La Confédération paysanne veut évoluer. Oublié le temps de la contestation frontale et médiatisée de José Bové. Le syndicat se pose aujourd’hui en tant que force « de propositions concrètes et crédibles pour une vraie alternative ». « Mutualisation » des aides, plafonnement par exploitation et passage de la modulation à 20% au bénéfice du deuxième pilier, seront les trois axes clefs du projet du deuxième syndicat agricole français pour les élections aux chambres d’agriculture de 2007.
Priorité au maintien de l’emploi agricole et à l’équité entre agriculteurs. Tels devraient être les principaux chevaux de bataille de la Confédération paysanne pour les prochaines élections aux chambres d’agriculture. Le syndicat qui organisait sa conférence de presse de rentrée le 20 septembre entend proposer « une vraie alternative à la politique agricole menée depuis 40 ans ». L’époque de l’opposition frontale et médiatisée, à la fois contre le gouvernement socialiste et contre les autres syndicats, sous lère José Bové, semble donc être bel et bien tournée. « Nous ne voulons pas être qu’un syndicat contestataire, mais également une force de propositions crédibles et concrètes avec un vrai projet », insiste Gérard Durand, porte-parole du syndicat. L’âge d’une certaine maturité pour la Conf’ ? C’est l’impression que donnent en tout cas les dirigeants actuels du syndicat, qui affichent « des objectifs précis et chiffrés » à leurs propositions. Le projet de la Confédération paysanne s’inscrit dans le cadre de la révision à mi-parcours de la Pac de 2003 qui devrait intervenir en 2008. Objectif prioritaire du syndicat : assurer une meilleure répartition des aides Pac pour maintenir « 550 000 exploitations » sur le territoire.
Aides à l’hectare et plafonnement
« Mutualisation » des aides, plafonnement par exploitation et passage de la modulation à 20%, sont les trois axes clefs du projet du deuxième syndicat agricole français pour 2007. La « mutualisation », chère depuis longtemps à la Confédération paysanne, passe par « une meilleure répartition des aides entre agriculteurs, avec une l’instauration progressive d’un forfait à l’hectare ». « Notre projet prévoit des ajustements régionaux pour les zones défavorisées », précise Régis Hochart, lui aussi porte-parole. Cette proposition s’accompagne également de la suppression des « DPU jachères » et le transfert de l’enveloppe financière correspondante (200 millions d’euros) vers le second pilier. Autre engagement phare du syndicat : le plafonnement des aides par exploitation à 100 000 euros avec un procédé de modulation par actif, pour « conserver les emplois dans les exploitations ». Le dernier axe du projet repose sur le transfert « d’au moins 20 % du budget du 1er pilier vers le second pilier ». « L’accord budgétaire de décembre 2005 donne cette possibilité aux Etats membres », insiste Gérard Durand. « En France, sur un budget d’environ 8,5 milliards d’euros d’aides (actuellement découplées et recouplées), le transfert total de 20 % permettrait d’attribuer 1,275 milliard d’euros supplémentaires aux 425 millions d’euros prévus par la modulation linéaire de 4 % puis 5% à partir de 2007 », indique le syndicat. Même si les grandes lignes sont là, le projet 2007-2008 de la Confédération paysanne n’est pas encore totalement abouti. Le vrai lancement du programme du syndicat devrait intervenir en octobre. Pour l’heure, la Conf’indique travailler avec l’Inra pour finaliser les derniers aspects techniques et économiques de son projet pour les élections. Qui aurait cru il y a 10 ans que le syndicat peaufinerait les détails techniques de son projet avec l’Inra ? La Confédération paysanne veut réellement gagner une image de « syndicat responsable ».
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« Une autre Pac possible en 2013 »
« Le premier pilier est totalement inéquitable », insiste Régis Hochart. « Les aides sont concentrées sur un petit nombre de grandes exploitations. En 2001, 5 % des exploitations, percevant 50 000 euros chacune, captaient 26 % des aides attribuées en France, tandis que 262 000 autres, percevant 10 000 euros, ne mobilisaient même pas 15 % de ce même budget. 77 000 exploitations, surtout dans les productions de fruits et légumes et viticoles, ne percevaient aucune aide du 1er pilier », souligne le syndicat dans un rapport. Au delà des constations et des propositions pour 2007-2008, le syndicat garde sa ligne idéologique historique. Il souhaite d’ailleurs la voir appliquée après 2013. « Nous militons pour l’instauration du principe de souveraineté alimentaire », rappelle Régis Hochart. Selon le syndicat, « chaque pays ou groupes de pays ayant géographiquement et économiquement les mêmes proximités et niveaux de productivité pourraient organiser leurs échanges de manière équilibrée afin d’assurer un niveau de protection communautaire permettant de développer au mieux leur agriculture ». « Cela permettra d’éviter bon nombre de problèmes liés au dumping », estime Régis Hochart. Sur le combat contre les OGM, l’attitude du syndicat reste immuable : « non aux OGM en plein champ, oui aux expérimentations en milieux clos ». « Les évenements récents (ndlr : le riz OGM) donnent raison à la lutte que nous menons depuis 10 ans », déclare Régis Hochart. Mais pas un mot sur les OGM dans le pré-programme électoral du syndicat.
« Osons l’alternance ! »
« Nous n’avons pas vocation à rester minoritaires. Osons l’alternance ! », lance Gérard Durand, qui espère que la FNSEA perdra la majorité absolue en voix, sinon en sièges, aux élections de 2007. « Nos propositions n’ont de toutes façons pas vocation à rester dans les cartons», insiste-t-il. Avec un slogan de campagne fort, « Paysans, paysannes, reprenons notre avenir en mains ! », la Confédération croît en sa victoire sinon en sa progression. Disposant « d’un vrai projet alternatif » comme le souligne Chantal Jacovetti, secrétaire nationale, la Confédération fera-t-elle mieux ou moins bien qu’avec José Bové en 2000 ? Si la réponse n’interviendra qu’au début de 2007, le syndicat présente en tous cas pour la première fois des candidats dans presque tous les départements français, « à l’exception du minuscule Territoire du Belfort » s’amuse, confiant, Régis Hochart.