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Influenza aviaire : l’Anses propose trois scénarios pour la vaccination

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Excluant toute vaccination d’urgence, l’Anses propose trois scénarios de vaccination préventive contre l’influenza aviaire. Selon le niveau de risque et l’enjeu, l’agence sanitaire vise par ordre de priorité la génétique, les palmipèdes et les volailles plein air.

En vue d’une campagne de vaccination contre l’influenza aviaire à l’automne, l’Anses propose, dans un avis publié le 6 avril, trois scénarios pouvant servir de base à la stratégie vaccinale du ministère. Après avoir classé les élevages selon leur niveau de risque, l’agence sanitaire recommande d’activer ces scénarios « en fonction des moyens disponibles ».

Dans son scénario 1, l’Anses donne la priorité aux reproducteurs (sélection et multiplication), toutes espèces confondues, afin de « préserver le potentiel génétique » et « la capacité à remettre en place des animaux » après l’épizootie. Le deuxième scénario y ajoute les palmipèdes gras (stade « prêts à gaver »), ainsi que les volailles en plein air les plus à risque (palmipèdes à rôtir, dindes, poulettes futures pondeuses). Le but ? « Limiter l’importance des épizooties. » Enfin, dans son dernier scénario, l’Anses élargit la vaccination aux autres volailles plein air (chair et ponte), ainsi qu’aux palmipèdes à rôtir et aux dindes élevés en claustration.

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Rappelant l’endémisation « fortement probable » de la maladie, les experts recommandent de vacciner « quelle que soit la zone géographique, avec une attention particulière en ZRD (zones denses, NDLR) et ZRP (zones humides, NDLR) ». Estimant que les volailles acquièrent une immunité en « trois à quatre semaines », l’Anses exclut la vaccination d’urgence et celle des « volailles de chair à durée de vie courte » (5 à 6 semaines pour un poulet standard). Dans un précédent avis paru en décembre 2022, l’Anses écartait toute vaccination des galliformes (poules, dindes, etc.). Mais le contexte est aujourd’hui « sensiblement différent », car « plusieurs demandes d’autorisation de vaccins pour une utilisation chez les palmipèdes et/ou chez les galliformes ont été déposées par les firmes pharmaceutiques ».

L’Anses prend des pincettes

Dans leur rapport d’avril, les experts de l’Anses insistent à plusieurs reprises sur le « niveau d’incertitude élevé » de leur réflexion. Première limite : cet avis sur la stratégie vaccinale ne prend pas en compte les résultats de l’expérimentation du vaccin sur les canards, qui sont attendus « pour la mi-avril », selon le ministère de l’Agriculture. L’Anses a donc basé son travail sur quatre hypothèses, qu’elle invite à « vérifier » avant que les pouvoirs publics ne fixent leur stratégie vaccinale. Les conclusions de l’agence ne seront donc valables qu’avec des souches virales inchangées et des vaccins efficaces et disponibles, tout en permettant une stratégie dite « Diva » (détection des animaux vaccinés mais infectés par un virus sauvage). Deux dernières conditions : une stratégie vaccinale « cohérente » sur le plan temporel (délais d’acquisition de l’immunité, durée de la protection vaccinale), et qui soit « acceptable et réalisable par les professionnels ».

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Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, l’Anses répète qu’elle a rendu une réflexion « menée sur un plan scientifique sans inclure les contraintes réglementaires, logistiques et commerciales ». Or, ce sont bien les aspects pratiques qui risquent de pêcher dans la mise en œuvre de la vaccination. « Les moyens humains, matériels, financiers et temporels pourraient être des facteurs limitants pour la mise en œuvre d’une stratégie vaccinale à l’automne 2023 », se borne à prévenir l’agence sanitaire. Parmi les freins déjà identifiés par les filières avicoles : la disponibilité des doses, le recrutement et la formation et des vaccinateurs, ou encore la réalisation du monitoring. Un dernier point crucial, notamment pour le maintien des exportations. « La vaccination doit absolument être accompagnée d’une stratégie de surveillance renforcée permettant de distinguer les animaux vaccinés, d’animaux qui auraient été infectés par une souche virale sauvage (stratégie DIVA) », rappelle l’Anses.

Déjà 80 millions de doses commandées

Réagissant à la publication de l’avis, le ministère de l’Agriculture a maintenu, d’après un communiqué du 6 avril, son objectif d’une vaccination à l’automne, « dans le respect du calendrier prévisionnel fixé ». Après sa présentation en comité de pilotage du plan d’action sur la vaccination le 6 avril, le rapport de l’Anses « fera l’objet d’une évaluation technico-économique d’ici la fin du mois d’avril ». Comme le précise la Rue de Varenne, « une phase de concertation s’ouvre avec la filière avicole, les vétérinaires et les collectivités ». Ces discussions devront aboutir « d’ici l’été » à « une stratégie vaccinale opérationnelle », que Marc Fesneau avait d’abord annoncée pour le mois de mai.

Par ailleurs, le ministère indique qu’il « finance une pré-commande de 80 millions de doses de vaccins », confirmant une annonce faite par la CFA (aviculteurs, FNSEA) au Salon de l’agriculture. Une première commande qui pourrait être complétée par la suite, comme le laissait entendre à l’époque Gilles Salvat, directeur général délégué à l’Anses. À titre de comparaison, d’après une étude commandée par les filières avicoles, ce volume de 80 millions de doses correspondrait peu ou prou au scénario d’une vaccination des palmipèdes et des dindes dans les zones denses (ZRD) du Sud-Ouest et des Pays de la Loire, uniquement en période hivernale. Une protection qualifiée dans cette étude de « minimaliste ».

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À l’autre extrémité de l’éventail des possibles, vacciner l’ensemble des volailles françaises toute l’année nécessiterait 1,3 milliard de doses. Un scénario théorique à 330 M€. Les filières avicoles ont d’ores et déjà demandé le soutien de l’État pour pouvoir vacciner. Dans un communiqué du 28 février, le ministère a bien évoqué le « financement d’une part du coût de la campagne vaccinale à venir », mais sans avancer de chiffre. Comme le rappelait récemment Arnaud Poupart-Lafarge, le directeur de Galliance (Terrena), « on n’a aujourd’hui aucune idée du coût du vaccin, de qui paiera et quels seront les investissements à faire ».

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Les aspects pratiques « pourraient être des facteurs limitants »