Viniflhor vient de publier les statistiques à mi-parcours de la campagne 2006/2007. La viticulture française sort la tête de l’eau et émerge de la crise. Les exportations reprennent. Les vins de cépages et les AOC sont les premiers à bénéficier du regain de dynamisme de la filière ; les vins de pays suivent le mouvement mais les vins de table continuent de marquer le pas.
Philippe De Guénin, directeur de Viniflhor, a commenté le 15 mars les chiffres du bilan du marché viticole français à mi-campagne, suite à la réunion du conseil de direction. Selon lui, « si les producteurs n’en voient pas encore la couleur, car les prix restent bas, les négociants commencent à ressentir la fin de la crise » qui touche la viticulture française. Une combinaison de raisons est évoquée pour expliquer le regain de forme du secteur. Tout d’abord les baisses de prix concédées et les arrachages jouent évidemment un rôle. Les mauvaises conditions climatiques en Australie dont la récolte a été très faible cette année (et qui connaît par conséquent une flambée des prix). Enfin, le temps très doux que connaît la France est à l’origine d’une précocité de la vigne, qui fait craindre la survenue d’un coup de froid à certains acheteurs, lesquels achètent plus pour s’en prémunir.
Une situation contrastée selon les vignobles
En fonction des régions, la tendance nationale se fait plus ou moins sentir. Pour Jacques Fite, responsable du service économique du conseil interprofessionnel des vins du Roussillon, c’est plutôt la morosité qui règne chez les producteurs pour qui la situation n’évolue guère. Il souligne que ceux qui se sont lancés dans la commercialisation, il y a quelques années, s’en sortent mieux que les autres. Dans la région Roussillon, la forte diminution des stocks – notamment liée à deux campagnes de distillation en 2006 – a permis aux cours des vins en AOC (Minervois, Corbière…) de repartir légèrement à la hausse (avec une progression importante ces dernières semaines). « On est encore loin des prix d’il y a cinq ans, considère Christophe Jammes, responsable de l’économie au conseil interprofessionnel des vins du Languedoc, mais on revient à des tarifs plus en accord avec le statut d’AOC et cela permet aux exploitants de retrouver un salaire décent».
Dans le Beaujolais, les volumes de ventes ont augmenté de plus de 8 % et le prix de vente moyen a diminué de près de 3 %. Pour remédier à la crise qui touche cette région, un « plan stratégique pour l’avenir du beaujolais » vient d’être mis au point (voir encadré). Michel Deflache, directeur de l’Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais, se félicite néanmoins de « la progression des ventes en grande distribution » et surtout des résultats d’une campagne de communication qui a permis un allongement des ventes de beaujolais nouveau en troisième et quatrième semaine. « Ça va dans le bon sens pour nous », se réjouit-il.
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Michel Bouche, directeur du Comité interprofessionnel des vins de Savoie, n’est ni pessimiste ni optimiste. Pour lui « la crise perdure, et la situation est grave mais pas désespérée ». Même constatation dans le vignoble du Jura. Cécile Claveirole, directrice du Comité interprofessionnel des vins du Jura, estime que les chiffres devraient se stabiliser pour la campagne 2006/2007. « L’amélioration actuelle ne suffit pas à compenser le déficit accumulé, mais cela freine l’érosion en cours, et, bon gré mal gré, le vignoble jurassien se maintient » ajoute t-elle.
Les rosés en forte augmentation
Les vins de pays connaissent une reprise des ventes en termes de volume qui compensent la baisse des prix. « On est dans un schéma de baisse générale des prix, mais ça se tasse,précise Philippe De Guénin : on est sur la bonne pente ! ». Par contre, pour les vins de table, la fin de la crise n’est pas arrivée. Les ventes ont encore baissé de 11 % en volume, et les prix de 6 %. Cependant, blancs et surtout rosés montrent une belle progression. Les appellations du Sud-est en rosé par exemple ont vu leurs volumes augmenter de 93 % et le prix moyen de vente de 3%.
À l’exportation aussi les choses s’améliorent. Les volumes stagnent, mais en valeur une nette hausse s’est faite sentir, principalement grâce au champagne (+14 %) et aux VQPRD (vins de qualité produits dans des régions déterminées, qui comprennent les AOC et les vins de qualité supérieure). Les champagnes d’ailleurs tirent les autres vins effervescents. Dans le Jura, Cécile Claveirole note une forte hausse de la vente – et par voie de conséquence de la production – de crémants. Les vins blancs aussi s’exportent bien. Benoît Roumet, directeur du bureau interprofessionnel des vins du Centre, considère que c’est l’export qui tire le marché. « Depuis deux, les producteurs ont une vraie volonté de travailler dans ce sens et ça paye ».