivent être généralisés, poussés le plus loin possible. Quand j’étais ministre de l’Agroalimentaire, en 2013, j’ai moi-même défendu l‘idée. Peu d’échos lui ont été donnés. Maintenant, ça reste un des leviers en faveur du revenu agricole. En plus des contrats tripartites, il faudra inventer de nouveaux outils de régulation avec nos partenaires européens.

Venons-en à votre politique sur l’installation, le foncier…

Pour permettre le renouvellement des générations, il faut protéger, partager les terres. Anne Hidalgo veut garantir l’accès au foncier. Une grande loi foncière doit permettre de réguler les marchés fonciers, qui sont l’objet d’un accaparement. Nous engagerons un travail sur la transparence, le contrôle du foncier. Comment faire pour que le foncier ne soit pas une charge capitalistique insurmontable ? D’abord en allant vers davantage d’outils collectifs. Aussi en donnant aux collectivités locales une meilleure capacité à proposer des espaces fonciers.

Quelles formes sociétaires, collectives visez-vous ?

Une grande concertation donnera la réponse. Après les Gaec, les GFA, il faut trouver les formes qui conviendront demain. L’idée est de promouvoir, faciliter des outils collectifs permettant l’installation du plus grand nombre.

-Vous voulez interdire le glyphosate et les néonicotinoïdes dans les 100 premiers jours du quinquennat…

Les néonicotinoïdes : oui, une interdiction dans les 100 premiers jours. S’agissant du glyphosate, il faut donner la capacité à nos agriculteurs de s’en passer. Les pratiques alternatives ne sont pas au point dans toutes les productions. Reste à les trouver. A l’évidence, ça ne se fera pas dans les 100 jours. Nous aurons à fixer un terme, après consultation des instances scientifiques. Le sujet réclame de la clarté, du réalisme mais aussi du volontarisme.

Lors de l’examen du projet de loi néonicotinoïdes, les compensations pour les agriculteurs ont été largement débattues. En prévoyez-vous ?

Nous avions proposé au Parlement un fonds de compensation. Ce qui implique une participation à ce fonds : est-ce 100 % public, doit-il y avoir d’autres participations ? La question se rapporte à la mobilisation de filière. Si les néonicotinoïdes sont interdits, comment les filières peuvent-elles être solidaires d’un tel changement de pratique ?

En matière d’encadrement des pesticides, qu’entendez-vous par « une gouvernance scientifique et démocratique renouvelée » ?

Il faut de la transparence. Le partage de l’information est primordial. Cette gouvernance partagée doit permettre de savoir, en temps réel, l’état de la recherche, pour passer à de nouvelles pratiques. Toutes les parties prenantes doivent pouvoir s’exprimer.

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Vous visez 30 % de surfaces bio en 2030, le reste en agroécologie. C’est plus que les 25 % du Green deal. Comment y parvenir, alors que la France est aujourd’hui à moins de 10 % dans un secteur en crise de croissance ?

Nous tenons à fixer un objectif. Tout en étant réaliste. C’est important de dire, année après année, comment s’y prendre. Des moyens massifs sont nécessaires dans la formation, l’accompagnement. En lien avec les régions, nous allons tripler les budgets servant à former les agriculteurs.

Ça ne résout pas les difficultés de marché. Comment soutenir la demande ?

Avec une offre plus élevée en volume, les prix ne seront plus les mêmes, et pas dans une inflation permanente. Cela répond à notre priorité autour d’une alimentation saine, sûre, accessible à tous. Le bio n’est toutefois pas l’alpha et l’oméga de la qualité. Toute l’offre alimentaire doit s’inscrire dans une amélioration continue. Pour cela, nous mettrons en œuvre des contrats de filière avec l’industrie alimentaire, tous les acteurs de la production, pour que dans l’assiette il y ait moins de gras, de sucre, de sel. Ces objectifs seront fixés à un horizon de cinq ans. Chaque participant énoncera les moyens pour y arriver. Et au bout du quinquennat, si les objectifs ne sont pas atteints, nous réglementerons.

Comment parvenir à deux tiers des surfaces en agroécologie, sans s’exposer trop à la concurrence internationale et européenne. Et qu’entendez-vous derrière ce terme ?

L’ambition, le réalisme nous animent. Il faut se libérer à terme des phytos. L’agriculture doit s’engager résolument dans la transition écologique. Cela passe par le bio, la HVE. Une HVE qui devra être précisée, dans l’idée d’une certification exigeante.

Pourquoi souhaitez-vous des Assises du bien-être animal ? Quels sont vos objectifs sur ce thème ?

Nous voulons emmener tout le monde dans un processus d’amélioration continue. Avec un souci de réalisme : pas en ayant des exigences pour le lendemain quand des investissements très élevés ont déjà été faits dans la modernisation des bâtiments, de l’outil d’exploitation. Les Assises mobiliseront tous les acteurs, de l’élevage, des associations de protection animales. Une méthode sera fixée : recourir à la science pour partager les constats. Au terme des Assises, les pouvoirs publics devront arbitrer. Leur rôle est de tracer le chemin, dire comment progresser, à quel rythme, avec quels moyens.

-Vous voulez augmenter le Smic de 200 € net par mois. Comment concilier cela avec le maintien de productions très concurrencées par la main d’œuvre bon marché dans d’autres Etats membres ?

Le débat en France sur l’augmentation du Smic traverse l’ensemble des pays de l’UE. C’est vrai pour l’Espagne, l’Allemagne. Tous ces pays connaîtront des augmentations de salaires, notamment du salaire minimum. Anne Hidalgo, une fois élue, mènera des discussions avec nos partenaires européens en visant l’équité des conditions de production. Quant à ceux qui s’inquiètent, dans le secteur des fruits et légumes, je rappelle leurs difficultés à recruter, notamment à cause de salaires jugés trop bas.

Quel est votre programme sur le stockage de l’eau pour l’irrigation ?

Mieux gérer la ressource en eau apparaît nécessaire. Contrairement à certains qui ne veulent rien faire, je dis qu’il faut agir. Mais à condition de s’appuyer sur des données scientifiques, pour bien mesurer les conséquences de tel ou tel choix sur les politiques territoriales de l’eau. Nous ne sommes pas opposés aux retenues d’eau pluviale. La question est de savoir quelle doit être leur taille, comment elles s’inscrivent dans le cycle de l’eau. Ces retenues doivent répondre à l’intérêt général, faire en sorte que l’agriculture soit en harmonie avec les autres usages.

Vous semblez adhérer aux conclusions du Varenne agricole…

Ces travaux ont permis de réunir les acteurs concernés. J’insiste sur l’importance d’avoir une approche partagée autour de l’eau. Les retenues doivent être de dimensions raisonnables. Beaucoup de projets connaissent des blocages là-dessus.

Quels sont vos objectifs en matière de climat ? Vous voulez diminuez les engrais azotés, quid de la viande ?

On a besoin de l’élevage pour lutter contre le réchauffement climatique. Grâce aux prairies, les systèmes extensifs captent du carbone, compensant les émissions de méthane. Cet apport environnemental de l’élevage, extensif, bien conduit, doit être reconnu dans nos politiques. Il faut donc lui consacrer des soutiens de la Pac. Aussi reconnaître les services environnementaux de l’élevage, bovin et autres.