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La courbe d’emploi des pesticides reste en hausse

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Le ministère de l’Agriculture a publié le 8 mars les résultats du plan Ecophyto montrant une hausse de 9,4 % de l’utilisation des pesticides entre 2013 et 2014. Tendance qui ne semble pas près de s’inverser, alors qu’un hiver exceptionnellement doux laisse envisager une pression élevée des maladies cette année. Les fermes pilotes Dephy ont beau obtenir de « très bons résultats », un assouplissement du plan de réduction des pesticides se profile. Lors du Comité national d’orientation et de suivi d’Ecophyto 2, Stéphane Le Foll a ouvert la voie à un changement d’indicateurs de suivi et à un allégement des sanctions.

L’utilisation des phytos ne semble pas près de baisser. En cause notamment, une météo propice au développement de maladies. « L’année 2014 a de nouveau été marquée par une pression élevée des maladies liées aux champignons (sauf en viticulture) », à la faveur de conditions humides, souligne le ministère de l’Agriculture dans un communiqué. Aucune amélioration ne se dessine pour cette année. L’hiver 2015-16 a été le plus doux depuis le début du XXe siècle, selon Météo-France. Un sujet d’inquiétude abordé le 9 mars au conseil spécialisé de FranceAgriMer pour la filière céréalière. « Il y a un risque de certaines maladies, notamment la rouille jaune, qui devrait être assez important cette année », a estimé le président Rémi Haquin, en conférence de presse, soulignant le manque de gelées qui « nettoient un peu ».

Réduire l’utilisation des phytos « ne se décrète pas »

« Au niveau national, le recours aux produits phytosanitaires a augmenté de 5,8 % entre la période 2011-2012-2013 et la période 2012-2013-2014 et de 9,4 % entre 2013 et 2014 », d’après le communiqué du ministère suite au Comité national d’orientation et de suivi d’Ecophyto 2 le 8 mars. Une évolution liée à la hausse du Nodu (Nombre de doses unités) pour les herbicides et fongicides, précise le document.

« Face à des années compliquées sur le plan climatique, les agriculteurs ont protégé leurs cultures, avance Eugénia Pommaret, directrice générale de l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes). Cela montre l’utilité des produits phytos. » L’UIPP constate avec intérêt que la note de suivi 2015 d’Ecophyto 2, rédigée par le ministère de l’Agriculture, intègre l’évolution des rendements. « Il y a maintien, voire augmentation des quantités produites dans la majorité des cas, relève Eugénia Pommaret. L’agriculteur, face à des enjeux sanitaires, cherche à préserver ses cultures à la fois en quantité et en qualité. » Et de poursuivre : « Réduire l’utilisation des phytos ne se décrète pas. C’est difficile d’imposer un objectif quantitatif ambitieux. Tout comme tirer des conclusions avec si peu de recul sur la mise en place d’Ecophyto, vu le contexte climatique et sanitaire. »

L’effet d’une nouvelle taxation

Le ministère prend bien garde de chiffrer l’emploi de phytos en lissant sur trois années. Une « alerte méthodologique » figure même dans sa note. Car les ventes de pesticides ont sûrement gonflé suite à l’annonce d’un changement de taxation. Par décret du 6 octobre 2014, l’assiette de la redevance pour pollutions diffuses a été élargie à l’ensemble des substances actives cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction de catégorie 2. « 60 nouvelles substances actives CMR 2 sont taxées depuis le 1er janvier 2015, d’après la note. Entre 2013 et 2014, leur Nodu augmente de 12,3 % et leur QSA (Quantités de substances actives) de 21,7 %. Ces augmentations sont plus marquées que l’augmentation globale […] ; il est donc possible que, avant l’entrée en application de l’élargissement de l’assiette de la redevance pour pollutions diffuses à toutes les substances actives CMR 2, des exploitations agricoles se soient approvisionnées par anticipation de leurs besoins pour 2015. »

