Dans un entretien accordé à Agra Presse le 19 février, le secrétaire d’État à l’Agriculture familiale, Fernando Schwanke, explique que le gouvernement brésilien met l’accent sur un label Agriculture familiale et le système des IGP et des AOP pour soutenir le revenu des petits paysans. Ces programmes sont préférés à la politique d’achats publics privilégiant les exploitations de petite taille, que le gouvernement ne souhaite plus soutenir. Pour Fernando Schwanke, « les petits exploitants ne doivent pas être aidés par l’État, ni être coupés des circuits commerciaux de l’agro-industrie comme ce fut le cas sous les mandats de Lula da Silva et Dilma Roussef ».
Le président Jair Bolsonaro compte sur les labels pour améliorer le revenu des 3,7 millions de paysans actifs recensés au Brésil, selon l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE). Dès son arrivée au pouvoir, il y a quinze mois, il a préféré aux programmes d’assistance alimentaire qui favorisent les fermes de petite taille lors des achats publics de nourriture, ces instruments de promotion des produits alimentaires par l’étiquetage que sont, d’une part, un sceau Agriculture familiale créé il y a douze ans, et, d’autre part, un système d’indications géographiques et d’appellations d’origine qui est progressivement mis en place.
Tout sauf par hasard, il a nommé Fernando Schwanke au poste de secrétaire d’État à l’Agriculture familiale et au coopérativisme, la deuxième fonction la plus importante du ministère de l’Agriculture suite à la suppression du ministère du Développement rural. Fernando Schwanke est un expert du sujet : ancien maire d’une commune rurale de l’État du Rio Grande do Sul, il a participé à diverses missions en Europe portant sur les indications géographiques et il s’est fait connaître au Brésil en donnant des conférences sur ces systèmes tout au long de la décennie écoulée.
300 000 agriculteurs sous le label « Agriculture familiale »
Lors d’un entretien accordé à Agra Presse le 19 février dernier, Fernando Schwanke explique que le label Agriculture familiale « permet d’identifier les aliments issus de cette agriculture et qu’il est attribué à titre individuel ou collectif pour une durée de deux ans renouvelable ». Ce sont les États du Brésil qui sont chacun responsables du contrôle de l’utilisation d’un tel label sur leur territoire. Le label est décliné, outre la catégorie générique, en six volets : femme, jeune, quilombola (communauté noire), indigène, bio, entreprise. Près de 300 000 agriculteurs en bénéficieraient actuellement, selon la plate-forme numérique dédiée programme.
« Dans le même sens, a-t-il ajouté, pour valoriser nos spécialités locales mais aussi pour répondre aux critiques venues de l’étranger, notamment celles liées à la déforestation qui cherchent à limiter notre commerce extérieur, nous misons sur les indications géographiques et les appellations d’origine pour ouvrir et valoriser des pans entiers de notre immense territoire. »
70 demandes d’AOP ou d’IGP en cours d’examen
Selon lui, trois AOP existent déjà au Brésil, comme le fromage du Serro du Minas Gerais et la cachaça [rhum de sucre de canne, NDLR] du Piraty. Et 70 dossiers de demande d’homologation d’AOP ou d’IGP sont actuellement examinés au niveau national. « L’avantage de ces appellations est qu’elles sont reconnues aussi bien par les consommateurs que les organismes internationaux tel que l’OMC. Vous autres, Français, en savez quelque chose », a-t-il commenté.
L’IBGE (institut de géographie et de statistique) répertoriait au mois de mai dernier 62 indications géographiques déposées, contre seulement 4 en 2005. Le cacao de Tomé-Açu et le café vert de l’ouest de Bahia sont les deux dernières IGP à avoir été déclarées auprès de cet organisme. Selon Fernando Schwanke, entre 600 et 800 spécialités alimentaires et non alimentaires, la plupart datant de l’époque coloniale et peu ou prou tombées dans l’oubli, ont le potentiel d’être ainsi homologuées à l’échelon fédéral.
Coupes drastiques à l’aide alimentaire
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La baisse drastique du budget alloué aux programmes d’aide alimentaire, qui étaient encore il y a peu les piliers des politiques publiques brésiliennes de soutien aux agriculteurs de petite échelle, étant fournisseurs prioritaires lors des achats publics, est assumée par le gouvernement de Jair Bolsonaro. Pour son secrétaire d’État à l’Agriculture familiale et au coopérativisme, Fernando Schwanke, « les petits exploitants ne doivent pas être aidés par l’État, ni être coupés des circuits commerciaux de l’agro-industrie, comme ce fut le cas sous les mandats présidentiels de Lula da Silva et de Dilma Roussef ».
Pour lui, les 3,7 millions de paysans recensés au Brésil, « qui génèrent 23 % du PIB du secteur agricole du pays, ne sont ni plus ni moins importants que les grands exploitants », a-t-il déclaré à Agra Presse. À l’exception notable de la Confédération nationale agricole (CNA) brésilienne, un syndicat de grands exploitants qui soutient Jair Bolsonaro depuis sa campagne électorale de 2018, la majorité des associations rurales du pays sud-américain s’indigne et s’inquiète du démantèlement en cours des politiques de soutien aux agriculteurs.
Le dirigeant de la Confédération nationale brésilienne des travailleurs ruraux (CONTAG), Antoninho Rovaris, rappelle que ce démantèlement des institutions chargées de tels programmes a commencé dès après le renversement controversé du gouvernement de Dilma Roussef, en 2016, avec la suppression du ministère du Développement rural par le gouvernement de Michel Temer. « Jair Bolsonaro a été bien plus loin en dissolvant les 48 conseils nationaux et commissions civiles liées aux affaires paysannes. Aussi, nous ne disposons plus d’espace public pour en discuter », rapporte-t-il.
Le gouvernement met en avant les emprunts des agriculteurs
« En 2015, le budget exécuté du programme d’acquisition des aliments (PAA) était de 832 millions de réaux (153 M€, NDLR), renseigne-t-il. En 2017, ce budget était de 319 millions de réaux (59 M€) et en 2019, il aurait été de 22 millions de réaux (4 M€), selon nos propres estimations, car le gouvernement ne fournit plus ces données, un fait en soi aussi grave que de ces décisions budgétaires extrêmes. »
Fernando Schwanke reconnaît l’impact de celles-ci mais il estime qu’elles sont compensées par le montant des emprunts souscrits l’an dernier, selon lui record, par les agriculteurs brésiliens auprès des banques. « Ce montant total de 32 milliards de réaux (environ 6,25 milliards d’euros) va permettre de financer aussi bien des résidences, environ 5 000, que l’implantation de cultures, l’achat de machines et des formations techniques. » Il affirme d’ailleurs que la formation technique est sa priorité.
Une affirmation qui outre Antoninho Rovaris : « Le programme national d’enseignement rural à distance a été supprimé en février dernier, par décret, au motif que le gouvernement ne souhaite pas former des individus socialistes… Le budget alloué à l’assistance technique agricole en général a été réduit de 94 % entre 2015 et 2019, soit de 631 millions de réaux (116 M€) à 34 millions de réaux (6,2 M€). Cela répond à la volonté du ministre de l’Économie, Paulo Guedes, d’encourager la privatisation du conseil agronomique et vétérinaire. »
« Nous misons sur les indications géographiques et les appellations d’origine »
Les petits exploitants « ne sont ni plus ni moins importants que les grands exploitants »