Un rapport indépendant pointe le niveau des financements publics en faveur des entreprises d’élevage et de transformation d’insectes et appelle à les réorienter pour « plus de cohérence avec les stratégies européennes et nationales ».
« Au moins 284 millions d’euros d’argent public ont été investis dans les principales entreprises françaises d’élevage d’insectes au cours de la dernière décennie », indique un rapport publié le 22 avril par l’Observatoire des subventions et aides agricoles en France (Obsaf) et l’Observatoire national de l’élevage d’insectes (Onei).
Ces deux associations, qui se sont basées sur les données accessibles, estiment qu'« environ 184,7 millions relèvent de l’industrialisation et de l’investissement, 44 millions du soutien économique, 37,1 millions de la recherche et du développement, et 18,2 millions du développement territorial ».
« Plus de 90 % des montants proviennent de l’État ou de ses opérateurs, en premier lieu BPI France, l’Ademe et la Caisse des dépôts », peut-on lire. Ynsect, Agronutris, Innovafeed, Invers et la Compagnie des insectes ont concentré ces fonds publics. Ces sociétés ont été soit liquidées soit reprises, ou affichent des résultats mitigés. À titre d’exemple, Innovafeed affichait, en 2024, 5 M€ de chiffre d’affaires pour 35 M€ de pertes.
148 M€ d’argent public pour Ynsect
Ce rapport fait écho à la confirmation par le ministère des Finances, en janvier, du montant des aides perçues par Ynsect, considéré ces dernières années comme un leader en devenir de la filière de l’insecte. Entre 2012 et 2025, les financements publics au bénéfice d’Ynsect représentent environ 148 M€, dans un ensemble où les investisseurs privés restent largement majoritaires, avait indiqué Bercy, sollicité après de la publication d’un article de Mediapart sur le sujet. Ce montant représenterait donc plus de la moitié des fonds publics versés à la filière française de l’insecte. Pour rappel, Ynsect a mobilisé environ 600 M€ de fonds publics et privés au cours de sa durée d’activité. La société a été finalement mise en liquidation en décembre 2025, faute de repreneur.
Au regard des données qu’elles ont recueillies, les deux associations recommandent d’examiner les processus de décision ayant conduit à ces financements, d’améliorer la transparence des aides et subventions et de les réévaluer. « L’enjeu dépasse cette seule filière : ce rapport pose la question de ce que l’on choisit collectivement de financer au nom de l’avenir de notre système alimentaire. L’argent public devrait aller en priorité vers les solutions dont les bénéfices environnementaux sont les mieux établis, notamment les protéines végétales », selon Clémence Peyrot, présidente de l’Obsaf.
CB