Déstabilisée par l'afflux de pêches espagnoles entre 20 et 40 centimes moins cher en moyenne, la production française de pêche vit une campagne 2014 très difficile. Les producteurs des Pyrénées-Orientales et du Gard ont mené le 17 juillet une opération de contrôle de camions à Perpignan.
LES producteurs de pêches français se sont de nouveau illustrés en contrôlant et en vidant des camions de fruits en provenance d'Espagne le 17 juillet à Perpignan. À l'origine de la colère, les mêmes causes et les mêmes effets d'année en année. La saison marche en France à plein rendement, avec une avance d'une dizaine de jours sur le calendrier. « Il y a de la marchandise partout, en Italie en Espagne et chez nous », témoigne Éric Hostalnou qui suit le dossier à la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales. « De plus, le temps beau et chaud du mois de juin a largement précipité l'entrée en récolte et la production française est arrivés alors que les volumes espagnols étaient toujours sur le marché. » Conséquence de cette sur-offre, les prix ont rapidement plongé, pour plomber l'ensemble de la campagne. « Comme tous les ans, la grande distribution s'est faite tirer l'oreille et a tardé à basculer sur les pêches françaises, il a fallu que nous nous rappelions à leur bon souvenir », ajoute Gérard Majoral, président de la commission Fruits de la FDSEA 66. « Les distributeurs n'ont pas tardé dans les régions de production, mais ailleurs en France, sans pression des producteurs, ils ont bien pu faire ce qu'ils voulaient », ajoute Éric Hostalnou. Les stocks ont alors vite gonflé chez les expéditeurs, stocks encore estimé à 6000 tonnes en AOP Pêche française en début de semaine, malgré le retour de la fluidité dans les sorties. « Lorsque les prix sont bas en début de saison, ils ne remontent jamais ensuite, au mieux il faut espérer pouvoir tout écouler », poursuit-il. Surtout que les producteurs espagnols sont encore bien présents sur le marché européen.
20 à 40 centimes de différence
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Le différentiel de prix est très consistant encore cette année, entre 20 et 40 centimes selon les origines. Selon les cotation du SNM cette semaine, les pêches et nectarines françaises « standards » s'échangent à 1,20 €/kg et 1,30 €/kg quand les produits espagnols sortent à 65 centimes d'euros, provoquant un effet d'aubaine chez les acheteurs. « Le premier acheteur en France met 50 centimes pour un kilo, qu'il revend environ un euro au vendeur final qui va le vendre entre 1,5 € et 1,8 €, tout le monde prend 50 centimes à chaque fois, sauf nous », pointe du doigt Gérard Majoral qui ne décolère pas. « Comment est-il possible que la pêche espagnole soit côtée 1,10 € à 1,20 € à Madrid alors qu'elle arrive ici à 50 centimes ? Comment font les producteurs espagnols pour vivre ? » Il souligne également que la bonne vieille pratique pourtant interdite du « prix après vente », les camions sont expédiés depuis l'Espagne sans prix de vente, est loin d'avoir cessée. Et c'est une noria de camions sans prix qui – « il en passe des centaines » selon lui – attendent un acheteur autour du marché Saint-Charles à Perpignan tous les jours. « Il n'y a que trois contrôleurs pour gérer la conformité des chargements », regrette le syndicaliste avant de dénoncer : « Lorsqu'il y a contrôle, les chauffeurs se préviennent et stockent leurs camions à la Jonquera de l'autre côté de la frontière pour attendre que l'opération soit terminée avant de reprendre leur route. » Il est encore trop tôt pour faire un bilan complet de la saison, mais avec un prix de revient au delà d'un euro le kilo, les producteurs français vivront en 2014 une campagne difficile. Les producteurs récoltent aujourd'hui les variétés qu'ils entament habituellement début août, au 15 août, l'essentiel de la récolte aura été fait.