L'entreprise d'État chinoise Cofco est devenu, via l'Argentine, un géant du commerce international agricole. Réactions en Argentine où Nidera et Noble, deux acteurs du commerce rachetés par la Chine, font partie des dix premiers exportateurs de graines.
EN rachetant coup sur coup deux acteurs majeurs du commerce international des commodities agricoles, le semencier et huilier hollando-argentin Nidera et la division céréales du groupe Noble, l'entreprise d'État chinoise Cofco (China National Cereals, Oil & Foodstuffs) s'est hissée à la hauteur des multinationales Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus.
Fin février dernier, Cofco a annoncé le rachat de 51% des actions de Nidera pour lesquelles la holding aurait déboursé près de 2 milliards de dollars, selon diverses sources citées dans la presse spécialisée. Le mois suivant, Cofco a conclu un accord similaire portant sur 51% des parts de Noble Agri pour une valeur estimée à 1,2 milliard de dollars. Ces acquisitions sont complémentaires. Noble Agri fait partie des dix premiers exportateurs de graines basés en Argentine et dispose de fortes capacités commerciales en Asie sur les créneaux du sucre et du riz, tandis que les points forts de Nidera sont ses achats de soja et maïs en Amérique du Sud et sa division semences en Argentine.
Foncier en Afrique, Négoce en Amérique« Les Chinois sont les premiers importateurs de grains au monde. Au lieu d'acquérir du foncier agricole hors de leur territoire, comme ils l'ont fait en Asie et en Afrique lors de la décennie précédente, stratégie limitée d'un point de vue politique, ils ont choisi de prendre le contrôle de traders de premier ordre afin de moins dépendre des multinationales du secteur », commente un analyste argentin.
« Cela change la donne du marché mondial », estime-t-on chez Nidera Argentine où le groupe possède une division semences leader du marché local en soja et blé, ainsi qu'une grande capacité d'achat de graines qui en fait le huitième exportateur basé en Argentine et le sixième producteur d'huiles et de tourteaux d'oléagineux. Nidera est aussi implanté au Brésil, en Uruguay et au Paraguay. « Il s'agit d'une énorme opportunité pour les producteurs sud-américains puisque ce rachat réduit le degré d'intermédiation entre eux et le consommateur final », affirme cette source interne.
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« En théorie, Cofco-Nidera n'a plus qu'à payer le fret maritime et l'assurance pour acheminer les graines jusqu'en Chine. Mais dans la pratique, il n'est pas sûr que Cofco reverse aux producteurs sud-américains le bénéfice d'un tel rapprochement », nuance un analyste argentin.
L'intérêt de Nidera est double : pouvoir exporter davantage vers le marché asiatique et accéder au marché chinois des semences. Nidera vend déjà de grands volumes de fèves de soja à la Chine et d'huiles de soja à l'Inde. Son rachat par Cofco devrait aboutir, à terme, à une augmentation de ses parts de marché à l'export vers la Chine. Par ailleurs, Nidera, qui est devenu le premier semencier d'Argentine après avoir introduit sur ce marché les variétés de soja porteuses du gène de résistance au glyphosate sous licence de Monsanto, à partir de 1995, puis les variétés de blé dites « baguette » de génétique d'origine française, lorgne sur le marché chinois.
Management inchangé« Il s'agit d'une alliance stratégique plus que commerciale, assure-t-on chez Nidera. Pour l'instant, rien ne change car aucun responsable de Cofco n'est entré dans la direction de Nidera, qui reste la même ».
L'achat de fèves de soja représente pour la Chine 2% du total de ses importations. L'Argentine a fourni à elle seule, en 2013, près de 10% de ces achats. Les Chinois disposent de devises comme peu d'autres nations. Pour eux, il ne s'agit pas d'un enjeu économique mais stratégique. Cofco assure ainsi ses approvisionnements en matière première et valorise son réseau mondial de production et commercialisation d'aliments transformés, récemment renforcée pas le rachat de l'industriel de la viande américain Smithfield.