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Vin La Cnaoc demande plus de possibilité d'innover dans le cadre des AOC

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Changement climatique et impératifs environnementaux obligent, la Confédération des appellations viticoles (Cnaoc) cherche à introduire plus d'innovation dans la réglementation des appellations d'origine contrôlées (AOC). Les représentants de l'administration ont pris en compte cette demande et ont précisé les champs possibles de l'innovation, variétale notamment, lors du congrès de la Cnaoc, qui s'est tenu le 23 avril à Sancerre.

« Nous avons décidé de faire en sorte que l'innovation soit à l'origine de l'évolution de nos AOC. Il n'est pas question de laisser aux autres segments de production (les indications géographiques protégées, IGP, et les vins sans IG, VSIG) le monopole de l'innovation », a déclaré Bernard Farges, président de la Cnaoc. Il n'est pas rare en effet de rencontrer des vignerons et des œnologues innovants qui mènent leurs travaux en dehors des règles des AOC, très strictes. Les professionnels de la Cnaoc ont pris en compte cette réalité. Introduire une dose d'innovation dans les cahiers des charges éviterait ce reproche de figer les pratiques, parfois fait aux AOC.

Les régles des AOC « ne sont pas inamovibles »

Répondant à ce souci des professionnels de faire évoluer les cahiers des charges en les mettant au diapason de l'innovation, le responsable du pôle « vin » de l'INAO ( Institut national de l'origine et de la qualité), Éric Rosaz, a indiqué que « le cahier des charges des AOC n'est pas un carcan, les règles ne sont pas inamovibles ». « Oui, il est possible de faire évoluer l'encépagement », même si cela se fait à des taux de progression réduits chaque année.

Il a mentionné trois catégories possibles de demandes d'encépagement « exotiques » : la demande d'intégration de cépages étrangers à l'appellation, comme par exemple le colombard dans l'appellation du muscadet. La demande d'introduction de cépages issus de parents différents. La demande de cépages résistants aux maladies, issus de croisements.

Il a ajouté que le cadre pour commercialiser le vin produit dans le cadre d'expérimentations n'existe pas encore, mais il s'est fait l'écho de la demande des professionnels de pouvoir tester la commercialisation des vins expérimentaux. « Il est toujours possible de vendre ces vins comme vins sans IG », a-t-il rappelé. C'est justement ce que les professionnels des appellations cherchent à modifier : que les appellations permettent de vendre ces vins en AOC. Jusque-là, les demandes de ventes de vins d'expérimentation ne portent pas tant sur la recherche d'une adaptation au climat que sur la recherche d'un développement de la production de vin rosé, a fait remarquer Éric Rosaz.

Vers l'introduction de progrès environnementaux dans les AOC

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Sébastien Couderc, conseiller technique du ministre de l'Agriculture chargé des filières végétales, a précisé que la loi d'avenir prévoit de faciliter l'expérimentation liée aux terroirs, le vin en étant l'exemple type. Une évolution réglementaire « pourrait être une opportunité », tant pour adapter des variétés résistantes que pour réutiliser des vieux cépages.

« Je suis partisan d'un travail pour faire évoluer la réglementation », a souligné pour sa part Laurent Audeguin, spécialiste de l'amélioration variétale à l'IFV (l'institut français de la vigne et du vin).

Bernard Angelras, président du syndicat de producteurs de l'appellation viticole des Costières de Nîmes et président de la commission de l'environnement de l'INAO, a indiqué que cette commission transversale à tous les produits (vins, fromages, viandes, etc.) travaille depuis janvier dernier à l'introduction de progrès environnementaux dans les AOC.

L'eurodéputée Angélique Delahaye, invitée à la tribune, a mis en garde l'administration française devant l'empilement de contraintes qui sont autant de « boulets que l'on rajoute aux pieds des producteurs », sachant « qu'il faut toujours qu'en France on cherche à laver plus blanc que blanc ».

Les effets du changement climatique sur la production de vin 

Les effets du changement climatique depuis 1985 sur la production de vin sont perceptibles. Le plus connu est l'élévation du taux d'alcool : le taux moyen d'alcool s'est élevé de deux degrés (de 11,5 à 13,5), dont un degré du fait du climat, a indiqué Jean-Marc Touzard, chercheur à l'Inra. Des effets moins connus sont la modification des arômes, la baisse du taux d'acidité. Pascal Férat, président du syndicat général des vignerons de Champagne, a indiqué que la vendange s'effectue en moyenne 14 jours plus tôt qu'en 1990, que le poids des grappes de raisin a augmenté d'environ 50%, passant de 97 grammes à 140. « Il faudra faire évoluer les cahiers des charges », a-t-il préconisé. Mais en prenant garde aux exigences contradictoires : l'interdiction de l'hélicoptère pour traiter la vigne contraint les vignerons à passer le chenillard, plus gourmand en carburant ; l'interdiction de désherbants oblige à multiplier le nombre de passages de tracteurs. Quant au réchauffement, il comporte des avantages pour les vignobles septentrionaux, a-t-il complété.

Nouvelles plantations : le critère de détournement de notoriété « ne protège rien »

Le sujet du futur régime d'autorisations de plantations, qui prendra effet au 1er janvier prochain, a été abordé au début du congrès, avec vigueur par Gilles Guillerault, président de l'Union viticole sancerroise. Traduisant sans ambage la critique qu'adresse la Cnaoc à la version française du dispositif, il a contesté « l'efficience du critère de détournement de notoriété ». Ce critère, accepté par la Commission européenne, est censé préserver les vignerons de l'usurpation de leur appellation. « La Commission, bien aidée par le lobbying du négoce européen, a empêché ce critère d'être efficace en refusant la possibilité d'étendre la zone de restriction à la zone de proximité et de restreindre l'utilisation du cépage. Ce critère ne protège donc rien, il faut le dénoncer haut et fort. C'est du pur affichage ». Rien n'empêcherait, selon lui, un vigneron de l'appellation, ou un négociant, d'implanter des vignes en dehors de la zone, en profitant plus ou moins directement de la notoriété de l'AOC (même cépage, arômes voisins, même forme de bouteille, etc.) pour produire à haut rendement, moindre exigence de travail de la vigne et de vinification, et de mettre ainsi en oeuvre une stratégie d'entreprise individuelle, au détriment de la politique collective de l'appellation.