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La HVE démarre en ordre dispersé

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Crédit d’impôt, objectif d’approvisionnement des cantines, exemption de conseil stratégique pour les agriculteurs certifiés… Au vu des signaux donnés par les pouvoirs publics depuis deux ans, l’ensemble des filières agricoles se penche désormais sur la Haute valeur environnementale (HVE). Mais avec des objectifs et des résultats encore très divers. L’arboriculture et le maraîchage avancent très rapidement, s’appuyant notamment sur les nombreuses démarches de qualité existantes. Également en pointe avec 4 500 certifications, la viticulture se demande désormais quelle direction prendre : massification ou segmentation ? De son côté, le monde des grandes cultures est prêt à accélérer. Il s’attend, cet automne, à une révision du volet phytosanitaire du cahier des charges. Enfin, les interprofessions animales débroussaillent le dossier : la certification était totalement absente de leurs plans de filières élaborés en 2019. Pourtant, il existe un vrai réservoir en élevage comme en grandes cultures : une étude de la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, parue en avril, montre que sur 151 exploitations de grandes cultures, élevage et polyculture élevage, 66 seraient de facto éligibles. Encore faut-il y trouver une valorisation.

En annonçant début septembre un crédit d’impôt de 70 à 80 millions d’euros dédié à la Haute valeur environnementale (HVE), le ministre de l’Agriculture confirme le signal donné par les pouvoirs publics depuis quelques années en faveur de cette certification, que d’aucuns qualifient de troisième voie entre bio et conventionnel.

Longtemps esseulée depuis sa création en 2011, la HVE a finalement été mise en avant, fin 2018, dans la loi Egalim, par son intégration aux critères permettant d’atteindre l’objectif d’approvisionnement durable à 50 % des cantines d’ici 2022. Puis la Nouvelle Aquitaine (prem ! re région en part du PIB agricole) a emboîté le pas de l’État fin 2019 en fixant un objectif de 80 % d’exploitations certifiées bio ou HVE d’ici 2030.

Le dernier épisode connu de cette série de stimuli de la HVE devrait être la séparation de la vente et du conseil des phytos à partir de 2021. Dans les projets de textes réglementaires, mis en consultation jusqu’au 4 septembre, il est prévu que les agriculteurs puissent échapper à l’obligation de conseil stratégique s’ils sont certifiés bio (sur toute la ferme) ou HVE.

Voilà l’horizon fixé par les pouvoirs publics. Il n’en reste pas moins que la HVE est aujourd’hui très diversement adoptée et étudiée selon les filières (voir graphique). D’après les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture de février, la viticulture reste la plus représentée, avec plus de 4 500 exploitations sur 5 400 (83 %). Seulement 134 exploitations sont issues des filières animales.

Pourtant, il existe un vrai réservoir de nouvelles certifications en dehors des vignes et vergers. La chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine a conduit une étude parue au printemps, pour mesurer ce potentiel : en examinant 151 exploitations orientées vers l’élevage, les grandes cultures, ou la polyculture élevage, les auteurs de l’étude constatent que 66 d’entre elles sont de facto éligibles à la HVE.

Fruits et légumes : un capital de certifications existantes

Dans le secteur des fruits et légumes frais, la HVE suscite un véritable engouement. « Plus de 500 exploitations sont d’ores et déjà en niveau 3 », indique le président de l’interprofession (Interfel) Laurent Grandin. « Près de 5 000 autres sont engagées dans la démarche, dont 3 500 exploitations fruitières et 1 500 légumières, poursuit-il. Je pense qu’on sera certainement à 50 % de certifiées dans les cinq ans. »

La prédominance de la HVE en fruits s’explique sans doute par le fait que les arboriculteurs tendent à se spécialiser et donc conduisent leur exploitation de manière " homogène ", à l’inverse des structures maraîchères plus diversifiées où les légumes côtoient rotations de céréales ou élevage. De plus, beaucoup de vergers ont déjà obtenu la certification environnementale de niveau 2 via des démarches équivalentes (Vergers écoresponsables, Bee friendly, Demain la Terre…). En effet, sur les dix-huit démarches reconnues en arboriculture et maraîchage, neuf portent exclusivement sur les fruits.

