La production française de vin serait en baisse de 18 % cette année par rapport à celle de 2016, notamment en raison du gel de ce printemps. Cette situation devrait entraîner une reprise des prix, mais sans tension excessive car les stocks sont importants.
« La production de vin pourrait s’établir en 2017 à 37,2 Mhl, soit un niveau inférieur de 18 % à celui de 2016, et de 17 % à celui de la moyenne des cinq dernières années », selon une note d’Agreste, la publication statistique du ministère de l’Agriculture. Cette nouvelle baisse intervient après une vendange 2016 parmi les plus faibles de ces 30 dernières années. Le gel sévère a particulièrement affecté les bassins du Sud-Ouest (notamment dans le Bordelais), des Charentes, d’Alsace et du Jura. Si par la suite, les vignobles ont pu compenser partiellement les pertes de récolte dans certains bassins (Val de Loire essentiellement), « des pertes liées à la grêle en Bourgogne-Beaujolais, Sud-Ouest, Languedoc et Sud-Est ont également affecté la production ». Autre phénomène aggravant, « la sécheresse s’est accentuée dans les vignobles du Sud-Est, de la Corse, du Languedoc et du Beaujolais » et ce phénomène climatique, associé à une canicule et du vent, essentiellement dans la vallée du Rhône, « a conduit à réviser à la baisse l’estimation sur ces territoires ainsi que l’estimation nationale », conclut Agreste.
Jérôme Despey : probablement au-dessous de 37,2 Mhl
Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, a commenté les estimations de la production française de vin publiées par Agreste, le 24 août. « Je crains que nous soyons au-dessous des 37,2 Mhl annoncés car, au moment des vendanges, là où l’on pensait avoir un peu moins, on a beaucoup moins », a-t-il déclaré. Il a insisté sur le caractère exceptionnel de 2017 : une récolte « extrêmement faible » et une précocité des vendanges « à un niveau jamais égalé » avec « deux à trois semaines d’avance ».
Le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer s’inquiète pour le revenu et la trésorerie des viticulteurs. Certains ont « perdu jusqu’à 100 % de leur récolte ». Il demande au ministre de l’Agriculture « d’accompagner les viticulteurs en difficulté », notamment grâce à une exonération de 100 % de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) et une prise en charge des cotisations. Quant à l’assurance récolte, outre l’abaissement du seuil de déclenchement à 20 % au lieu de 30 %, il propose de remplacer la moyenne olympique par « le rendement butoir indiqué dans le cahier des charges » de la dénomination géographique.
Mais un effet positif de cette situation est que, cette année, « il n’y a aucune raison que les prix ne remontent pas » pour revenir à ceux 2014, considère Jérôme Despey. Il fallait que les prix se redressent dans certains bassins. Sur les vins IGP et sans indication géographique, la tendance avait été une baisse des prix de 5 à 15 €/hl en 2015 et 2016. D’une manière générale, « les caves sont pleines, pas de risque de ruptures de stocks ». Une bonne nouvelle, c’est « la qualité sanitaire exceptionnelle » de ce crû 2017 qui se profile, poursuit-il.
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La hausse des cours a déjà eu lieu dans certains vignobles, tels ceux de Bordeaux. Le prix moyen du vrac 2016 en bordeaux rouge a atteint des records, selon la note mensuelle d’Agreste Nouvelle-Aquitaine du mois d’août. « Le prix moyen du vrac 2016 en bordeaux rouge reste en très nette hausse, avec un cours du tonneau supérieur à 1 400 €. Il s’agit d’un niveau « jamais atteint ces dix dernières années », commente Agreste. Quant au blanc sec, le cours du tonneau s’établit à 1 138 €.
La production de vin a perdu plus de 10 Mhl en douze ans
La production de vin en France a régressé de plus de 10 millions d’hectolitres (Mhl) en douze ans, si l’on compte celle, très basse, de 2017. La vendange française est déjà passée de 53,3 Mhl en 2005 à 46,7 Mhl en 2015. Il semble que la cause principale soit la fonte des superficies viticoles d’environ 100 000 ha. La sole viticole est passée de 850 000 ha en 2005 à 747 500 ha en 2015. En 2016 la vendange s’est élevée à 45,5 Mhl en 2016. Mais les professionnels restent vigilants sur tout décrochage du rendement, qui pourrait être un symptôme du dépérissement de la vigne, cet ensemble de vulnérabilités et de maladies des ceps non encore élucidé. La chute de 2017, à environ 37 Mhl, est clairement due, cette fois, à un effondrement du rendement moyen.
Dans l’ensemble, les professionnels n’estiment pas nécessaire de replanter massivement de la vigne. En revanche certains d’entre eux considèrent que l’irrigation ne doit plus être un tabou, changement climatique oblige. « Il faudra sortir de carcans et de dogmes concernant l’irrigation, sinon on risque de voir disparaître des pans entiers de vignobles remarquables », a prévenu Jérôme Despey le 24 août à FranceAgriMer.