Abonné

Fruits La campagne d’été démarre mal

- - 6 min

La campagne des fruits d’été démarre mal, avec des cours particulièrement bas. Si l’on s’en tient aux prix pratiqués tout récemment, on peut même dire qu’elle démarre dans des conditions catastrophiques. Les cours de la cerise, du melon et de l’abricot sont nettement plus bas que les moyennes quinquennales. Mais les professionnels voient des possibilités de redressement : l’exportation peut relancer la dynamique de commercialisation, et la météo peut inverser très sensiblement la tendance.

À peine commencée, la campagne des fruits d’été donne des signes de piétinement des ventes et de niveaux de prix bas. Le 26 mai, trois produits étaient en crise, au sens précis où l’entend le Service des nouvelles du marché (SNM) du ministère de l’Agriculture : la cerise, le melon et surtout l’abricot, particulièrement atteint par la brutalité de la chute des prix. Le 26 mai, la cerise bigarreau était à un prix inférieur de 27% à la moyenne quinquennale, le melon à un prix inférieur de 30% et l’abricot un prix inférieur de 40%, constatait le SNM.

Le début de campagne donne souvent le « la » de la tendance de toute la campagne, les professionnels se demandent comment remonter la pente.

Un signe inquiétant pour la suite

Des telles chutes, par rapport à une moyenne de cinq ans, pour une période comparable de la saison, sont rarement rencontrées, s’inquiète la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF). Cela d’autant plus que la campagne démarre. Généralement, une situation de cours déprimés en début de saison augure mal du déroulement ultérieur de la saison, et ce pour les fruits et légumes comme pour les céréales. En effet, souvent les cours baissent au moment de l’entrée des produits en pleine période de production. Si cette loi s’appliquait cette année, cela signifierait que les cours seraient amenés à diminuer encore.

Si le marché a des possibilités de rebond, il n’en reste pas moins que pour un produit comme la cerise, à durée de campagne courte (un mois et demi), il reste peu de temps pour que les cours se redressent. « Certains producteurs se demandent s’il ne vaut pas mieux pour eux de laisser les cerises sur les arbres, ils y perdraient moins », commente-t-on à la FNPF.

Une production en hausse, une consommation en baisse

Les causes de cette forte baisse des prix sont multiples. La production de fruits d’été phares, comme les cerises, abricots et pêches-nectarines, sera supérieure à celle de 2008. Mais il ne s’agit que d’un retour à la normale. La récolte française d’abricots en 2008 avait été réduite de moitié, et celle d’abricots précoces divisée par trois, du fait du gel qui a décimé les vergers en région Rhône-Alpes principalement, rappelle Vincent Faugier, président de l’AOP « abricots » en train de se constituer AOP : association d’organisations de producteurs..

Un autre facteur est la morosité de la consommation. « Dans tous les secteurs de l’économie, on sait qu’on est en dépression » sur le plan de la consommation, y compris les fruits et légumes, note Bernard Piton, président de l’Union nationale des grossistes de fruits et légumes. Mais il nuance : le secteur des fruits et légumes au stade de gros au premier trimestre 2009 a moins subi de décrochement de chiffre d’affaires que les autres. Les ordres de grandeur sont les suivants, a-t-il mentionné : -2% pour les fruits et légumes, - 4 à - 4,5% pour l’ensemble de l’agroalimentaire et -5 à -6% pour les secteurs de grande consommation non alimentaire. Par comparaison, le secteur le plus touché est celui des biens industriels intermédiaires (machine-outil, matériaux de construction), avec une régression des chiffres d’affaires de l’ordre de 10%.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Un facteur est peut-être en train de jouer actuellement sur les marchés des fruits d’été, avec l’acuité de la crise économique en Espagne et en Grande-Bretagne, où le chômage bondit. « On peut penser que l’Espagne et la Grande-Bretagne ayant un recul plus fort de consommation que chez nous, la France constitue un débouché potentiel », estime Vincent Faugier.

Un tableau sombre mais pas noir

Tous ces éléments concourrent à dresser un tableau sombre de la campagne. Mais les professionnels et les opérateurs n’aiment pas raisonner de façon manichéenne.

D’abord des acteurs économiques, comme Vincent Faugier, estiment qu’il faut interpréter les statistiques du SNM avec prudence. Les baisses de prix sont calculées par rapport à des moyennes établies à des périodes très courtes et dont les données varient beaucoup. Les prix actuels correspondent à des volumes de productions françaises encore réduits, souligne Bernard Piton : « À ce stade de la campagne, on peut trouver des prix extravagants ».

Ensuite, même les observateurs les plus pessimistes, comme Jean-Louis Ogier, qui pensent que la campagne sera de toute façon « difficile », estiment possible un redémarrage de l’exportation, après la parenthèse de 2008. Cela tant pour la cerise que pour l’abricot, parce que les niveaux de production sont redevenus normaux.

En outre, le président de la nouvelle AOP de l’abricot indique que le téléscopage entre la récolte espagnole et la récolte française d’abricots prendra bientôt fin. La production espagnole est tardive cette année, faisant de l’ombre à la production française. Mais une fois ces interférences de calendrier passées, la pleine production de l’abricot français devrait bien se dérouler, parce que cette année les productions des différentes françaises sont synchronisées, explique-t-il.

Enfin, ajoute-t-il, la météo peut renverser complètement le schéma de la campagne. Un temps ensoleillé réhausserait la saveur et la teneur en sucre des fruits, et inciterait sensiblement les consommateurs à acheter.