De « très bons résultats » dans les fermes Dephy

En parallèle, de « très bons résultats » sont notés au sein des fermes pilotes Dephy : entre 2012 et 2014, le nombre moyen de traitements a diminué de 10 % en grandes cultures et polyculture-élevage, de 12 % en arboriculture et viticulture, de 15 % en cultures légumières, de 38 % en horticulture et de 22 % en canne à sucre, d’après le communiqué du ministère. « En polyculture-élevage, arboriculture et viticulture, la moitié des exploitations engagées ont atteint, en trois ans, des systèmes économes en produits phytosanitaires. »

Egalement de « très bons résultats » sont obtenus par le biais de « certaines initiatives collectives, reconnues » comme les Groupements d’intérêt économique et environnemental, souligne le ministère. Et de citer l’exemple d’un GIEE en Haute-Marne, dans le contexte pédoclimatique et agronomique « difficile » de la zone du Barrois : « avec l’appui de la Chambre d’agriculture, 21 agriculteurs mettent en œuvre conjointement plusieurs pratiques (semis direct sous couvert, allongement des rotations, développement des légumineuses…) qui permettent de reconstituer le potentiel de production des sols et ont finalement pour conséquence de réduire les intrants de synthèse, en maintenant la performance économique des exploitations ».

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Une concertation « courant mars » avec les professionnels

Le ministère annonce sur les CEPP (Certificats d’économie de produits phytos) une concertation « courant mars » avec les professionnels qui traitera des indicateurs, pénalités et modalités d’incitation. Des propositions en sont attendues à « la fin mars ».

Des achats de phytos anticipés vu le changement de taxation au 1er janvier 2015

Stéphane Le Foll a repris à son compte l’idée émise par les professionnels d’un panier d’indicateurs. À condition, d’après un participant à la réunion du Comité de suivi, que sa validation technique intervienne assez rapidement. Un groupe de travail, impliquant l’Inra et les instituts techniques, en est chargé. Trois « indicateurs de mouvement » sont prévus. L’un pour illustrer la dynamique d’innovation et d’arrivée sur le marché de méthodes innovantes, complémentaires à l’utilisation de phytos classiques. Il peut s’agir de produits, d’outils d’aide à la décision, de modélisations… Un indicateur concerne l’évolution de la mise en avant de tels produits et techniques par le réseau de distribution et de conseil. Un autre, le suivi de leur utilisation par les agriculteurs. Quatrième indicateur, les QSA par hectare, également employé dans les autres pays de l’UE ce qui permet de situer la France par rapport aux autres Etats membres. « Si la proposition du panier d’indicateurs échoue, on restera sur le Nodu », indique-t-on de même source.

allégement des sanctions

L’annonce par Manuel Valls d’un assouplissement d’Ecophyto 2 semble porter ses fruits. Le Premier ministre a accepté le 17 février que les indicateurs soient rediscutés et que le niveau des sanctions financières liées aux CEPP soit revu à la baisse. En l’état actuel, les distributeurs risquent une pénalité de 11 euros par Nodu s’ils n’obtiennent pas un nombre suffisant de CEPP, l’objectif étant une réduction de 20 % de leurs ventes de phytos d’ici à cinq ans. « Stéphane Le Foll a montré une ouverture, relate Eugénia Pommaret. Il serait prêt à réduire la pénalité si ce point s’avérait bloquant. »

Le ministre de l’Agriculture a par ailleurs souligné, lors du Comité du suivi, le rôle important des Régions dans le succès d’Ecophyto, indique-t-on à l’AGPB (Association générale des producteurs de blé). « Des crédits favorisant la recherche, l’innovation pour réduire les phytos dépendent des Régions, explique la source. Stéphane Le Foll a dit vouloir l’évoquer avec le nouveau président de l’ARF (Association des Régions de France) Philippe Richert. »

« Si la proposition du panier d’indicateurs échoue, on restera sur le Nodu »

Autre sujet, l’affectation des fonds issus de la redevance pour pollutions diffuses. Une partie est déjà fléchée vers Ecophyto. Mais des recettes supplémentaires sont attendues, liées à l’élargissement de l’assiette de la redevance. Certains prônent leur utilisation pour des actions collectives. Le Caf (Conseil de l’agriculture française) a défendu le 8 mars un fléchage de cette cagnotte vers les exploitations. Le débat reste ouvert.