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Modef Jean Mouzat : « L’agriculture doit revenir à des dimensions familiales »

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L’agriculture doit abandonner ses ambitions entrepreneuriales et revenir à des dimensions familiales. C’est en tout cas le positionnement de Jean Mouzat, président du Modef (Confédération nationale des syndicats d’exploitants familiaux, dont le congrès annuel s’est tenu les 7 et 8 février). Ce frein à la concentration doit passer par un meilleur soutien de la Pac aux exploitations de taille humaine et par plus de protectionnisme. Une direction à « 1 000 lieux du message porté par le syndicat majoritaire », se positionne Jean Mouzat. Le président du Modef dénonce également une politique environnementale qui entrave la « vocation nourricière » de l’activité agricole et étouffe les petites exploitations.

À l’approche des élections présidentielles, quel bilan tirez-vous de la politique agricole de ces dernières années ?
Notre congrès arrive à un moment où la situation de la politique agricole est devenue intenable. Nous arrivons au bout d’un système, un système voulu non seulement par le gouvernement mais aussi par le syndicat majoritaire. Nous avons assisté à une incitation à la concentration et à l’agrandissement des exploitations. Or, ce sont aujourd’hui les exploitations les plus grandes qui sont les plus malades. Les sols sont fatigués et la qualité des productions se dégrade. À partir d’un tel constat, nous ne pouvons qu’imaginer une autre forme d’agriculture plus convenable et raisonnée. Une agriculture qu’un homme et sa famille peuvent maintenir eux-mêmes.

Pour enrayer ce mouvement vers la concentration, quelles mesures préconisez-vous?
Nous pourrions user de plusieurs leviers pour corriger le glissement de l’agriculture française, mais quels que soient les moyens mis en œuvre, ils doivent être radicaux. La crise est tellement profonde qu’on ne s’en sortira pas sans une réforme majeure et profonde. Le consommateur, par exemple, aura un rôle fondamental à jouer dans ces changements en privilégiant les productions issues d’une agriculture de qualité et de proximité. Il faut donc le sensibiliser à ces enjeux. D’autre part, la Pac doit cesser de financer les plus grosses exploitations. L’Europe doit redistribuer son budget agricole de manière à encourager les agriculteurs qui rencontrent des difficultés. Or aujourd’hui, les grandes exploitations reçoivent 95 % des aides européennes. C’est toute la profession qui a besoin de ces financements, l’environnement en a besoin également. Nous devons en passer par là pour retrouver une agriculture plus raisonnable d’un point de vue environnemental et social. Nous devons de surcroît aider les zones de France défavorisées (montagne, semi-montagne), et préserver les gens qui y pratiquent une activité agricole. La Pac pourrait inciter financièrement à y développer des productions. Mais aujourd’hui la priorité n’est pas à la sauvegarde des producteurs, nous sommes dans l’Europe du fric. Nous devons également nous donner les moyens de limiter les importations du Mercosur. Elles ne profitent ni aux producteurs ni aux consommateurs, il n’y a que les grandes entreprises de grande distribution qui tirent profit de ce nouvel environnement.

Les syndicats et le ministre de l’Agriculture se sont souvent exprimés au sujet d’une politique environnementale trop contraignante. Comment le Modef se situe-t-il sur ces sujets ?
En matière d’énergie, nous rencontrons effectivement des situations aberrantes. Les grosses sociétés plantent par exemple des panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles. Qu’on utilise des sols fertiles pour la production d’énergie est insupportable ! On marche sur la tête ! Nous devons plutôt nous diriger vers une optimisation des terres pour la production à vocation nourricière. Idem pour les agrocarburants. Cette énergie est une absurdité sans nom ! La Cour des comptes a d’ailleurs démontré récemment que cette énergie polluerait plus que le pétrole. Et pourtant on continue de déforester à tout va au Brésil pour faire du fric. Ces débordements sont bien la preuve qu’une autorité est nécessaire pour éviter tous ces excès. Quand les grandes sociétés rasent les forêts et chassent les derniers individus qui y vivent de leur territoire, nous nous devons de mettre un arrêt à ces pratiques innommables.

Avec les échéances des élections aux chambres d’agriculture qui approchent, comment vous positionnez-vous par rapport à vos adversaires électoraux ?
Nous sommes à 1000 lieux du message porté par le syndicat majoritaire et son président qui n’est plus un agriculteur, mais un agrobusinessman. La vision que nous portons consiste à se battre pour garder les petits commerces de proximités. Pour que les paysans restent sur ces territoires, nous devons relocaliser la production. Il faudra donc imaginer un modèle qui s’émancipe du libéralisme actuel qui écrase tout sur son passage. Prenons un exemple concret, le kilo de carcasse est aujourd’hui vendu moins cher qu’il y a 20 ans, alors que le prix de la viande pour le consommateur a augmenté de 60 %. Il est évident que l’argent existe encore dans notre pays, il nous suffit simplement de le trouver. Et cela n’est pas si compliqué. La grande distribution dégage toujours plus de marges, nous devons donc les diminuer au profit des producteurs.

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