Le conseiller spécial sur le développement durable du président de la Commission européenne appelle dans une note stratégique à revoir profondément la politique agricole de l’UE afin de lutter contre la concentration et la spécialisation des exploitations en créant des emplois et en préservant mieux les ressources naturelles.
L’Union européenne a-t-elle vocation à nourrir le monde ? La compétition mondiale sur les prix des matières premières agricoles est-elle compatible avec des revenus durables pour les agriculteurs de l’UE ? Ce sont certaines des questions que soulève Karl Falkenberg, conseiller spécial du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, dans une note stratégique intitulée La durabilité maintenant !, publiée le 20 juillet par le Centre européen de stratégie politique. Et d’ajouter qu'aujourd’hui, l’UE exporte principalement des aliments transformés et est devenue un grand importateur de produits alimentaires de base, en particulier en provenance de pays en développement, une tendance qui ne favorise pas les pratiques agricoles durables. Exemple : « Depuis avril 2016, la viande de porc a été le produit agroalimentaire qui a connu la plus forte augmentation à l’exportation. Bien que ce soit une bonne nouvelle en termes de balance commerciale, elle doit être considérée dans le contexte plus large de la production de viande de porc dans l’UE qui connaît une forte concentration dans de grandes exploitations spécialisées, avec des pressions sur le climat, le sol et l’eau pour un faible nombre de créations d’emplois ». L’ancien directeur général de l’environnement de la Commission estime que les fonds de la Pac vont encore trop largement aux grandes exploitations agricoles intensives, ce qui augmente non seulement les inégalités sociales, mais aussi les problèmes environnementaux, les monocultures et la désertification rurale. Et malgré sa récente réforme, l’impact de la Pac à long terme sur l’emploi rural, les revenus agricoles et les principaux indicateurs environnementaux (qualité des sols et biodiversité) reste problématique, souligne sa note.
Bilan de santé à mi-parcours
Pourtant, indique Karl Falkenberg, l’agriculture peut offrir des possibilités importantes de création d’emplois si elle est organisée d’une manière moins industrielle. Une politique européenne qui soutiendrait davantage la main-d’œuvre agricole pourrait non seulement contribuer à freiner l’exode rural mais aussi à créer des emplois pour maintenir un paysage traditionnel, réduire les problèmes de qualité de l’eau et des sols et aider à la restauration de la biodiversité dans les terres à usage agricole. Il plaide donc pour que la révision prochaine du cadre financier pluriannuel de l’UE soit l’occasion d’examiner si les programmes de développement rural et de verdissement de la Pac aboutissent aux résultats escomptés.
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Et à moyen terme, le conseiller spécial de Jean-Claude Juncker souhaite un bilan de santé de la Pac visant à inverser la tendance à la sur-spécialisation des exploitations agricoles et à privilégier la qualité sur la quantité en cherchant à utiliser durablement les ressources. Une meilleure sensibilisation sur la consommation durable, et des règles prenant en compte les conditions de production agricole pour les marchés publics passés par les États membres permettraient de montrer l’exemple, conclut la note.
Réduire l’empreinte de l’UE
L’Europe est de plus en plus dépendante de terres agricoles situées en dehors de ses frontières, prévient l’ONG les Amis de la Terre dans un rapport publié le 27 juillet. L’UE a besoin de 270 millions d’ha de terres agricoles dont 40 % en dehors de l'Europe pour assurer sa production agricole, estime ce travail. La dépendance de l’UE par rapport aux aliments pour animaux, aux importations de produits saisonniers et aux huiles végétales, en particulier pour les usages non alimentaires comme les biocarburants, a augmenté de 34 % le besoin de terres cultivées à l’extérieur de l’UE depuis 1990. « Il est essentiel que l’UE prenne des mesures pour mesurer et réduire son empreinte » et les effets néfastes qui y sont associés, en veillant à ce que l’utilisation des terres soit écologiquement durable et socialement juste, conclut l’ONG.