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Incertitudes sur l’ampleur des dégâts en apiculture

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Entre le gel et les conditions estivales, l’Unaf annonce une récolte de miel 2021 entre 7 000 et 9 000 t, une estimation trop précoce selon d’autres syndicats qui attendent les chiffres de FranceAgriMer. Le volume sera en tout cas décevant selon l’interprofession, qui a appuyé la demande de calamité.

Pour l’Unaf, 2021 est « la pire année de l’apiculture française », prévient un communiqué du 18 octobre. Au total, selon le syndicat apicole, la récolte pourrait s’élever entre 7 000 et 9 000 t, après une récolte 2020 estimée à 32 000 t par FranceAgriMer. Gelées tardives au printemps, pluie durant l’été : « Les conditions climatiques se sont révélées particulièrement défavorables », rappelle le syndicat apicole.

Dans le Sud-Est, détaille l’Unaf, « la bonne récolte de miel de lavande a sauvé la saison ». Mais dans la plupart des régions, la récolte de tournesol s’est en revanche révélée « décevante », tout comme celles de châtaignier, de colza ou de bruyère qui se sont avérées « médiocres », quand la récolte d’acacia a tout simplement été « anéantie ».

« Cette estimation est un peu prématurée en l’absence de retour complet, mais je doute que nous dépassions les 12 000 tonnes », avance Joël Schiro, président du Syndicat des producteurs de miel français (SPMF). La chute de production pourrait avant tout venir selon lui du Nord et des régions de montagne, ces dernières étant « particulièrement touchées par le changement climatique ».

Une prudence partagée par Éric Lelong, président de la section apicole de la FNSEA, qui attend lui aussi les chiffres officiels. « À 8 000 t, nous serons en pénurie, et les stocks seront consommés. Mais à 15 000 t, les reports de stocks de l’année dernière pourront suffire », souligne-t-il. Pour l’heure, illustre-t-il, les conditionneurs ne se sont pas rués vers le miel français. Un encouragement à l’optimisme face aux chiffres de l’Unaf qui avait, rappelle-t-il, prévu une récolte entre 10000 et 12 000 tonnes en 2020, alors que le chiffre officiel se monte au triple.

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Demandes de reconnaissance de calamité

Si le désastre n’est pas national, il sera en tout cas local. Sur ce point, toute l’interprofession apicole a parlé d’une seule voix en envoyant fin septembre des courriers à Régions de France et au ministre l’Agriculture pour rappeler les procédures de reconnaissance de calamités lancées par de nombreux départements. Évoquant une récolte « catastrophique » inférieure d’au moins 30 à 40 % par rapport à 2020, Interapi demande à Julien Denormandie ainsi qu’à Carole Delga, la présidente de Régions de France, « d’appuyer ces demandes au vu de la situation des apiculteurs français ».

Dans le même courrier, lnterapi suggère également aux décideurs de « réfléchir ensemble à des dispositifs de gestion des risques pour les apiculteurs, notamment dans le cadre du Varenne agricole ». Des mesures qui pourraient comprendre le développement des résistances au varroa par la sélection, des contrats d’assurance pour les exploitations en grande difficulté, des aides aux jeunes, mais également une veille européenne sur les maladies et prédateurs émergents, ou encore le « renforcement de la réglementation autour des demandes d’AMM ».

Sur le dossier des pesticides, la mauvaise récolte pourrait être un argument de plus pour les syndicats apicoles qui continuent d’espérer une révision plus ambitieuse de l’arrêté abeille. Remis au Premier ministre cet été, ce texte très attendu par les apiculteurs comme par les grandes cultures n’a toujours pas été publié. « Nous sommes toujours en attente des arbitrages, mais nous avons de grosses inquiétudes », prévient Éric Lelong (FNSEA). Principale demande de la section apicole de son syndicat, comme de l’Unaf et du SNA : ajouter un critère de température à la plage horaire prévue par la version de l’arrêté dévoilée à l’été. Dans un communiqué du 20 octobre, l’Unaf et le SNA demandent de leur côté un rendez-vous à Matignon « dans la plus grande urgence ».

« Nous sommes toujours en attente des arbitrages de Matignon »