Neuvième producteur mondial d’huile de palme, la Côte-d’Ivoire approvisionne un continent africain déficitaire. Son ambition est de tripler son volume de production. Mais sans aggraver la déforestation.
« Les défis à relever sont nombreux » pour la filière huile de palme en Côte-d’Ivoire, a reconnu le 28 février au Sia le représentant du ministère ivoirien de l'Agriculture Siaka Coulibaly. Cela ne l’empêche pas d’être ambitieuse. Un triplement de la production est visé à l’horizon 2025. Le troisième plan national du palmier à huile pose une condition : ne pas amputer davantage les forêts. Pour la Côte-d’Ivoire, l’enjeu est d’abord alimentaire. L’Afrique importe la majeure partie des quantités d’huile consommées par sa population. Et la démographie augmente. 75 % de la production ivoirienne d’huile de palme alimentent le marché local, le reste est exporté vers les pays ouest-africains à l’entour, d’après l’AIPH (interprofession).
La durabilité est aussi prise en compte, sachant que la filière fait vivre plus de 10 % de la population ivoirienne. Environ 40 000 petits producteurs sont répertoriés. La première et la deuxième transformation emploient quelque 21 000 personnes. « C’est un cas d’école par rapport aux enjeux de développement durable », considère le directeur de la fondation Farm Jean-Christophe Debar : l’huile de palme pèse économiquement – « beaucoup de gens en vivent » –, sur le plan environnemental – « la forêt a beaucoup reculé en Côte d’Ivoire » – et sociétal – « une majeure partie de la production vient des petits producteurs ».
Cependant, les revenus ne sont pas toujours incitatifs pour les planteurs. « Le marché de l’huile de palme connaît des hauts et de bas », reconnaît Siaka Coulibaly. Avec des prix faibles, « l’actualité n’est pas au beau fixe ». Certains producteurs se détournent de l’huile de palme, au profit de cultures plus rentables comme le manioc, la banane plantain. Quand ils ne coupent pas carrément des palmiers à 8 ou 10 ans, sans attendre l’âge habituel de 25 ans. D’autres cultures pérennes représentent une concurrence, à savoir le cacao, l’hévéa.
Une productivité insuffisante
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Mais une raison essentielle tient aux rendements très modestes. Ils sont chiffrés par l’AIPH « entre 6 et 7 tonnes de fruits à l’hectare, alors que le matériel végétal peut aller jusqu’à 30 t/ha », note le secrétaire exécutif Abdoulaye Berté.
« Le modèle ancien n'est plus durable, d’après Siaka Coulibaly. On ne peut plus produire de façon extensive comme avant, en colonisant de nouveaux espaces. Il faut faire en sorte que les plantations existantes produisent davantage avec la même surface, voire reconquérir les vieilles friches. » Outre un défi consistant à diffuser les bons itinéraires techniques, se pose aussi la question de l’accès aux intrants, selon lui. Et même de l’accès au marché : en Côté-d’Ivoire, les pistes sablo-argileuses nécessitent d’onéreux travaux d’entretien.
Pour relever l’ensemble de ces défis, la filière ivoirienne du palmier à huile compte sur le soutien agronomique des chercheurs du Cirad et financier de l’AFD (Agence française de développement), présents à son colloque le 28 février au Sia. L’AFD, soulignant la nécessité de « ne pas affecter l’écosystème naturel », a plaidé en faveur d’un inventaire sur la base des méthodes de zonage HCV (Haute valeur de conservation) et HCS (Haut stock de carbone). Il s’agit, d’après son chargé de mission Christophe Ducastel, de suivre le développement de la filière, entre autres par satellite.
« Produire davantage avec la même surface »