Dans ce cadre, gravir la marche de la HVE semble plus aisé, même si cela reste « un challenge de haut niveau », selon Laurent Grandin : « Cela suppose d’avoir une stratégie qui tienne compte de l’équilibre biologique au verger avec un travail de piégeage, de confusion sexuelle, de constitution de haies ou bandes enherbées, de gestion de l’eau et d’adaptation variétale aussi pour limiter les traitements, et ce sur l’ensemble de l’exploitation ». Si les filières pêche/nectarine, abricot, cerise et raisin de table s’engagent dans la démarche, c’est clairement la pomme qui « tire la HVE vers le haut », estime le président d’Interfel.

Arboriculteur dans le Tarn-et-Garonne sur une exploitation de 130 ha de pommes, 10 ha de kiwi et une vingtaine d’hectares destinés au renouvellement, Christophe Belloc est passé en HVE en septembre 2019. Auparavant, son verger était labellisé Vergers écoresponsables. De cette montée en certification environnementale, il se souvient surtout avoir passé « une journée complète » à mesurer ses surfaces agroécologiques sur photos aériennes et à éplucher ses données comptables pour voir s’il « rentrait dans les critères ». « Je n’ai pas eu à faire d’ajustements dans mes pratiques car elles étaient déjà vertueuses », dit Christophe Belloc. Depuis, l’union de coopératives Blue Whale, qu’il préside, a décidé d’étendre la démarche HVE à l’ensemble des adhérents.

Bien qu’aujourd’hui la certification HVE n’apporte pas de plus-value « tangible », c’est une « clef d’entrée » sur les marchés, assure Christophe Belloc. À commencer par le marché français où de plus en plus de distributeurs y sont sensibles comme Grand frais, Intermarché, Carrefour, E.Leclerc. Mais ce pourrait aussi être un atout pour l’export. « Le fait de dire que nos vergers sont certifiés par l’État français et non par un label privé plaît beaucoup aux Allemands, soucieux de la sécurité sanitaire et environnementale », glisse Christophe Belloc qui y voit aussi un autre intérêt : « Cela permet de rassurer l’opinion publique et le voisinage, d’autant plus que la pomme est régulièrement attaquée sur l’aspect environnemental ».

Viticulture : élargir ou durcir

Dans la viticulture, l’éventail est large entre ceux qui aspirent à ce que la HVE emmène la majorité des producteurs et ceux qui estiment qu’elle ne va pas assez loin. Ces approches différentes découlent directement des conditions climatiques dans lesquelles sont placés les uns et les autres. La HVE serait-elle trop facile à obtenir, comme le confiait récemment Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne à Agra Presse (voir l’Agrafil du 16 septembre). À cette question, aussitôt, Jean-Martin Dutour, vigneron à Chinon (Indre-et-Loire) et président d’Inter Loire, l’interprofession des vins du Val de Loire, répond par une autre question : « De quelle région vient Nicolas Girod ? » Les cahiers des charges de la HVE ne sont pas les mêmes selon les productions, les régions et même les départements, explique-t-il. « Certains Indices de fréquence de traitement (IFT) sont confortables, d’autres moins. En Indre-et-Loire, pour la vigne, l’IFT n’est pas parmi les plus confortables. » Mais le but n’est pas qu’il soit confortable, mais qu’il se réduise progressivement, précise-t-il.

« La HVE ne va pas suffisamment loin », estime de son côté Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations des vins de Bourgogne (CAVB). « Elle est surtout basée sur le respect de l’IFT, mais elle ne va pas assez loin pour réduire l’utilisation de molécules CMR (cancérigènes, mutagènes, et toxiques pour la reproduction, NDLR) dans les phytos. Je ne comprends pas que l’Anses autorise des firmes à commercialiser des substances cancérigènes, a-t-il ajouté. Avec le matériel et les connaissances plus pointues que l’on a depuis une quinzaine d’années, il faut aujourd’hui des obligations plus ambitieuses. » Et de citer le programme du vignoble bourguignon pour 2023 : éviction des herbicides et des CMR, généralisation du matériel anti-dérives.

Jean-Martin Dutour (Inter Loire) soutient aussi l’idée que la HVE doit entraîner le plus grand nombre d’agriculteurs. Mais de façon plus radicale. « Le but est de conduire l’ensemble de la profession à diminuer son impact environnemental. Si seulement 5 % y adhèrent, on aura raté l’objectif. » Il pousse le raisonnement encore plus loin. Pour lui, la HVE ne doit pas devenir un signe de différenciation pour les producteurs qui la pratiquent. « C’est un dévoiement du dispositif, qui risque de faire qu’une minorité se distingue et que finalement la HVE ne se généralise pas. » Pour que 100 % des agriculteurs y adhèrent, l’outil le plus efficace serait de conditionner les soutiens de l’OCM viticole à l’obtention de la HVE, selon lui.

