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Elections allemandes La défaite des libéraux allemands écarte les opposants au salaire minimum

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La chancelière Angela Merkel, en remportant les élections législatives du 22 septembre, a aussi frôlé la majorité absolue au Parlement. La question du salaire minimum fera partie des négociations devant déboucher sur un accord de coalition.

Pour la première fois depuis la fondation de la République fédérale allemande en 1949, le Parti libéral allemand (FDP) ne sera pas présent au Bundestag (parlement fédéral allemand) en recueillant moins de 5% des voix aux élections législatives, le 22 septembre. Les libéraux qui s’opposaient sans ambiguïté à la mise en place d’un salaire minimum en Allemagne n’auront donc plus leur mot à dire pour les quatre années à venir. Le parti chrétien-démocrate (CDU) de l’actuelle chancelière Angela Merkel, lui, a gagné les élections avec 41,5% des voix. Surtout, les chrétiens-démocrates ont raté de peu la majorité absolue (316 sièges requis) au Parlement en remportant 311 sièges. Avec la sortie du FDP, une nouvelle coalition est nécessaire. Les Verts et les Socio-démocrates (SPD) remportent respectivement 63 et 192 sièges : ce sont les alliés potentiels du CDU pour obtenir la majorité absolue. Les pouvoirs publics français rappellent que les négociations pour un accord de coalition en Allemagne peuvent durer plusieurs semaines. « Au plus tard, l’accord devrait être signé mi-novembre », selon une source proche du dossier. Au cours des négociations, plusieurs dossiers doivent être évoqués : l’énergie, la fiscalité, la défense… mais aussi l’emploi. Le dossier du salaire minimum sera donc sur la table. Le SPD est, lui, favorable à un salaire minimum national. Le CDU, moins convaincu, appelle aux négociations entre partenaires sociaux pour fixer un salaire minimum par branche.
 
Paupérisation pour les uns
En Allemagne, il existe des salaires minimum dans les secteurs de l’économie qui possèdent une convention collective. André Fuentes, économiste spécialiste de l’Allemagne à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), explique : « Parmi les secteurs assujettis à l’extension des salaires minimum négociés par branche, figurent la construction ou encore le nettoyage des immeubles ». L’industrie de l’abattage et de la découpe n’y figure pas. Le Sniv-SNCP (industries françaises des viandes) soutient qu’un salarié coûte « deux fois moins cher» en Allemagne qu’en France. Le coût horaire moyen de la main d’œuvre est de 20 euros en France, contre 10 euros en Allemagne, le plus élevé revenant aux Danois avec un coût horaire de 35 euros. Le Collectif contre le dumping social en Europe met en cause la transcription allemande de la directive européenne n°96/71 sur les travailleurs détachés qui ne bénéficient pas des mêmes droits que les salariés allemands, notamment en termes de rémunération. « Nous assistons à la paupérisation d’un secteur de l’économie », a déclaré Pierre Halliez, président du Collectif et directeur-adjoint du Sniv-SNCP lors d’une conférence à Paris, le 24 septembre. Le système allemand a fonctionné pendant une dizaine d’années. « Il a permis à l’Allemagne de mettre à terre un certain nombre de concurrents. Nous en voyons aujourd’hui les limites », conclut Pierre Halliez.
 
Retour du chômage pour les autres
Selon les experts, la controverse sur la rémunération du travail en Allemagne est symptomatique d’une précarisation globale de l’emploi. Outre-Rhin, le nombre de contrats à durée déterminée (CDD) est particulièrement élevé. Cette réalité est le fruit d’évolutions réglementaires initiées par le chancelier Gerhard Schröder aux débuts des années 2000 alors que le chômage atteignait une hauteur historique. « Depuis 2005, le nombre de CDD se stabilise, mais à des niveaux élevés », constate André Fuentes. D’après les données Eurostat de juillet 2013, le taux de chômage est de 5,3% en Allemagne contre 11% en France.
Les opposants allemands au salaire minimum national arguent d’un retour éventuel du chômage. Il pourrait être un effet collatéral de la hausse des salaires dans certains secteurs de l’économie allemande. Pour le moment, les positions des uns et des autres semblent donner le choix entre le retour du chômage et la précarisation du travail. La chancelière Angela Merkel devait mobiliser une commission d’experts en charge d’évaluer les conséquences de la mise en place d’un salaire minimum sur l’économie du pays. Pour le CDU, c’est une condition préalable à toutes évolutions réglementaires. À moins qu’une « grande coalition » avec les socio-démocrates, ardents défenseurs du salaire minimum national et deuxième parti politique en Allemagne, ne change la donne.

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