La consommation de blé tendre par les moulins s’est redynamisée en 2024, selon l’ANMF. Mais en partie en raison de la mauvaise qualité de la récolte, ce qui n’améliore pas la santé financière de la filière, qui réclame le soutien des autorités. D’autant que si les exportations de farines sont à la hausse, les importations également, en provenance d’Allemagne.
Les moulins français iraient-ils mieux depuis quelques mois ? Les meuneries de l’ANMF estiment le volume d’écrasement de blé tendre des moulins français en croissance de 6 % entre les onze premiers mois de 2023 et 2024, à 4,8 Mt. Cette hausse aurait pu s’interpréter comme un signe que les entreprises ont davantage de moyens pour s’approvisionner. Mais ce regain s’explique en partie par la mauvaise qualité de la récolte 2024, indiquent plusieurs intervenants dans le commerce des céréales. En effet, il faut, cette année, davantage de grains pour produire la même quantité de farine, car plus petits, compte tenu des faibles poids spécifiques (PS). Ce que confirme l’ANMF. Globalement, le travail des grains s’avère plus onéreux en 2024-2025, avec une production accrue d’issues de meunerie (sons, pellets…).
Hausse de la production d’issues de meunerie
Malheureusement pour les moulins, la production accrue de sons, très majoritairement vendus à la nutrition animale, est intervenue sur un marché atone. L’alimentation animale du nord de l’UE est mal en point, notamment les élevages aux Pays-Bas et en Allemagne, et la filière française est peu demandeuse. « Les acheteurs hexagonaux ont fréquemment préféré se tourner vers du blé peu cher à faible PS plutôt que vers des issues », argue un opérateur anonyme. Dépourvus de débouchés, les meuniers ont dû orienter davantage leurs ventes vers les méthaniseurs, à bas prix (voire encadré). D’après La Dépêche-Le Petit Meunier, les cours des sons départ Île-de-France sont passés de plus de 200 €/t en mai 2023 à 120 €/t environ en novembre 2024.
La moisson française 2024 est également caractérisée par l’intensification de soucis sanitaires, rapportent l’ANMF et une étude du Crédit Agricole de novembre 2024, renforçant les besoins en triage et nettoyage. L’association pointe notamment le risque croissant de présence d’alcaloïde dans les farines en 2024-2025. « Il y a plus de sclérotes dans les lots de blé, en partie dû aux pluies l’automne dernier, qui ont empêché les désherbages », déplore Jean-Jérôme Javelaud, administrateur de l’ANMF et meunier dans les Ardennes.
Avec la dégradation de la qualité sanitaire des blés, le secteur doit investir. « Cette année, nous investissons ponctuellement, dans des grilles/tamis, pour séparer les grains, les sclérotes, et d’autres impuretés », précise le représentant de l’ANMF. Or, la meunerie souffre d’une faible rentabilité. D’après l’étude du Crédit Agricole, le taux de marge (rapport entre la marge et le chiffre d’affaires) moyen a chuté entre 2018 et 2023, passant d’environ 36 % à 28 % (32 % pour l’industrie agroalimentaire). Conséquence : « Les banques sont souvent réticentes à nous financer », regrette Jean-Jérôme Javelaud. Et les années 2024 et 2025 ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices. « Les jeux sont faits sur la moitié de 2025 au moins, du fait de la mauvaise récolte 2024. Par ailleurs, certes, l’énergie a baissé, mais tous n’en ont pas profité. Les salaires, les assurances, les services de comptabilité etc. ont progressé », déplore le meunier. Globalement, « les marges en 2025 ne peuvent plus être écrasées comme ces dernières années », explique la secrétaire générale Anne Céline Contamine.
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Plus d’export, mais aussi d’import…
Une bonne nouvelle : la hausse des quantités broyées de blé est également liée au rebond des exportations nationales de farine. Selon les douanes et FranceAgriMer, 197 900 t de farine brute et 137 000 t transformée (en pain, viennoiserie etc.) ont été expédiées entre janvier et novembre 2024, contre respectivement 194 300 t et 127 000 t sur l’année 2023.
Mais la France est aussi importatrice nette de farine en 2024. Les douanes révèlent que, sur la même période, les importations sont passées de 290 000 t à 364 000 t. Une justification ressort : la croissance des achats de sachets allemands de farine de 1 kg sous marque distributeur, d’après l’ANMF. « Si les farines ont bien été fabriquées en Allemagne, elles le sont souvent à partir de blé français, et les sachets affichent des drapeaux bleu-blanc-rouge. […] Nous craignons que d’autres marchés soient concurrencés », prévient Jean-Jérôme Javelaud
La profession a donc de multiples requêtes auprès des autorités. Parmi elles : mieux informer le consommateur sur l’origine des sachets de farine, en autorisant le drapeau Français seulement lorsque le blé est produit et transformé en France. L’ANMF réclame également de réorienter une partie des aides de l’État pour soutenir les secteurs non délocalisables, d’aider les moulins à acquérir du matériel (trieur optique, kit d’analyse rapide…) et d’assurer un prix de l’électricité compétitif.
« Il y a plus de sclérotes dans les lots de blé » selon l’ANMF
Une consommation record de son par la méthanisation
« 2024 est la première année où la méthanisation s’est montrée aussi intéressée par nos sons », signale Jean-Jérôme Javelaud, administrateur de l’ANMF (meuniers) et dirigeant du moulin de Signy-l’Abbaye (Ardennes), auprès d’Agra Presse. Si aucun chiffre officiel n’a pu être obtenu (le marché étant difficilement observable en raison de sa petite taille), quatre sources souhaitant conserver l’anonymat confirment son assertion. La principale raison : le surplus d’offre conjoncturel a exercé une forte pression sur les prix, rendant la matière première attractive aux yeux des méthaniseurs. « Pour un site de méthanisation, il ne faut pas que le prix dépasse les 130 €/t rendu. Lors de l’été 2024, les cours étaient en dessous de ce niveau, stimulant leur intérêt », confie une source privée. Autre avantage : les qualités physiques du produit. « Le son est doté d’un faible taux d’humidité, le rendant intéressant pour les méthaniseurs », ajoute Jean-Jérôme Javelaud.