Le pionnier de la HVE, Jean-Jacques Jarjanette, directeur général de la Confédération des vignerons indépendants, et surtout président fondateur de l’Association pour le développement de la HVE, estime au contraire que la HVE doit être un outil de différenciation des productions. « Elle n’a d’avenir que si elle a la notoriété commerciale, tout comme le bio l’a acquise au bout de quarante ans d’existence. » Et il lui faut un logo pour qu’elle acquière la notoriété d’un signe de qualité. « La notoriété d’un signe de qualité est essentielle pour créer de la valeur à la commercialisation. Le fondement de la HVE, c’est la création de valeur pour des productions qui ne sont pas bio », rappelle-t-il. Le raisonnement est le suivant : le bio représente environ 10 % de la SAU. Faut-il laisser de côté les 90 % restants ? « Non. Il faut un système qui reconnaisse les efforts que font certains parmi ces 90 %, et qui pour une raison ou pour une autre (économique ou climat trop humide par exemple), n’iront jamais jusqu’à la certification bio. » « Je suis de ceux qui pensent qu’il faut à la fois reconnaître les avancées du plus grand nombre et permettre la recherche de la perfection pour un petit nombre qui le peuvent », a-t-il conclu.

Grandes cultures : dans l’attente d’un référentiel mieux adapté

Dix mille exploitations maïsicoles HVE en 2025 : l’annonce de l’AGPM (producteurs), lors de son congrès en décembre, va-t-elle servir de catalyseur en grandes cultures ? Cet engagement reste soumis à deux conditions : « Une valorisation par le marché » suffisamment incitative et « un référentiel mieux adapté ». L’AGPM travaille sur le sujet avec d’autres associations spécialisées de la FNSEA, en céréales à paille, betterave, semences, légumes de conserve. Objectif commun : faire évoluer la HVE vers « la reconnaissance de toutes les productions, un accès au même potentiel de points pour toutes les exploitations et des indicateurs adaptés, rendant compte des pratiques vertueuses de chaque système », indique le chargé de mission économie Arthur Boy.

Deux des quatre thématiques de la certification posent des difficultés, à savoir la stratégie phyto et la gestion de la fertilisation. Les syndicats disent avoir eu gain de cause sur l’IFT. « Nous avons eu, en juin, une première proposition de la DGPE (ministère de l’Agriculture, NDLR) concernant une nouvelle méthode de calcul de l’IFT, déclare Gaëtane Le Breuil (La Coopération agricole). L’objectif annoncé est une validation en CNCE (commission nationale de certification environnementale) à l’automne, pour une entrée en vigueur début 2021. » Il s’agit en particulier de la suppression d’un malus de points affectant le maïs, le tournesol, les prairies temporaires selon leur part dans la SAU.

Reste à voir si la HVE peut susciter une adhésion massive des producteurs. En Haute Landes, l’association GRCeta a mis en place une qualification Criterres, aujourd’hui reconnue C2E de niveau 2, qu’une centaine d’exploitations maïsicoles sur 180 ont décroché. Celles ayant franchi le niveau 3 se comptent sur les doigts d’une main. « Le basculement en HVE est fonction des opportunités, notamment économiques, réglementaires, qu’auront les producteurs », estime Julie Campguilhem, la responsable irrigation.

Viande : un rendez-vous manqué

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Lorsque Emmanuel Macron demanda aux filières de monter en gamme fin 2017, les plans de filière des interprofessionnel animales, rendus un an plus tard, ont largement éludé la HVE. Porc, viande bovine, ovine, volaille de chair : la HVE n’est pas mentionnée une seule fois dans aucun de ces plans de filière, qui ont davantage appuyé sur la bio, le label rouge ou le plein air. Depuis, elles débroussaillent le sujet, et un groupe de travail a été créé à la CNCE (commission nationale de la certification environnementale) en début d’année.

