D’après Culture Viande, les équarrisseurs « imposent » des baisses de prix des coproduits aux abattoirs. Un nouveau motif d’inquiétude pour un maillon abattage-découpe déjà chahuté par la décapitalisation et la flambée des charges.
La fédération de l’abattage-découpe Culture Viande alerte, dans un communiqué du 5 octobre, sur « l’effondrement des prix des coproduits animaux », qui « vient mettre à mal notre équilibre économique ». Des baisses de prix « imposées » au troisième trimestre par « les équarrisseurs et transformateurs ». « Aujourd’hui, pour plus de deux tiers des coproduits, nous devons payer pour nous les faire enlever, alors que nous les vendions auparavant », précise Paul Rouche, le directeur de Culture Viande, à Agra Presse. Parmi les produits concernés, le sang, les os ou encore les suifs et autres gras. Les coproduits représentent 45 % du volume d’un bovin. Et Paul Rouche d’expliquer que « les équarrisseurs vendaient une grande partie des PAT (protéines animales transformées, NDLR) au Vietnam, qui est une plaque tournante pour l’Asie. Or, ce marché a été fermé en raison de fraudes. » « Notre inquiétude aujourd’hui, avec cette dégradation des prix des coproduits, est de ne plus pouvoir assurer aux éleveurs une juste rémunération », prévient le syndicat des abatteurs dans son communiqué.
Vers une « restructuration dure »
Pour les abattoirs, la chute des prix des coproduits constitue un « véritable coup de massue », selon Yves Fantou, le nouveau président de Culture Viande. Elle survient dans un contexte déjà dégradé pour le secteur : décapitalisation et baisse des abattages, coût de l’énergie, « pression incessante des distributeurs sur nos prix », etc. Dans son communiqué, Culture Viande demande aux pouvoirs publics « un plan adéquat et renforcé d’aide [sur les] dépenses énergétiques » (inscription dans la liste des entreprises électro-intensives pouvant bénéficier d’aides). Même si les prix de l’énergie ont reflué depuis le début de la guerre en Ukraine, Paul Rouche souligne que « trois quarts de nos entreprises sont bloquées avec des contrats d’une durée de deux ou trois ans, signés quand les tarifs étaient plus élevés ». Autre demande que Culture Viande compte porter auprès du ministre de l’Économie Bruno Le Maire : des « mesures fiscales adaptées » (pour les outils en difficulté notamment).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Lire aussi Viande : les abatteurs préparent le terrain pour une baisse des prix
Alors que la décapitalisation se poursuit, « on s’attend à une restructuration dure en bovins et porcins », s’inquiète Paul Rouche. Plusieurs dizaines d’outils pourraient être menacés, sur un total de quelque 230 abattoirs de boucherie en France. Face au manque d’animaux, le directeur de Culture Viande cite le cas d’usines où « les salariés ne travaillent plus que quatre, voire trois jours par semaine ». La stratégie abattoirs lancée cet été par Marc Fesneau vise à accompagner cette restructuration, avec des aides ciblées sur des outils répondant aux besoins des bassins d’élevage. Un plan qui consistera en « une garantie publique sur 50 M€ d’encours de prêts », a annoncé l’exécutif au Sommet de l’élevage. Le directeur de Culture Viande espère, lui, que cette stratégie permettra de « fermer des outils qui ne sont plus conformes », dénonçant des « distorsions de concurrence » en faveur de certains abattoirs « déconnectés de la réalité économique ». De son côté, l’interprofession bétail et viandes Interbev a demandé, dans un communiqué du 10 octobre, que ce plan contribue à « accompagner des investissements structurants ».
Négociations « difficiles » à venir
Du côté de l’aval, les perspectives ne semblent guère plus réjouissantes. « Globalement, la consommation de viande bovine se maintient, note Paul Rouche. Mais si on regarde uniquement les ventes à domicile, les grandes enseignes font état de baisses sensibles, de -5 % à -7 % sur un an. » Alors que l’inflation pèse en premier lieu sur la consommation de viande, « nos stocks perdent de la valeur tous les jours ». Les cours à la production restent élevés (5,52 €/kgéc pour la vache R en semaine 39, du 25 septembre). Mais « la pression sur les prix reste forte » de la part des distributeurs sur la part de viande négociée chaque semaine (piécé). Pour le reste des morceaux (environ 50 %, correspondant aux produits élaborés et à la viande hachée), entrant dans le cadre des négociations annuelles, « les discussions vont être difficiles », craint Paul Rouche.