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Sofiprotéol La filière oléagineuse se diversifie dans le biodiesel issu de déchets

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Les producteurs d’oléagineux (colza, tournesol, lin, soja), à travers leur entreprise industrielle, Sofiprotéol, se diversifient dans le biodiesel de déchets gras : graisses d’abattoirs, d’animaux morts, huiles de friture, dans leur usine de Compiègne. Ils viennent de constituer une filiale, AD Biodiesel, avec trois partenaires européens des énergies renouvelables et du recyclage.

L’industriel de la filière oléoprotéagineuse française Sofiprotéol se diversifie dans le biodiesel « de seconde génération », c’est-à-dire issu de lipides non comestibles, principalement graisses animales et huiles usagées, a-t-il annoncé à la presse le 14 octobre, dans son usine de Venette, près de Compiègne (Oise). Il reconvertit ainsi son unité de biodiesel d’huile de graines de colza et de tournesol de 100 000 tonnes. Il vient de constituer une société commune avec des spécialistes de la valorisation des coproduits.
 
Sofiprotéol et des partenaires créent AD Biodiesel
Sofiprotéol a constitué AD Biodiesel, (« AD » comme « advanced », qui veut dire « avancé », dans le sens de futuriste, en anglais), avec trois partenaires. Ces derniers sont Electrawinds, société belge d’énergie renouvelable ; Akiolis, opérateur français spécialisé en valorisation des coproduits organiques, et Mindest, entreprise spécialisée dans la mise en place de circuits de valorisation de sous produits agroalimentaires, basée à Genève. Sofiprotéol en détient 60 % du capital, Electrawinds 20%, Akiolis 10%, Mindest 10%. L’objectif de cette entreprise est de produire et commercialiser, pour commencer, 65 000 tonnes de biodiesel de graisses animales, et 15 000 tonnes de biodiesel d’huile de friture.
Un investissement de 8 millions d’euros est prévu pour transformer la ligne de production actuelle de 100 000 tonnes de biodiesel avec des huiles vierges de colza et de tournesol en unité estérifiant ces lipides impropres à la consommation humaine ou animale.
La nouvelle unité devrait entrer en service fin 2014. Mais, d’ici là, AD Biodiesel fait produire à façon de l’ester de graisses et d’huiles usagées en Belgique. À noter qu’une autre unité de biodiesel de seconde génération est en construction actuellement au Havre. Les partenaires sont Intermarché et la Saria, filiale du groupe allemand Rethmann, spécialisée dans le traitement et la valorisation des déchets. Cette usine, qui devrait produite 70 000 tonnes de biodiesel à partir de graisses de première catégorie et d’huile de friture, devrait entrer en service fin 2013.
Réminiscence de l’histoire, c’est sur le site de Venette que démarrera la première unité de biodiesel de seconde génération de Sofiprotéol, le même site que Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, avait inauguré en 1993 pour la première usine de biodiesel.
 
Une illustration de l’économie circulaire
Cette diversification du premier producteur européen de biodiesel est portée par la vague de « l’économie circulaire », cette économie émergente qui fabrique des produits à valeur ajoutée à partir de produits en fin de vie et à faible valeur. En l’occurrence, l’unité de Venette accueillera non plus de l’huile vierge de colza et de tournesol, mais des produits soustraits à la consommation humaine et animale, et suffisamment gras pour produire du biodiesel, après estérification.
Les graisses estérifiées ne seront pas prélevées sur la ressource de graisses utilisées par l’industrie des aliments du bétail : il s’agira de graisses dites « de première catégorie », destinées à la destruction, par la réglementation française et européenne depuis les affaires de la vache folle, a précisé Bertrand Bornhauser, administrateur de Mindest.
Cette diversification est aussi imposée par la nécessité : l’entreprise doit « réduire la voilure » du biodiesel d’huile de graines de colza et de tournesol, a expliqué Yves Delaine, directeur général adjoint de Sofiprotéol chargé du pôle végétal du groupe. Cela parce que Bruxelles rabaisse l’objectif européen de production de biocarburants issus de produits comestibles à 7%. Les industriels du biodiesel ont lancé leurs investissements d’usines parce que l’objectif de l’UE était de 10% de biocarburants dans les transports en 2020.

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