Pour préserver la qualité des eaux souterraines, l’Anses va retirer les autorisations pour les principaux usages du S-métolachlore, une molécule herbicide utilisée sur maïs, tournesol et soja. « Un nouveau coup de semonce » pour les associations spécialisées en grandes cultures, une victoire pour Générations Futures.
« Inquiétude » et « coup de semonce » pour les associations spécialisées en grandes cultures de la FNSEA (CGB, FOP, AGPM, AGPB,…), « victoire » chez Générations Futures : quelques semaines après la décision de justice européenne sur les néonicotinoïdes, les termes employés de part et d’autre sont les mêmes.
Et pour cause, l’agence sanitaire française (Anses) s’apprête à retirer les autorisations pour les principaux usages du S-métalachlore, l’un des herbicides les plus utilisés de France. Principal motif de ce retrait : les concentrations dans les eaux souterraines de trois métabolites issues de la dégradation de l’herbicide (métolachlore-ESA, le métolachlore-OXA et le métolachlore-NOA) dépassent largement le seuil européen de 0,1 μg/litre.
Issu d’une saisine des ministères de l’Agriculture et de la Santé, cet avis de l’agence se base sur « un ensemble de neuf combinaisons standards de données météorologiques, pédologiques et culturales » utilisées au niveau européen pour modéliser la contamination des eaux souterraines par les pesticides. Suite aux concentrations calculées par ces modèles, les autorisations du S-métolachlore devraient donc être retirées pour le maïs en pré-levée, le maïs en post-levée, le tournesol et le soja.
Un avis anticipant les décisions européennes
Alors qu’une procédure de réexamen du S-métolachlore est en cours en niveau européen, les associations spécialisées en grandes cultures de la FNSEA estiment dans un communiqué du 16 février que la décision de l’Anses « aura pour effet de provoquer une nouvelle situation de surtransposition réglementaire et donc des distorsions de concurrence inacceptables avec les autres États membres ». CGB, AGPM, AGPB et FOP soulignent au passage que l’usage du désherbage mécanique « n’est pas possible pour tout type de culture », notamment en maïs doux, maïs semence, tournesol et soja, qu’il représente « une solution nettement moins efficace et plus coûteuse ». « L’agriculture française se voit dépossédée à grande vitesse de ses capacités à produire », déplorent les AS végétales.
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L’association Générations Futures rappelle de son côté qu’elle avait demandé le retrait des produits à base de S-métolachlore en septembre 2022. « Cet avis montre que les autorités nationales ont le pouvoir de prendre des décisions sur les autorisations des produits sans attendre les conclusions de l’Europe », se félicite l’association, saluant « l’anticipation » de l’Anses vis-à-vis des décisions européennes.
Pauline Cervan, toxicologue en charge des questions scientifique et réglementaire chez Générations Futures, souligne cependant « la lenteur du processus d’évaluation, que ce soit par l’Europe ou par l’Anses. » L’ONG rappelle que la Commission avait alerté dès 2004 les États membres sur la contamination des eaux souterraines par les métabolites de ces molécules, et que le dossier de réautorisation du S-métolachlore est en cours d’examen depuis 2015. Une lenteur « responsable de tant d’années de contamination des eaux souterraines et potables par les métabolites », regrette François Veillerette, porte-parole de l’association.
Selon la base de données nationale des ventes de pesticides (BNVD), près de 1 820 tonnes de produits à base de S-métolachlore ont été vendues en 2021 en France sous neuf AMM distinctes, contre 7 932 t pour le glyphosate.