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Influenza aviaire : le Sud-Ouest durement touché

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Avec 75 nouveaux cas répertoriés au 25 mai, l’influenza aviaire continue de se propager dans le Sud-Ouest. Les experts sanitaires privilégient l’hypothèse d’une « résurgence locale » à partir de virus qui se seraient maintenus dans les parcours ou la faune sauvage.

« L’incendie est très fort, les flammes sont hautes, on est dans l’œil du cyclone. » Cette accumulation de métaphores – que l’on doit à Bernard Malabirade, président de la chambre d’agriculture du Gers – reflète bien l’ampleur du choc constitué par la résurgence d’influenza aviaire dans le Sud-Ouest. Au dernier bilan du 25 mai, les trois départements touchés (Gers, Landes et Pyrénées-Atlantiques) comptaient 75 nouveaux cas. Après un début de semaine marqué par une progression explosive, les jours suivants ont vu le rythme d’apparition des nouveaux foyers ralentir quelque peu. Dans la matinée du 25 mai, les zones nouvellement touchées (Masseube dans le sud du Gers et Bonnut dans les Pyrénées-Atlantiques) n’avaient pas vu éclore de foyers secondaires. Une relative accalmie qui n’est pas – loin s’en faut – synonyme de stabilisation.

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« La dynamique de l’épizootie fait craindre une crise de très grande ampleur », alerte de son côté François Landais, vétérinaire avicole au cabinet Anibio. « On a rarement vu autant de foyers en si peu de temps, et avec une telle dispersion géographique », a-t-il ajouté lors d’une visioconférence organisée par les chambres d’agriculture le 17 mai. Concernant les caractéristiques du virus, le praticien note « une évolution de la symptomatologie relativement rapide ». Une propriété confirmée par Jean-Luc Guérin, professeur à l’ENVT (École nationale vétérinaire de Toulouse), qui a fait état de cas d’animaux « testés négatifs par écouvillon et qui ont exprimé des symptômes trois, quatre jours après ». C’est ce qui s’est passé pour les deux premiers cas découverts dans les Pyrénées-Atlantiques : « Ces foyers étaient liés à des mouvements de canards prêts à engraisser, rapporte François Landais. Ces animaux avaient été testés négatifs avant mouvement, mais se sont retrouvés positifs à leur arrivée dans les salles de gavage. »

Les volailles festives compromises

Face à ces nouvelles propriétés virales et à la violence de l’épizootie, le Cifog (interprofession du foie gras) réclame un dépeuplement massif dans l’ensemble des zones réglementées. Une option que n’ont pas retenue les pouvoirs publics à l’heure où ces lignes sont écrites. En complément des mesures prises par les autorités sanitaires, les professionnels ont décidé de geler l’ensemble des mouvements de palmipèdes du 12 au 22 mai dans les quatre départements du Sud-Ouest (en ajoutant les Hautes-Pyrénées). Une mesure qui ne concernait pas les élevages autarciques. « On ne pourra pas aller au-delà du 22 mai, précise Victor Guyon, ingénieur au Cifog, car, dans les zones indemnes, les canards prêts à gaver commencent à vieillir. »

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Si l’épizootie venait à durer, « les mises en place des volailles festives pourraient être compromises », alerte également Jonathan Lalondrelle, le président d’Airvol (interprofession régionale des volailles de chair). Commercialisés pour les fêtes de fin d’année, les chapons, dindes, poulardes et autres pintades, à longue durée de vie, commencent à être mis en place en élevage « à la mi-juin ». Or, « on voit des suspicions et des foyers tous les jours, les interdictions risquent de mettre du temps à être levées », a expliqué M. Lalondrelle lors de la visioconférence des chambres d’agriculture. Cet éleveur landais appelle les filières avicoles à « jouer collectif », tout en exhortant les éleveurs victimes de la maladie à assurer les procédures obligatoires de nettoyage/désinfection, afin d’« assainir les zones et lever au plus vite les interdictions ».

Persistance du virus dans les parcours ?

Sans y parvenir encore totalement, les experts tentent d’expliquer l’origine de cette flambée printanière inhabituelle. Première certitude : comme suspecté, il s’agit bien d’une « résurgence locale, et pas d’une réintroduction par la faune sauvage migratoire », indique Jean-Luc Guérin. Une affirmation qui s’appuie sur deux séquençages, réalisés par l’ENVT et l’Anses. Des doutes subsistent toutefois sur les mécanismes qui président à cette résurgence. Deux hypothèses sont envisagées : celle d’une « boucle locale qui fait que le virus n’a jamais quitté la zone », et celle d’une « évolution des propriétés du virus » qui aurait « gagné en stabilité dans l’environnement des élevages ». « Toutes les données que l’on connaît sont défavorables » à cette deuxième hypothèse, note M. Guérin : « Je ne crois pas à la résistance du virus [à long terme] dans les bâtiments ».

Une analyse partagée par François Landais, qui souligne que « la qualité de désinfection des bâtiments n’est absolument pas douteuse ». Selon le praticien béarnais, « il semblerait que du matériel génétique [du virus influenza] ait persisté sur les parcours ». « Les animaux remis en place ont eu quatre, cinq semaines de vie normale. Dès qu’ils ont eu accès aux parcours, il est probable qu’ils se soient contaminés. » Une conclusion qui reste surprenante à ses yeux, car « on pensait impossible que le virus se maintienne trois ou quatre mois dans l’environnement, même avec un hiver froid et humide comme cette année ».