Effectivement, à première vue, le cahier des charges ne paraît pas fait pour les filières animales. Aucun point accordé pour le bien-être animal ou la baisse des antibiotiques (fondu dans les intrants). Mais ces deux sujets ne sont pas l’objet premier du cahier des charges : la biodiversité. Selon l’association HVE Développement (organisations professionnelles), le cahier des charges était prévu pour l’élevage, mais d’un type particulier. « On l’a oublié, mais pendant longtemps, on a dit que l’option B de la HVE était faite pour les filières animales », retrace Laurent Brault, chargé de l’association HVE Développement.

Le cahier des charges HVE est en effet conçu pour les exploitations animales dites autonomes. Pour obtenir la certification par la voie B (voir encadré), il faut satisfaire à un indicateur de taux de dépendance aux intrants (30 % max). Selon un rapport de master d’AgroParistech, ce taux est en moyenne 65 à 75 % en élevage et céréales/oléoprotéagineux. Sauf à être dans un système extensif et autonome.

Dans une note parue en 2009, Lionel Vilain, ancien technicien agricole de France nature environnement, s’en explique. Selon lui, les systèmes autonomes sont généralement corrélés à de meilleures notes de biodiversité. Et de citer « le pastoralisme des alpages de montagnes, des coteaux du Charolais, du Massif central et des garrigues provençales », mais aussi « certains systèmes en polyculture élevage [qui] combinent astucieusement l’herbe, les cultures annuelles et l’animal sans perfusion permanente de tourteaux de soja, de granulés pour bétail, de pesticides et d’engrais systématiques. »

Dans les Côtes-d’Armor, Pascal L’Hermitte est le premier producteur de porcs certifié HVE, et il y est arrivé par la voie A. L’an passé, au moment de l’audit, il n’a rien eu à changer sur son exploitation pour être certifié. Mais il faut dire qu’il travaille sur les questions environnementales depuis longtemps et qu’il est partiellement « fafeur », il fabrique une grande partie de l’alimentation de ses cochons lui-même. En 2000, il avait signé un CTE (contrat territorial d’exploitation), avec lequel – quinze ans avant le verdissement de la Pac – il a investi dans les bandes enherbées, des couverts végétaux et des buses anti-dérives.

Puis il a enchaîné avec une MAE, il y a six ans, durant laquelle il a travaillé sur une baisse des phytos, avant de supprimer volontairement le glyphosate et les néonicotinoïdes, pour rassurer ses clients en vente directe. Avec la HVE, Pascal L’Hermitte n’a pas augmenté ses prix, « mais cela me sécurise dans la communication », notamment auprès des professionnels (cantines, boucheries), qui apprécient le caractère officiel du logo.

Lait : peu d’intérêt en circuits longs

La filière laitière française n’a, pour le moment, pas pris le virage de la HVE. À aucun moment, il n’en est fait mention dans son plan de filière et seules onze exploitations sont certifiées dans l’Hexagone. Des réflexions, dans le cadre du groupe de travail de la CNCE, commencent doucement à se mettre en place pour adapter le cahier des charges mais surtout pour mettre en place des équivalences avec ce qui se fait déjà comme le diagnostic Cap2Er et le label Bas carbone.

L’intérêt est, en cas de conditionnalité, de pouvoir accéder aux aides. Car, avec des contraintes de collecte et de transformation et une offre déjà segmentée, « la HVE ne présente que peu d’intérêt en circuits longs », explique Marie-Thérèse Bonneau, présidente du collège producteurs de l’interprofession laitière.

De ce fait, « aujourd’hui, la quasi-totalité des exploitations laitières certifiées HVE vendent en direct », assure-t-elle. Les nouvelles obligations faites aux cantines scolaires de proposer d’ici 2022 au minimum 50 % de produits de qualité et durables permettent également l’émergence de nouveaux débouchés en circuits courts.

Autre profil d’exploitations laitières certifiées HVE : celle de Bruno et Erwan Calle et Ludovic Jarligant, dans le Morbihan. Sollicités par la coopérative Eureden (marque d’aucy) qui souhaite segmenter le marché des légumes industries, ils se tournent vers la HVE. « C’est l’ensemble de l’exploitation qui doit être certifié HVE et non pas une seule production », expliquent les agriculteurs. Alors pour avoir des légumes HVE, il faut aussi certifier l’atelier lait, même s’il n’est pas valorisé comme tel.

