Pour Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste français (PCF), « l’agriculture doit sortir de l’Organisation mondiale du commerce ». « Elle relève du bien commun et de l’intérêt général » et ne doit donc pas être considérée comme un pur produit commercial, a-t-elle déclaré lors de son passage au Salon de l’agriculture le 28 février. « Il ne faut pas attendre la catastrophe annoncée de 2013 », a-t-elle ajoutée, en appelant les agriculteurs à la mobilisation pour faire évoluer les choses et sortir du système de politique agricole actuel. Suite de nos rencontres avec les principaux partis politiques français à un an de l’élection présidentielle.
Avec la grippe aviaire qui s’abat sur la France et sur l’Europe, mangez-vous toujours du poulet ? Le plan d’aides de 52 millions d’euros annoncé pour la filière avicole par le gouvernement (faisant suite aux 11 millions annoncés précédemment) vous paraît-il suffisant ?
Oui, bien sûr je mange toujours du poulet sans problème ! La filière prend toutes les précautions nécessaires avec le confinement et les vaccinations des volailles. Cependant, j’en ai discuté avec les représentants des syndicats agricoles, il y a un véritable problème d’informations claires auprès du grand public pour dissiper les craintes. Je crois qu’il faut le répéter, pour l’instant, il n’y a aucun risque à manger du poulet et des œufs. Concernant les aides du gouvernement pour la filière, elles sont complètement nécessaires. Il va falloir petit à petit s’adapter, car ne nous ne savons pas jusqu’où va aller la crise. Les différents événements que nous connaissons jour après jour montrent que le virus se répand de plus en plus. Le gouvernement devra donc nécessairement abonder l’enveloppe.
Que vous évoquent les mots agriculture française ?
La première image qui me vient tout de suite à l’esprit, c’est le paysage de la France. Ce n’est pas anecdotique. L’agriculture est un des piliers de l’aménagement du territoire et a un rôle important pour l’emploi et pour l’environnement. L’agriculture représente également notre indépendance alimentaire. C’est aberrant de voir qu’aujourd’hui nous sommes obligés d’importer des bovins alors que nous avons les capacités de fournir notre pays en viande bovine. Nous avons trop laissé disparaître des exploitations aux dépens de notre autosuffisance alimentaire. Nous avons besoin d’un monde agricole vivant et fort pour notre alimentation et pour nos territoires. L’agriculture française a un incontestable avenir, il ne faut pas la regarder avec des yeux nostalgiques comme si elle sortait du passé.
Vous parlez justement d’avenir pour l’agriculture. Les biocarburants permettront-ils d’apporter à notre agriculture, de nouveaux débouchés dont elle a besoin ?
Oui, c’est une chance. Beaucoup de personnes me disaient en visitant le salon que l’on a pris peut-être trop de retard : pas dans la recherche, car depuis longtemps les chercheurs, notamment de l’Inra, ont mis en avant les possibilités énormes des biocarburants. Mais il n’y a pas eu assez tôt l’impulsion nécessaire pour que les industriels suivent et qu’il y ait un véritable tournant. Nous devons rattraper ce retard. Cela est d’ailleurs très bien que le Salon de l’agriculture cette année soit tourné vers la thématique des nouvelles valorisations et des biocarburants. Aujourd’hui, il faut mettre les moyens et travailler encore sur le bilan écologique. Il ne s’agit pas de faire des biocarburants pour faire des biocarburants. Il faut que cela soit bénéfique pour l’environnement.
La réforme de la Politique agricole commune de 2003 a instauré le découplage des aides par rapport à la production. Que pensez-vous de cette réforme ?
Nous nous sommes opposés complètement au découplage. Nous pensons au contraire que l’agriculture doit être rémunérée à partir de sa production et de son travail. C’est pour cela que nous sommes très axés sur la thématique des prix rémunérateurs, pour que chaque agriculteur soit payé à hauteur de ce qu’il produit. Il faudrait qu’il y ait une vraie réflexion là-dessus. Il faut maintenir les aides à la production, tout en revisitant le système afin de le rendre le plus juste possible, en établissant des plafonds pour éviter les disparités entre exploitations. Il faut par ailleurs empêcher les grandes centrales d’achats d’exercer les terribles pressions qu’elles font aujourd’hui sur la production.
