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Phytosanitaires La MSA veut connaître les risques de cancer pour les agriculteurs

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Existe-t-il un lien entre le développement de cancers et l’utilisation de produits phytosanitaires ? Quels sont les risques d’exposition pour les agriculteurs ? Face à l’absence de réponses claires, la Mutualité sociale agricole (MSA) a décidé, avec plusieurs partenaires, de lancer prochainement l’étude « Agrican ». Elle visera à mieux connaître le lien entre « activités agricoles et cancers ». Les premières réponses sont attendues fin 2007-début 2008.

Environ 600 000 agriculteurs, actifs et retraités, vont recevoir prochainement un questionnaire sur l’utilisation et les risques des produits phytosanitaires. Douze départements : Calvados, Loire-Atlantique, Manche, Côte-d’Or, Doubs, Somme, Tarn, Gironde, Isère, Bas-Rhin, Haut-Rhin et Vendée vont être mis à contribution. La Mutualité sociale agricole (MSA), le Groupe régional d’études sur le cancer (Grecan) basé à Caen et le laboratoire Santé travail environnement (LSTE) ont en effet décidé de lancer dans les prochaines semaines une étude, baptisée « Agrican » visant à mieux connaître le lien entre « activités agricoles et cancers ».

Des cancers spécifiques chez les agriculteurs

La France fait partie des premiers pays utilisateurs de produits phytosanitaires au monde. Pourtant, la MSA déplore l’absence « d’étude d’envergure » permettant de connaître précisément les risques de cancers liés à l’utilisation des pesticides. Car, aujourd’hui, personne ne peut réellement définir les risques pour les agriculteurs. Actuellement, les seules données épidémiologiques sur le risque de cancers en agriculture sont essentiellement issues d’études nord-américaines, scandinaves ou italiennes. Cependant, selon Pierre Lebailly, chercheur au Grecan, « les agriculteurs sont moins affectés que le reste de la population, en raison notamment d’une moindre consommation tabagique ». « Mais ils développent des cancers plus spécifiques », ajoute-t-il aussitôt. En effet, les cancers de la prostate, de l’estomac ou de la peau apparaissent plus fréquemment chez les populations agricoles. Face à l’absence de données précises sur le sujet, l’étude « Agrican » a donc été lancée. Mais attention, les premiers résultats ne seront pas attendus avant fin 2007, début 2008.

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Des actions concrètes de prévention

D’ici là, la MSA va poursuivre ses actions de prévention et de formation auprès des agriculteurs, sur les risques encourus dans l’utilisation des produits phytosanitaires. Il apparaît que les agriculteurs ne prennent pas suffisamment de précautions, en matière de pesticides, souvent par simple négligence. C’est pourquoi la MSA souhaite agir le plus en amont possible. Elle développe des journées de formation auprès des élèves de l’enseignement agricole, mais également auprès de leurs professeurs. Sur demande, les exploitants peuvent également être formés sur la préparation des traitements, l’entretien du matériel et les conditions d’application. La MSA rappelle notamment que ne pas porter de masque, utiliser un tracteur sans cabine, se ronger les ongles ou ne pas prendre de douche immédiatement après le traitement augmentent fortement les risques sur la santé. Des actions de sensibilisation auprès des industriels sont par ailleurs menées régulièrement. C’est le cas notamment auprès des fabricants de phytosanitaires. La MSA se prononce ouvertement pour une amélioration de la lisibilité des étiquettes sur les emballages, en modifiant leur dimension et le contenu des informations délivrées. Des réunions de travail ont également lieu avec les fabricants de matériels agricoles et d’équipements de protection individuels (EPI) afin de contribuer à l’amélioration de leur fiabilité. Rappelons par ailleurs que la MSA avait fortement milité auprès des pouvoirs publics pour le retrait de l’arsenic de soude en 2001.