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La filière du canard gras n’en finit pas de reculer

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Après les vagues d’épizootie d’influenza aviaire, l’impact de la loi Egalim et la crise sanitaire qui a durement touché la restauration, la filière française produira 22 % de moins de foie gras en 2021. Les professionnels veulent garder le moral à la veille des fêtes.

« Il y aura du foie gras sur les tables des Français pour les fêtes de fin d’année », n’ont cessé de répéter en chœur Marie-Pierre Pé, directrice générale de l’interprofession des palmipèdes à foie gras, le Cifog, et son nouveau président Eric Dumas, réunis à l’occasion de la remise des prix du Challenge Foie gras des jeunes créateurs, le 14 octobre. Pourtant, la filière est confrontée à un nouveau recul de sa production, encore plus fort que les années précédentes. « Selon nos estimations, la production française de foie gras de canard sera en recul de 22 % en 2021 par rapport à 2020 », a indiqué Marie-Pierre Pé. Cette année, à cause d’une nouvelle vague d’épizootie d’infuenza aviaire, les élevages ont mis moins de canards gras en production, ce qui entraîne une baisse mécanique du tonnage de foie gras sur le marché pour la fin d’année, saison de pic des ventes. 6,5 millions de canards n’ont pas été mis en production, ce qui devrait aboutir à une production annuelle de foie gras de 11 700 tonnes. En 2020, la filière a réalisé un chiffre d’affaires (sortie entreprise) de 2,1 milliards d’euros.

C’est pour elle un nouveau coup dur. En 2020, la production avait reculé de 13 % par rapport à 2019. Cette fois-ci, c’était à cause de la crise sanitaire qui avait entraîné une fermeture massive des restaurants en France et dans le monde entier, privant les transformateurs d’un débouché important. Quant à l’année 2020, le marché avait connu un coup d’arrêt avec des ventes stables par rapport à 2019, pour cause d’impact de la loi Egalim, qui avait empêché les mises en avant, couplé aux perturbations des Gilets jaunes.

Il y aura donc du foie gras pour la fin d’année, et même si la production est en recul, « les professionnels disposent de stocks accumulés à cause des ventes qui n’ont pas été faites l’année passée », a indiqué Michel Fruchet, vice-président du Cifog. La baisse de volume sur le marché concernera surtout le foie gras cru qui ne peut être stocké d’une année sur l’autre.

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Rester optimiste pour la saison festive

Pour ce qui concerne le marché, le Cifog veut garder le moral en s’appuyant sur les résultats obtenus en France ces derniers mois. De janvier 2021 à la mi-septembre, les ventes en grandes surfaces sont en hausse de 3,6 % en volume (+3,8 % en valeur) par rapport à la même période de 2020. Une tendance positive, même si la période est peu significative comparé à la fin de l’année qui concentre la très grande majorité des ventes. En 2020, 42,7 % des ménages français avaient acheté du foie gras, soit 1,2 million de plus qu’en 2019. Du côté de la restauration, les ventes sont aussi reparties à la hausse grâce à la réouverture des établissements. Après une très forte chute de 38 % entre 2019 et 2020, la tendance de 2021 est positive : +28 % sur les six premiers mois de 2021. Quant à la balance commerciale, elle reste positive à 40 millions d’euros en 2020, « malgré la fermeture des restaurants », indique le Cifog. Sur les sept premiers mois de 2021, les volumes de foie gras exportés sont en hausse de 11 % (+6 % en valeur) pour le foie gras cru (et +17 % pour les préparations). De nombreux marchés se sont fermés, alors qu’ils venaient de s’ouvrir au foie gras français, notamment la Chine, qui n’a pas encore repris ses importations.

Pour 2022, l’interprofession veut garder l’espoir qu’un nouveau choc sera évité. Les professionnels, en coordination avec l’État, ont pris de nouvelles mesures afin de renforcer la mise à l’abri des canards en cas de vague d’influenza aviaire. Avec pour conséquence des densités d’animaux une nouvelle fois réduites, ce qui aura un impact certain sur les coûts de production, en constante hausse depuis ces dernières années.

« Les professionnels disposent de stocks accumulés (hors frais) à cause des ventes qui n’ont pas été faites l’année passée »