Pour cette exploitation dont la conduite est déjà largement circulaire grâce à un méthaniseur, « le basculement vers la HVE n’a pas changé notre quotidien sur la partie lait. Les points de blocage qui pouvaient nous inquiéter étaient la gestion de l’eau et l’utilisation de produits phytosanitaires. » Mais finalement rien d’insurmontable grâce à la collecte des eaux de gouttière et de surface de l’exploitation et un ajustement des heures et doses de traitement. Particularité notable de l’exploitation : du fait de la méthanisation et de la robotisation de la traite et de l’alimentation, les vaches restent en bâtiment et ne sortent pas pâturer.

Maraîchers nantais : la moitié des exploitations certifiées HVE

Dans le secteur du maraîchage, la Fédération des maraîchers nantais a été pionnière dans la transition vers la HVE. Elle compte aujourd’hui 100 exploitations certifiées soit environ la moitié des structures agricoles qu’elle représente, indique le responsable HVE de la fédération Régis Chevallier. Les maraîchers nantais ont commencé à s’intéresser sérieusement à ce nouveau label en 2018. « Nous l’avons vu comme une démarche territoriale qui collait à nos pratiques et qui permettrait de montrer à nos élus et à la société que nous nous inscrivons dans une démarche de progrès », raconte-t-il. Très vite, les producteurs de tomates et concombres sous serre ont su qu’ils pouvaient obtenir une équivalence de certification environnementale niveau 2 grâce à leur appartenance à la charte de production de l’AOPn tomates et concombres de France, ce qui facilite l’obtention du label. Mais ce n’était pas le cas des producteurs de légumes plein champ qui ont dû franchir tous les caps de la certification HVE, explique Régis Chevallier. Pour autant la transition n’a pas été très compliquée, la fédération ayant créé une « boîte à outils » pour accompagner les producteurs dans diverses démarches : utilisation de produits de biocontrôle, gestion de la fertilisation et de l’irrigation, plan d’aménagement des abords maraîchers avec des haies, fossés enherbés et jachères fleuries. « Le label HVE valorise des démarches que nous avons engagées aux Maraîchers nantais depuis plus de vingt ans », assure l’ancien technicien de la fédération converti producteur il y a trois ans. Il estime que les deux tiers des maraîchers nantais seront certifiés HVE d’ici la fin de l’année. « Le véritable enjeu c’est que ça dure dans le temps et pas seulement pour un ou deux audits de contrôle », ajoute Régis Chevalier qui s’attend à ce que les critères de la HVE se durcissent au fil des ans.

Une certification, deux voies d’accès

Pour décrocher une certification HVE, deux voies s’offrent aux agriculteurs : une option A appelée « approche thématique », et une option B appelée « approche globale ».

L’option A consiste à valider quatre indicateurs eux-mêmes composites correspondant aux thématiques suivantes : « biodiversité ; stratégie phytosanitaire ; gestion de la fertilisation ; et gestion de l’irrigation ». Une thématique est validée lorsque la note globale est supérieure ou égale à 10 points. La thématique « biodiversité » est composée de six items, auxquels sont attribués des points, comme le pourcentage de la SAU en infrastructures agroécologiques, ou la présence de ruches.

L’option « B » est moins complexe ; elle consiste à respecter deux indicateurs : d’une part le « poids des intrants dans le chiffre d’affaires inférieur ou égal à 30 % », et d’autre part le « pourcentage de la SAU en infrastructures agroécologiques supérieur ou égal à 10 % ou pourcentage de la SAU en prairies permanentes de plus de cinq ans supérieur ou égal à 50 % ».

Betterave : Tereos lance une gamme de sucre certifié HVE

Le groupe sucrier Tereos lance « dès 2020 » une gamme de produits issus de betterave HVE (Haute valeur environnementale), a-t-il indiqué le 22 septembre. Il s’agit d’une première « campagne test » sur le site d’Artenay (Loiret), selon un communiqué. Une quinzaine d’associés coopérateurs et environ 400 hectares de betteraves sont concernés. « Notre objectif est de pouvoir proposer cette démarche dès la campagne 2021-22 sur l’ensemble de notre zone d’approvisionnement, selon l’évolution des marchés », déclare le président du conseil de surveillance Jean-Charles Lefebvre, cité dans le communiqué. Un appui technique, agronomique est ainsi proposé aux betteraviers pour leur permettre de « relever les principaux défis (de la HVE, NDLR) : baisse d’IFT (indice de fréquence de traitements), utilisation d’OAD (outils d’aide à la décision), mises en place de bandes enherbées, etc. »