Abonné

Congrès des vins IGP La France cherche des alliances dans l'UE sur les dossiers viticoles

- - 4 min

La France est à la recherche d'alliances dans les États membres de l'UE sur les deux dossiers viticoles, celui de l'encadrement des plantations de vignes sans indications géographiques (Sig) et celui de la demande de rétablissement de l'aide aux moûts concentrés. C'est ce qu'a indiqué Christine Avelin, conseillère technique du ministre de l'Agriculture pour le secteur végétal, au congrès de la Confédération des vins IGP (VinIGP) de France, le 12 juin à Marseille.

DEUX dossiers épineux pour la filière viticole française ne pourront vraiment aboutir si la France est isolée parmi les Vingt-Huit : celui de l'encadrement des plantations de vignes Sig et celui du rétablissement de l'aide aux moûts concentrés. Deux dossiers qui ne sont pas faciles à expliquer aux pays partenaires et à la Commission. Sur le premier dossier, celui des autorisations de plantations, les producteurs français demandent des critères précis d'encadrement du développement des vins Sig pour que ces derniers ne viennent pas se déverser sur les marchés des AOC (appellation d'origine contrôlée) et IGP (indication géographique protégée).

Les producteurs de vins IGP demandent des garanties

« Si une vraie stratégie de conquête des marchés de VSIG est mise sur la table, nous n'irons pas nous y opposer. Ce que nous ne voulons pas, c'est voir des vins sans IG refluer sur nos marchés parce que leur stratégie aurait échoué », a expliqué Michel Servage, président de VinIGP. D'où la demande des producteurs – mais pas du négoce – de critères permettant de garantir que le VSIG restera bien sur son segment, alors que la Commission est prête à « assouplir » les frontières entre les segments. D'après une version d'actes délégués de la Commission, des vignobles SIG pourraient produire du vin avec IG sans avoir à demander d'autorisation de planter en IG. Or, « la position de la France est fortement attaquée à Bruxelles » sur ce point, a témoigné, lors de la table ronde, Thierry Coste, président du comité « vin » du Copa-Cogeca, l'organisation des producteurs et des coopératives de l'agriculture européenne. La position de Paris est notamment attaquée par l'Italie, non pas sur le sujet de l'encadrement des VSIG, mais parce que la France ne soutient pas l'Italie sur un autre sujet viticole, celui des droits de plantations de vignes. Le secteur viticole italien voudrait pouvoir valoriser les droits de plantations, qui n'auront plus de valeur dès lors qu'ils seront remplacés par le système d'autorisations de plantations, au 1er janvier 2016. Christine Avelin n'a pas caché que la recherche d'alliances oblige la filière française « à bien réfléchir » sur ses demandes, car le sujet est « complexe ».

La France demandera le rétablissement de l'aide aux moûts concentrés

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

L'autre dossier à faire valoir à Bruxelles est celui du rétablissement de l'aide aux moûts concentrés. La France demandera à Bruxelles le rétablissement de l'aide aux moûts concentrés et moûts concentrés rectifiés (MC-MCR), a indiqué Christine Avelin. Cette aide servait à compenser le surcoût des MC-MCR par rapport à la chaptalisation, autre voie d'enrichissement des vins (pour en élever le degré d'alcool) par ajout de sucre. Elle avait été supprimée par l'OCM viticole de 2008 pour suppression effective en 2012. Cette suppression de l'aide a pénalisé les bassins viticoles du sud de la France, qui depuis des décennies enrichissent avec des moûts, tandis que ceux du nord enrichissent avec du sucre.

Le coût d'enrichissement avec la chaptalisation est de 1,13 euro le degré/hecto (coût nécessaire pour l'élévation d'un degré dans un hectolitre de vin). Avec les MC-MCR le coût est de trois à quatre euros le degré/hecto, a souligné Michel Servage.

« Nous mesurons la difficulté de rouvrir le débat », a commenté le président de la Confédération des vins IGP, après l'intervention de l'eurodéputé Éric Andrieu. « Sur ce sujet, la Commission répond que la suppression de l'aide aux MC-MCR a été décidée par les pays de l'UE en 2008 ». Les pays d'Europe du Sud, particulièrement concernés, ne s'étaient pas opposés à la mesure de suppression, parce que cette abolition, programmée pour 2012, était encore lointaine, a rappelé Christine Avelin. « Ce sont les lobbies des pays du Nord, comme l'Allemagne, qui ont poussé à la suppression de l'aide », a martelé Jacques Gravegeal, président du syndicat des vins du Pays d'Oc. Dans sa recherche d'alliances, la France espère des appuis de l'Espagne, et cette fois, de l'Italie, pays producteurs de moûts, qui auraient intérêt à en exporter vers la France.