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La pomme de terre classée « à tort » attractive pour les pollinisateurs

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L’UNPT (producteurs de pommes de terre, FNSEA) veut « se battre » contre le plan pollinisateurs, jugé trop contraignant en termes de phytos pour une culture « non attractive ».

« Il n’y a aucune raison que la pomme de terre ne soit pas dans la liste des cultures non attractives », a déclaré le président Geoffroy d’Evry en conférence de presse le 7 janvier. Pour étayer ses propos, l’UNPT cite les travaux de l’institut technique Arvalis. Le syndicat reproche à l’Anses, agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de ne pas les avoir pris en compte dans son avis du 13 décembre, privant la pomme de terre d’un retour plus précoce dans la rotation des cultures après l’usage de néonicotinoïdes en betterave.

« Scientifiquement, il est prouvé que la pomme de terre n’est pas attractive » pour les pollinisateurs, a martelé Didier Lombard, en charge des pommes de terre chez Arvalis. Une conclusion qui figure dans l’étude menée par l’institut sur la fréquentation des précieux insectes sur diverses cultures. L’agence ne l’a pourtant pas retenue : le rapport final de l’Arvalis « n’ayant pas été transmis dans les délais, ces éléments complémentaires n’ont pas été pris en considération pour l’instruction » de la saisine du 13 décembre, explique-t-elle.

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Des avis scientifiques « pas suivis »

« Sur le plan pollinisateur, même les avis des scientifiques ne sont pas suivis », a déploré Bertrand Achte, président de la commission transformation à l’UNPT, lors du point presse en visioconférence. De son côté, Arvalis se demande pourquoi l’Anses « n’a pas accusé réception des travaux » menés par l’institut sur les pollinisateurs et la pomme de terre, dans le cadre de l’évaluation des risques par rapport aux néonicotinoïdes.

Cela a de lourdes conséquences pour la culture, pas seulement en termes de rotation après la betterave traitée avec ces insectes très décriés. Le plan pollinisateurs représente « un danger pour l’avenir de la filière », a mis en garde Didier Lombard. Et de pointer la « mention abeilles », qui restreint l’usage des phytos. Concernant les insecticides, onze molécules étaient à disposition jusqu’ici mais « avec la mention abeilles, on n’en a plus que cinq utilisables durant la période de floraison », selon lui. Le technicien d’Arvalis s’inquiète d’une « raréfaction » des phytos autorisés, y compris en fongicides, rendant la culture des pommes de terre « de plus en plus compliquée » notamment face au mildiou, une maladie parfois très pénalisante, comme cette année. Pour décrocher la mention abeilles, les produits doivent faire l’objet d’« études préalables fort coûteuses », souligne Didier Lombard. Cela concerne à la fois l’agriculture conventionnelle et la bio. « Pour des produits à usages mineurs, mener de telles études préalables ne sera pas supportable », craint-il.

Le plan pollinisateurs met « en danger » l’avenir de la filière