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Inrae veut accélérer les partenariats entre la recherche académique et les start-up

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Les partipants à la table ronde d'Inrae au SIA Crédits : © Perrine Delfortrie

Trouver les moyens d’aider au développement des start-up innovantes dans le domaine de l’AgriTech en France est un sujet d’actualité. Lors d’une table ronde au SIA, Inrae a réaffirmé son engagement pour accélérer les partenariats entre la recherche académique et les entreprises, particulièrement les start-up. Plusieurs d’entre elles étaient venues partager leurs témoignages.

Développer et même accélérer les partenariats entre la recherche académique et les start-up était le thème de la table ronde organisée par Inrae le 26 février 2024 au Salon international de l'agriculture de Paris. « Il faut que la recherche publique investisse dans l’innovation à travers des partenariats, dans lesquels les start-up, mais aussi les TPE et les PME ont un rôle à jouer », a insisté Philippe Mauguin, Pdg d’Inrae en préambule. 

En France, malgré la qualité de la recherche et la présence d’un environnement favorable à l’innovation, le transfert des résultats de la recherche vers les entreprises, et en particulier les start-up, est moins développé que dans d’autres pays, notamment les USA, Israël et les Pays-Bas. Ce constat est l’un des points qui avait été soulevé dans le rapport préalable au lancement de la French AgriTech (1).

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Et Justine Lipuma, CEO et cofondatrice de Mycophyto, également vice-présidente de La Ferme digitale, et animatrice de cette table ronde de confirmer que la position de la France sur l’échiquier mondial n’est pas celle qu’elle devrait être. Or la France bénéficie d’« un écosystème foisonnant avec 490 millions d’euros levés en 2023 par des start-up de l’AgriTech » a-t-elle rappelé. Pour autant l’AgriTech reste moins financé que d’autres secteurs de la tech.

De quoi donner à Inrae l’occasion d’affirmer sa volonté d’aller plus loin dans cet échange entre la recherche et les start-up. « Nous avons pour ambition d’accélérer cette dynamique pour arriver à une centaine de start-up accompagnées d’ici fin 2026 » a ainsi annoncé Philippe Mauguin. Depuis une vingtaine d'années, Inrae a accompagné environ 300 start-up, soit sorties de ses propres laboratoires pour environ 40%, soit extérieures à Inrae, mais à la recherche d’un accompagnement scientifique.

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Inrae rappelle que ces partenariats peuvent prendre plusieurs formes et s’étaler sur des durées plus ou moins longues, suivant qu’il s’agisse de programmes de prématuration, de thèses, de conventions de valorisation ou encore de projets de recherche collaboratifs. Des partenariats qui ont également été renforcé il y a un an, avec le lancement du premier challenge InnoTech porté par Inrae, AgroParisTech et l'Institut Agro Montpellier, avec pour objectif de « mettre en relation des entreprises ayant des verrous scientifiques ou techniques avec des laboratoires de recherche ayant une expertise sur ces sujets solutions ». 

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Les 3 projets lauréats en 2023 (2) à avoir bénéficié d’un soutien de collaboration de 35 000 euros sont Aviwell et son « foie naturellement gras » obtenu grâce des solutions biotechnologiques, accompagné par l'UMR Biologie de l'oiseau et aviculture (Val de Loire), BioRenGaz et ses petits installations de méthanisation, accompagné par le Laboratoire des biotechnologies de l'environnement (Occitanie) et Seed in Tech et sa technologie de stimulation des semences, accompagné par l'Institut Jean-Pierre Bourgin (Île-de-France).

Des partenariats gagnant-gagnant

Pour Justine Lipuma, accompagner le changement doit se faire en s’appuyant sur un niveau de recherche reconnu en France et suivant trois axes visant à fluidifier les liens entre recherche et start-up, rendre plus compréhensibles les appels à projets et favoriser l’expérimentation des solutions par les start-up. Plusieurs start-up étaient invitées à partager leur expérience lors de cette table ronde : Syngulon (technologies génétiques originales utilisant des bactériocines pour améliorer la fermentation microbienne), Novasol Experts (expertise et outils d’évaluation de la qualité des sols), Biomae (biosurveillance de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques) et Olivier Geffard, directeur de recherche Inrae, étaient venus partager leurs expériences de partenariats. 

Pour Guy Hélin (Syngulon), la collaboration avec le monde académique fait partie de l’ADN de l’entreprise. Les scientifiques de l’équipe travaillent d’ailleurs dans des laboratoires partenaires aux quatre coins du monde. Pour Charles Guilland (Novasol Experts), dont la start-up est issue d’un laboratoire Inrae, c’est un bon mélange à trouver entre le monde de la recherche et celui des entreprises. « Il nous faut trouver des partenaires financiers, tout en conservant notre marque de fabrique très scientifique ». 

Et pour Guillaume Jubeaux (cofondateur et dirigeant de Biomae) et Olivier Geffard (cofondateur et membre du conseil scientifique de Biomae) toujours en activité à Inrae, le partenariat est bénéfique à l’un comme à l’autre. « L’accompagnement et le transfert scientifique qui rend accessible nos travaux de recherche est aussi une façon d’enrichir notre propre travail », souligne ainsi Olivier Geffard. « Biomae bénéficie de sa propre notoriété, tout en ayant besoin d’une renommée scientifique. Il faut trouver le bon équilibre pour développer de la valeur », estime quant à lui Guillaume Jubeaux. Des partenariats clairement gagnant-gagnant qui crédibilisent les start-up tout en récompensant la recherche.

(1) Fin 2021, la Ferme digitale avait été mandatée par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et le secrétaire d’État chargé du numérique de définir les besoins de structuration avant le lancement de la French AgriTech.

(2) Les lauréats d'InnoTech 2024 seront annoncés en juillet prochain.