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Faut-il revoir alors les règles établies par l’Union européenne et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ?
Nous travaillons actuellement sur une proposition qui consiste à faire sortir l’agriculture de l’Organisation mondiale du commerce et qu’elle dépende plutôt d’une sorte de Nations Unies de l’agriculture. Il faut établir des grandes régions agricoles dans le monde où des prix rémunérateurs pourraient être définis, correspondant au niveau de vie de ces régions. Cela permettrait d’avoir une grande région agricole européenne autosuffisante mais également de la même façon en Afrique. L’agriculture n’est pas une activité commerciale comme la production de boîtes en plastiques par exemple. C’est un peu comme la santé, l’éducation ou la culture. Elle relève du bien commun et de l’intérêt général. C’est pour cela que nous souhaitons mettre en place une nouvelle organisation ramenant l’autosuffisance dans les grandes régions du monde et établissant des coopérations ou des échanges avec les autres et non comme l’OMC qui mette en concurrence les agriculteurs du monde entre eux. Il faut par ailleurs combattre l’idéologie selon laquelle nos agriculteurs sont des privilégiés. Dans l’Union européenne, l’agriculture ne représente, je crois, qu’ 1% du produit intérieur brut alors qu’aux Etats-Unis, elle fait plus de 15 %.
2013 sera une année charnière pour l’agriculture française et européenne, avec la fin des subventions à l’exportation (accord à l’OMC) et la fin du financement actuel de la Pac (accord Chirac-Schroeder). Quelle politique mettre en œuvre ensuite ?
Je pense que le problème ne doit pas être posé comme cela. Il ne faut pas se demander ce que l’on fera après et attendre la catastrophe annoncée de 2013. Il faut se demander plutôt si d’ici 2013, nous ne sommes pas en capacité de faire évoluer les choses avec une mobilisation des agriculteurs français, européens et mondiaux pour faire en sorte que les règles changent. Nous proposons justement que de sortir l’agriculture de l’OMC et d’établir une nouvelle politique agricole européenne.
Le projet de loi sur les OGM exempte les firmes semencières de toute taxe sur la culture d’OGM. Au lieu de çà, ce sont les agriculteurs qui devront cotiser à un fonds d’assurance contre les risques de contamination. Quel est votre sentiment sur la culture des OGM et que vous pensez de ce projet de loi ?
Nous l’avons dit à plusieurs reprises. Autant nous sommes pour une recherche publique sur les OGM avec des objectifs finalisés, autant nous nous battons contre les pressions des firmes semencières multinationales qui voudraient organiser la recherche sur les OGM uniquement pour augmenter leurs profits. Nous sommes donc pour la recherche sur les OGM mais dans des laboratoires publics avec des finalités claires. Sur le projet de loi qui sera débattu fin mars au Parlement et d’abord au Sénat, il comporte un certain nombre de défauts. Nous allons consulter une nouvelle fois les syndicats agricoles pour faire en sorte que cette loi ne vienne pas pénaliser encore les agriculteurs.
On constate que le PCF réinvestit les questions agricoles par le terrain, notamment sur des thématiques comme les prix payés aux producteurs et payés par le consommateur, ou également le thème de l’emploi. Finalement, quelle place occupe aujourd’hui l’agriculture au sein du programme du PCF ?
Nous avons une grande tradition au Parti communiste français sur ces questions là. Nous avons toujours voulu être innovants. C’est vrai que nous avons pris plusieurs initiatives ces temps derniers (ndlr : ventes de fruits et légumes à prix coûtants sur des marchés parisiens) qui permettent à des habitants de zones urbaines de mieux comprendre les enjeux agricoles et la situation actuelle des agriculteurs. Le monde agricole a perdu 22 % de son pouvoir d’achat ces 5 dernières années alors que lui ne cesse de voir le prix des fruits et légumes augmenter en magasins. Ces thématiques créent des convergences et des solidarités entre le monde agricole et les citoyens. Nous avons par ailleurs combattu ouvertement la récente loi d’orientation agricole. Cette loi applique la logique destructrice du libéralisme au monde agricole et ce n’est pas de cette agriculture dont nous voulons.